Les internes en psychiatrie insuffisamment formés sur leur relation avec l'industrie pharmaceutique 

PARIS, 20 janvier 2012 (APM) - Les internes en psychiatrie estiment être insuffisamment formés sur leur relation avec l'industrie pharmaceutique, selon les résultats préliminaires d'une enquête européenne présentés au congrès de l'Encéphale qui s'achève vendredi à Paris.

Cette enquête a été initiée en mai 2010 par l'European Federation of Psychiatric Trainees (EFPT) dans 18 pays.

"Les psychotropes figurent parmi les médicaments les plus prescrits et génèrent de gros bénéfices pour les industries pharmaceutiques. Comme les habitudes de prescriptions des médecins s'acquièrent principalement au début de leur formation, on peut concevoir que les laboratoires pharmaceutiques ciblent les futurs prescripteurs", expliquent Florian Reese, interne en Suisse et président de l'EFPT, et ses collègues dans leur poster.

"Des études menées aux Etats-Unis montrent que 80% des étudiants pensent être redevables des cadeaux reçus, que les compagnies pharmaceutiques passeraient deux fois plus de temps en promotion qu'en recherche et développement et que les informations présentées par les représentants pourraient être biaisées voire fausses", rappellent-ils.

Très peu de données étant disponibles en Europe sur les liens entre industrie pharmaceutique et médecins en formation, l'EFPT a décidé de mener la première étude internationale sur ce sujet. Il s'agit aussi de la première enquête de ce type conduite en France, précise à l'APM Elodie del Valle, interne au CHU d'Angers et coordinatrice en France pour l'Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (Affep).

A ce jour, les données sont disponibles pour 10 pays (Albanie, Allemagne, France Israël, Italie, Portugal, Royaume-Uni, Turquie et Suisse) et les résultats finaux sont attendus pour février. Pour chaque pays, un échantillon d'internes en psychiatrie a rempli un autoquestionnaire sur la quantité et la qualité des relations avec l'industrie, leur salaire, leur ancienneté, leurs responsabilités dans les prescriptions et les cadeaux reçus.

Les résultats présentés au congrès de l'Encéphale correspondent à l'analyse descriptive des principaux résultats de quatre pays: la France, la Suisse, le Portugal et la Roumanie.

Le nombre de contacts avec l'industrie sur deux mois que déclarent les internes varie entre 1,5 (Suisse) et 20,3 (Portugal), avec 3,5 interactions en France.

De manière générale, les internes expriment un sentiment commun d'une formation insuffisante au sujet de leur relation aux laboratoires, entre 64% (France) et 87,5% (Portugal), rapportent les auteurs.

Les étudiants français sont les plus nombreux à poser des questions aux délégués pharmaceutiques sur la fiabilité de l'étude (24,4%) par rapport à ceux des autres pays (entre 7,3% et 8,3%) mais dans la majorité des cas, ils écoutent silencieusement les représentants des laboratoires (de 45,5% en France à 83,3% au Portugal).

Entre 11,1% au Portugal et 29,6% en Suisse posent des questions sur l'usage du médicament.

Concernant les prescriptions, tous les internes peuvent prescrire en France et en Suisse, contre 20% au Portugal et 45% en Roumanie. Les prescriptions indépendantes, qui ne sont ni vérifiées avec un médecin senior ni discutées avec lui, sont majoritaires également en France et en Suisse (64% et 48,2% vs 50% au Portugal et 3% en Roumanie).

"Lorsque les prescriptions sont supervisées par un senior, celui-ci apporte son expérience; lorsqu'elles sont indépendantes, l'influence de l'industrie peut être plus grande", commente Elodie del Valle.

Pour la France, les réponses de deux sous-groupes ont été comparées, d'un côté les jeunes internes et de l'autre les étudiants en fin d'internat.

Les résultats préliminaires suggèrent que l'expérience acquise au cours de l'internat rend les internes plus prudents puisqu'en fin d'internat, ils sont 78,3% à juger leur formation insuffisante concernant leur relation avec l'industrie (contre 51,9% en première et deuxième années), ils posent davantage de questions sur la fiabilité de l'étude (33,3% vs 20,8%) et moins sur l'usage des médicaments (11,1% vs 25%).

Les auteurs font observer qu'en France, une épreuve de lecture critique d'article (LCA) en second cycle a été mise en place dans le but notamment d'aider les futurs praticiens à avoir un oeil plus aiguisé sur les études qui leur sont présentées. Mais elle n'a été enseignée qu'à partir des promotions des première et deuxième années de 2011.

Par ailleurs, à propos de la qualité éducative des interactions avec les délégués pharmaceutiques, 25,7% des internes pensent qu'elles sont utiles contre 32% qui les voient futiles, sans différence statistiquement significative entre les deux sous-groupes d'internes.

D'autres études nationales pourraient approfondir ces résultats afin de mieux déterminer comment améliorer la formation des futurs prescripteurs de psychotropes en France et dans les autres pays. Des recommandations européennes permettraient d'homogénéiser les réglementations répondant à cette insuffisance dans l'enseignement, commentent les auteurs.

ld/ab/APM polsan
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LDPAK004 20/01/2012 17:23 ACTU PHARMA

   
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