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Série de cas d'allergie cutanée au diméthylfumarate en France en lien avec des fauteuils et canapés de Conforama 
(Par Luu-Ly DO-QUANG)

PARIS, 12 septembre 2008 (APM) - Une série de cas d'allergie cutanée au diméthylfumarate, un produit utilisé comme antifongique dans des fauteuils et canapés commercialisés par la chaîne Conforama, a été rapportée en France après plusieurs centaines de cas observés en Finlande et au Royaume-Uni entre 2006 et 2008, a-t-on appris auprès de particuliers concernés, de médecins et du distributeur de ces produits.

Cette allergie se manifeste par des démangeaisons, des rougeurs, des brûlures et, dans certains cas, des douleurs articulaires. En outre, ces symptômes semblent difficiles à traiter et le diagnostic est difficile tant que le lien avec un fauteuil acheté récemment n'a pas été établi, selon les témoignages de particuliers ayant contacté l'APM ou de messages circulant sur des forums sur internet.

En France, le premier cas associé à l'achat d'un nouveau fauteuil a été identifié par le Dr Christophe Le Coz, dermatologue à Strasbourg. "Lorsque j'ai reçu à la mi-mai un patient avec un eczéma violent sur la partie postérieure du corps persistant depuis janvier, j'ai diagnostiqué une allergie de contact mais sans pouvoir en déterminer la cause", a-t-il relaté à l'APM.

C'est quinze jours plus tard, à son retour d'un congrès sur les dermatites de contact au Portugal qu'il fait le lien: des confrères décrivent des cas similaires d'eczéma survenus en Finlande et au Royaume-Uni depuis 2006, associés à l'achat de fauteuils et de canapés fabriqués en Chine.

Dans la littérature, une seule publication mentionne une dermatite de contact au diméthylfumarate présent dans des canapés. Diffusée en mai sur le site internet du British Journal of Dermatology, cette étude montre que cet antifongique est susceptible d'être responsable de l'"épidémie" d'eczéma observée en Finlande. Une centaine de cas ont été notifiés, précise à l'APM l'auteur, Tapio Rantanen du Päijät-Häme Social and Health Care Group à Lahti.

Le Royaume-Uni avait signalé en octobre 2007 un problème d'allergie avec des canapés provenant de Chine à Rapex, le système d'alerte de l'Union européenne pour les produits de consommation dangereux (sauf denrées alimentaires et produits de santé). Mais n'a su qu'en juillet dernier que le produit responsable, identifié par l'Hôpital universitaire de Malmö (Suède), était le diméthylfumarate. Il y aurait plus de 1.500 cas au Royaume-Uni, selon la presse britannique.

Après avoir eu confirmation que son patient avait un nouveau fauteuil et trouvé dedans "un petit sachet de poudre blanche", le Dr Le Coz a interrogé ses confrères membres d'un réseau de vigilance en dermato-allergologie (Revidal) et 11 d'entre eux lui ont rapporté au moins un cas.

Il a donc alerté le magasin de Strasbourg où ce fauteuil avait été acheté et, le 20 juin, le groupe Conforama décidait de retirer les fauteuils et canapés potentiellement allergisants, des reportages à ce sujet étant alors diffusés sur France 3 et France Bleu (Radio France) en Alsace, repris ensuite par les rédactions nationales de ces deux médias.

Un des produits retirés a ensuite été envoyé à un laboratoire pour analyse et le problème a été signalé à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de Seine-et-Marne, département où se trouve le siège de Conforama, indique à l'APM Isabelle Hoppenot, directrice de la communication du groupe.

PRES DE 400 COURRIERS ASSORTIS DE CERTIFICATS MEDICAUX

"A partir du 18 juillet, 38.000 courriers ont été envoyés pour informer les clients d'un risque de réactions allergiques cutanées, dans de rares cas, avec des canapés ou des fauteuils de relaxation et il a été mis en place, au même moment, un numéro Vert qui a reçu 3.600 appels environ", précise-t-elle, ajoutant que ces produits ont vocation à être détruits.

"A ce jour, 800 clients de Conforama sont venus dans nos magasins pour demander un échange ou un remboursement en disant avoir présenté une allergie. Parallèlement, nous avons reçu 400 courriers assortis d'un certificat médical. Nous ne savons pas encore s'il y a des recoupements entre les 800 demandes et les 400 courriers", poursuit-elle.

Les résultats d'analyse ont suggéré que la substance allergisante serait le diméthylfumarate, qui exerce son action fongicide en libérant un gaz.

Ce composé est utilisé pour empêcher le développement de moisissures, en association à des billes de silicagel (gel de silice), produit non toxique pour absorber l'humidité. Cette utilisation est "courante" mais il était en "quantité anormale" dans ces fauteuils, selon Christian Demeerschman, directeur qualité de Conforama, qui explique qu'il existe d'autres techniques fongicides.

"Conforama a décidé de ne plus distribuer de produit qui contiendrait du diméthylfumarate. Tous les fournisseurs ont été interrogés et on a vérifié", ajoute-t-il.

A la connaissance d'Isabelle Hoppenot, le fournisseur chinois de ces fauteuils, la société Link Wise, n'a pas averti Conforama d'un risque potentiel allergique. Selon les presses britannique et finlandaise, c'est ce même fabricant de meubles qui serait impliqué dans les cas observés dans ces deux pays. La société n'a pas répondu aux questions envoyées par email par l'APM.

UN RISQUE D'ALLERGIE CROISEE

Mais le risque allergique lié au diméthylfumarate ne semble pas être réglé avec le retrait des fauteuils de Conforama.

Si les symptômes disparaissent en quelques semaines après le retrait du fauteuil, Tapio Rantanen fait remarquer qu'il y a eu, dans certains cas, des épisodes de récidive des symptômes alors que le fauteuil avait été enlevé.

Il s'interroge aussi sur le cas d'un patient qui a développé une nouvelle allergie de contact, plus atténuée, à l'antibiotique néomycine en application topique. Une Française ayant développé une dermatose persistante au diméthylfumarate a aussi indiqué à l'APM qu'elle a fait un oedème de Quincke après avoir pris un antibiotique prescrit pour une éventuelle sinusite.

Le Dr Le Coz craint qu'il puisse y avoir un risque de récidive, même avec de petites doses de diméthylfumarate présent dans d'autres produits et le Dr Martine Vigan du CHU de Besançon, présidente du Groupe d'études et de recherches en dermato-allergologie (Gerda, auquel est rattaché le réseau Revidal), indique qu'il existe une possibilité de sensibilisation croisée avec certains acrylates, notamment utilisés dans des colles et résines pour des soins dentaires.

Toutefois, globalement, les conséquences à long terme d'une sensibilisation au diméthylfumarate ne sont pas connues.

Il est donc essentiel de savoir où se trouve le diméthylfumarate et qui le fabrique, s'alarme le Dr Vigan, évoquant par exemple trois cas, rapportés au réseau Revidal, de réactions cutanées au niveau des pieds à cause de sachets anti-moississures oubliées dans des boîtes à chaussures.

Selon la littérature scientifique, le diméthylfumarate est utilisé pour ses propriétés antifongiques dans l'élevage, l'industrie agro-alimentaire et l'industrie textile. Il est aussi utilisé comme traitement systémique contre le psoriasis et ses propriétés irritantes et sensibilisantes avaient été mises en évidence au cours de son développement initial sous forme topique. Il a aussi été développé sous forme orale par Biogen Idec dans la sclérose en plaques -sans aboutir. Enfin, selon la National Library of Medicine's américaine, c'est un agent radio-sensibilisant.

L'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) indique à l'APM que le diméthylfumarate ne figure ni à l'annexe I des substances dangereuses de la directive européenne 67/548/CEE, et n'a donc pas d'étiquetage officiel au sein de l'Union européenne, ni dans la liste des substances actives biocides notifiées définie par le règlement (CE) n°1451/2007, et à ce titre ne devrait pas se trouver au sein d'un produit biocide présent sur le marché de l'UE.

Le diméthylfumarate n'est pas visé par les tableaux des maladies professionnelles mais certains de ses fournisseurs le classent comme une substance irritante pour la peau, avec un risque de sensibilisation ainsi qu'un risque de lésions oculaires, ajoute l'INRS, précisant ne pas avoir retrouvé d'éventuels seuils d'exposition à ce produit.

LA CREATION D'UNE ASSOCIATION ENVISAGEE

En France, des particuliers envisagent de créer une association pour défendre leurs droits alors qu'au Royaume-Uni, le cabinet d'avocats Russell Jones & Walker indique sur son site internet qu'il conduit une plainte groupée pour plus de 1.300 personnes, la plus importante dans ce pays concernant un bien de consommation.

Certains particuliers regrettent notamment que le courrier de rappel diffusé par Conforama ne mentionne pas que la substance allergisante est le diméthylfumarate.

Le Dr Le Coz fait observer que "même si la proportion de patients qui ont réagi au contact de ces produits est faible, ceux qui ont fait un eczéma ont eu une réaction très importante ayant conduit à des hospitalisations et, le diagnostic étant difficile à faire, des examens complémentaires, notamment des biopsies, ont souvent été effectués, engendrant des coûts élevés". Cet eczéma a une présentation atypique, avec un aspect de lymphome, ce qui a probablement conduit à des examens inutiles, ajoute le Dr Vigan.

Afin d'informer les dermatologues, le Gerda fera diffuser une lettre dans les Annales de dermatologie et de vénéréologie (qui dépend de la Société française de dermatologie), exposera le problème lors de ses cours d'actualisation en dermato-allergologie, du 16 au 18 octobre à Angers, et prévoit de soumettre à publication des cas français.

Les Drs Vigan et Le Coz indiquent que des confrères leur ont rapporté des cas similaires en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis.

ld/eh/APM
redaction@apmnews.com

LDLIA001 12/09/2008 10:52 PNEUMO
   
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