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L'industrie pharmaceutique appelée à se réformer en profondeur pour restaurer son image

(Par Raphaël MOREAUX, au festival de la communication santé à Deauville)
DEAUVILLE (Calvados), 28 novembre 2016 (APM) - L'industrie pharmaceutique doit se réformer et faire preuve de plus de transparence et de pédagogie, ont souligné plusieurs intervenants vendredi lors d'une table ronde organisée dans le cadre du festival de la communication santé à Deauville.
Partant du constat d'une image de l'industrie très dégradée à la suite de plusieurs scandales sanitaires ayant eu une forte résonnance dans les médias et l'opinion publique, les participants à cette table ronde organisée en partenariat avec le Leem (Les entreprises du médicament) ont partagé leurs réflexions pour "restaurer l'image de la pharma".
"Changeons, réformons-nous, quittons la communication pour rentrer dans l'action", a lancé sous la forme d'un "appel de Deauville" le vice-président et secrétaire général des laboratoires GlaxoSmithKline (GSK) France, Jean-Yves Lecoq.
"Il faut changer de posture et de pratique. Nous ne pourrons changer notre image que si nous changeons ce que nous sommes", a-t-il poursuivi, appelant l'industrie à "être transparente sur ses enjeux fondamentaux".
Jean-Yves Lecoq s'est prononcé en faveur d'une transparence sur les données de la recherche clinique afin que ces travaux soient "connus, partagés et ré-exploités". Il a souligné l'impératif de "clarifier et corriger les relations entre laboratoires et professionnels de santé" et de "clarifier ce qui touche à l'ambiguïté sur les liens et les conflits d'intérêts".
Il a cité l'exemple de son laboratoire, qui est devenu en 2016 le premier grand groupe pharmaceutique à cesser de rémunérer les médecins pour faire la promotion de ses médicaments (cf dépêche du 08/01/2016 à 11:39).
Intervenant lors de la table ronde, le Dr Grégoire Moutel, président du comité de déontovigilance du Leem (Codeem), a lui aussi appelé l'industrie à "arrêter de faire de l'annonce et de l'affichage" et à prendre des "engagements mesurables".
Il a cité l'exemple des dons des laboratoires aux associations de patients, qui doivent selon lui être "publiés avec leurs finalités d'usage". Il s'est positionné en faveur d'indicateurs de rupture d'approvisionnement "plus pertinents" et "visibles du grand public".

Engagement public de l'industrie

Le Dr Grégoire Moutel a insisté sur l'effort de pédagogie et d'ouverture à mener, regrettant une forme de "repli sur soi", avec "une industrie qui a peur de dire ce qu'elle est et se met trop souvent position de bouc émissaire".
"On dit que le médicament tue, mais le plus souvent ce n'est pas l'industrie qui tue, c'est le mésusage du médicament, les erreurs de prescriptions", a-t-il souligné.
Il faut "assumer des partenariats clairs, lisibles et contrôlés avec les associations de patients et les afficher comme des politiques publiques", a ajouté le Dr Moutel, rappelant que la "bonne image" de l'industrie doit être celle d'un "acteur de santé publique concourant aux missions d'intérêt général", qui "participe aux campagnes contre le tabac" ou "apporte une aide financière aux aidants".
Intervenant pour la Fédération française des diabétiques (FFD) dont elle est directrice, Carole Avril a estimé qu'une industrie pharmaceutique bénéficiant d'une meilleure image était une industrie "ouverte sur la société", qui "explique", "informe", et "engage une vraie coconstruction des projets avec les patients".

Investir l'espace numérique et les médias

Benoît Thieulin, fondateur et directeur de l'agence d'innovation numérique La Netscouade et ancien président du Conseil national du numérique (CNNum), a quant à lui jugé que la place prise par l'espace numérique dans le débat public "a contribué à aggraver l'image de l'industrie".
Il a conseillé aux laboratoires d'"investir fortement" les réseaux, qui sont devenus "le principal endroit où les gens s'informent, débattent, conversent", tout en pointant "la difficulté d'établir la vérité et la bonne information dans l'environnement complètement dérégulé qu'est devenu internet"
La responsabilité des autorités sanitaires a également été évoquée lorsqu'il s'agit de contrer une fausse information. "Quand le système est condamné avant d'être jugé, les pouvoirs publics devraient reprendre la main pour apaiser et ramener les débats à la raison", a soutenu Jean-Yves Lecoq.
Sur ce point, le vice-président de GSK a également invité les laboratoires à "aller au contact des médias", à "afficher [leurs] positions" pour ne pas donner l'impression d'une "industrie muette".
rm/gb/APM

[RM3OHCJP8]

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