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Pas d'augmentation de l'incidence du carcinome hépatocellulaire de novo avec les nouveaux traitements de l'hépatite C

(Par Virginie Bagouet, au Liver Meeting 2016)
BOSTON, 14 novembre 2016 (APM) - Aucune augmentation significative de l'incidence du carcinome hépatocellulaire de novo n'a été constaté dans l'année suivant un traitement avec les nouveaux antiviraux d'action directe (AAD) sur le virus de l'hépatite C (VHC), mais un sous-groupe de patients semble développer des formes de cancer particulièrement agressives, selon une étude italienne présentée dimanche lors du Liver Meeting 2016, le congrès annuel de l'American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD).
Deux études présentées en avril lors du congrès annuel de l'European Association for the Study of the Liver (EASL), mettaient en évidence un risque de récidive de carcinome hépatocellulaire (CHC) de près de 30% dans les six mois post-traitement avec des nouveaux AAD chez des patients cirrhotiques (cf dépêche du 14/04/2016 à 11:46). Ces résultats ont entraîné une extension de la réévaluation des nouveaux AAD par l'Agence européenne du médicament (EMA), qui examinait déjà le risque de réactivation de l'hépatite B (cf dépêche du 15/04/2016 à 14:07 et dépêche du 18/03/2016 à 15:50).
Antonietta Romano de l'université de Padoue et ses collègues ont quant à eux évalué l'incidence des CHC de novo, en excluant de leur étude les patients qui avaient un antécédent de CHC. Trois mois avant l'inclusion dans l'essai, le CHC était dépisté par échographie. Un suivi échographique était ensuite assuré tous les six mois et un bilan biologique mensuel était conduit.
Plusieurs auteurs de cette étude ont des conflits d'intérêts avec les laboratoires commercialisant les nouveaux AAD, notamment le dernier auteur, qui déclare des collaborations avec l'ensemble des laboratoires commercialisant les nouveaux AAD.
L'étude a été menée par un réseau de 24 centres du Nord-Est de l'Italie. Les investigateurs ont inclus 3.075 patients dont 65% avaient une cirrhose.
Les taux de réponse virologique aux différentes combinaisons prescrites à ces patients étaient supérieurs à 90% chez les patients présentant une fibrose F3 ou une cirrhose compensée. En revanche, le taux de réponse était d'environ 80% en cas de maladie hépatique décompensée.
Les patients étaient suivis en moyenne 300 jours après le début du traitement par AAD.
Au cours du suivi, les investigateurs ont diagnostiqué 41 CHC, ce qui correspond à une incidence de 1,64 pour 100 personne-années, ce qui n’est pas supérieur aux incidences documentées dans des cohortes historiques, a commenté l'investigatrice.
L'analyse multivariée a mis en évidence deux facteurs de risque indépendants de développement d'un CHC : la sévérité de la maladie hépatique et la non-réponse au traitement par AAD. Dans le groupe de non-répondeurs, l'incidence du CHC montait à environ 8 pour 100 personne-années.

Des formes agressives apparaissant rapidement

Parmi 41 CHC diagnostiqués au cours de l'étude, la moitié était particulièrement agressive. Dans 39% des cas, plus de trois nodules étaient apparus et la tumeur était infiltrante. La non-réponse au traitement par AAD était associée à une augmentation du risque de cancer agressif.
De plus, les tumeurs agressives se développaient dans les trois mois après l'initiation du traitement, alors que les CHC composés d'une seule tumeur étaient diagnostiqués plus tardivement.
L'investigatrice en a conclu que les patients cirrhotiques traités avec les nouveaux AAD ne présentaient pas de surrisque de développement d'un CHC. Etant donné qu'un sous-groupe de patients a développé un cancer particulièrement agressif, elle fait l'hypothèse que le traitement par AAD induit des changements immunologiques et moléculaires dans le micro-environnement du foie, susceptibles d'induire le développement et la diffusion de cancers microscopiques pré-existants.
Lors de la séance de questions/réponses, plusieurs intervenants ont noté que les investigateurs avaient pu passer à côté de tumeurs pré-existantes en sélectionnant les patients avec une échographie.
L'un d'eux a demandé comment il était possible de parler de CHC se développant en moins de trois mois alors que les échographies de suivi étaient programmées tous les six mois. "L'avez-vous vu dans votre boule de cristal ?", a-t-il ironisé.
Le Dr Romano a expliqué que lorsque les patients montraient des signes cliniques de CHC ou des anomalies biologiques (des bilans étant réalisés tous les mois), des examens complémentaires étaient alors conduits.
Samedi, lors d'une conférence de presse organisée par l'AASLD, le dernier auteur, le Pr Alfredo Alberti, avait souligné qu'il était nécessaire de comprendre le mécanisme pathophysiologique susceptible d'expliquer comment le traitement par AAD pouvait stimuler la croissance tumorale chez certains patients.
Questionné sur le risque relatif de développement de CHC associé aux nouveaux AAD et à l'interféron, le Pr Alberti a indiqué que seule une étude comparative permettrait de répondre à cette interrogation.
vib/fb/APM

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