Mercredi 9 juin 2010 - 12:21
Les sites internet santé "de qualité" appelés à refuser la certification HAS/HON
(Par Vincent GRANIER)
PARIS, 9 juin 2010 (APM) - Le Dr Dominique Dupagne, webmestre du site atoute.org et membre du Formindep, a appelé mardi les sites internet en santé "de qualité" à refuser la certification délivrée aux sites santé conjointement par la Haute autorité de santé (HAS) et la fondation Health On the Net (HON), estimant qu'elle est devenue une "mascarade".
Dans un article intitulé "J'arrête le HONcode", le Dr Dupagne explique pourquoi il a décidé de supprimer le sceau HONcode des pages de son site internet atoute.org, estimant que "la certification par les principes a trouvé ses limites et trop de sites médiocres affichent le label attribué conjointement par la fondation suisse et la Haute autorité de santé française".
Pionnier parmi les sites web de médecins, lancé courant 2000, atoute.org, qui regroupe un ensemble de forums et des articles consacrés à "la pratique, l'enseignement et l'éthique de la médecine", jouit d'une certaine notoriété puisqu'il revendique un trafic d'environ 1,2 million de visiteurs par mois.
La certification, qui s'effectue à la demande des éditeurs de site, est gratuite et concerne tous les sites internet ou parties de sites diffusant de l'information en santé. Elle s'appuie sur le respect de huit principes, reprenant ceux définis dans le code de bonne conduite de HON, le "HONcode" (cf dépêche APM VGKKR001) et ne mesure pas le contenu de l'information mais la qualité de sa diffusion.
La certification HON a été accordée aujourd'hui à 915 sites internet, contre 640 en janvier 2009, un an après sa mise en place (cf dépêche APM VGMA9001).
LE FINANCEMENT DES SITES EN LIGNE DE MIRE
Mais pour le Dr Dupagne, la procédure de certification achoppe principalement sur deux des huit critères utilisés par la fondation pour évaluer les sites, la "transparence du financement" et "l'honnêteté dans la publicité et la politique éditoriale".
"Les sites tenus par des gourous ou des illuminés ne constituent pas le principal danger sur la toile médicale. Ceux qui posent problème sont les sites commerciaux déguisés", écrit le Dr Dupagne dans son billet.
Il considère que le label HONcode ne permet pas suffisamment à l'internaute de décoder les éventuels liens d'intérêt entre les auteurs de sites santé et les laboratoires qui les financent.
"Une grande partie des associations et sociétés savantes médicales sont majoritairement financées par l'industrie pharmaceutique, dans le cadre de véritables partenariats industriels. Les principes déontologiques les plus élémentaires se sont dissous dans le financement de leurs sponsors. Ce sont elles qui constituent le plus grand danger de désinformation sur le web santé", affirme le Dr Dupagne.
"Or, en 2010, il faut se rendre à l'évidence, la majorité des sites financés par l'industrie pharmaceutique arborent fièrement le HONcode. Pire, cette dépendance financière est le plus souvent masquée", déplore le médecin, qui considère que le label ne permet plus de savoir qui paie l'information mise en ligne sur ces sites.
"DERIVE PREVISIBLE"
Il dénonce l'intrication entre contenu promotionnel et informatif mais juge la dérive "prévisible". "Face à des intérêts commerciaux majeurs, le HONcode était trop 'naïf' et son contournement était inévitable. Le petit apport en terme de transparence est annulé par un crédit injustifié accordé à des sites ou associations qui dissimulent leurs financements", conclut-il sur ce point.
Il estime par ailleurs que le cinquième critère de la certification qui prévoit la justification des produits présentés, n'est "pas évident", ajoutant que "n'importe quelle enquête ou étude scientifique bidon peut être présentée comme une justification".
Joint par l'APM mardi, le Dr Dupagne justifie sa démarche par sa volonté de "mettre les pieds dans le plat" et lancer le débat sur la transparence de l'information médicale. Il évoque aussi sa lassitude d'avoir dû, à de nombreuses reprises, alerter la fondation HON sur les sites ayant obtenu le label mais qui ne respectent pourtant pas tous les critères.
Pour Etienne Caniard, membre du collège de la HAS et président de la commission "qualité et diffusion de l'information médicale", interrogé par l'APM, l'initiative du Dr Dupagne est louable dans la mesure où elle permet d'alimenter le débat sur l'internet santé et contribue à l'esprit critique du lecteur.
DES PROGRES A FAIRE, SELON LA HAS
Il admet que le critère lié à la transparence du financement "est le plus délicat et le plus compliqué" à mettre en oeuvre mais observe que ce n'est ni à la HAS ni à la fondation HON de procéder à des vérifications, "de type fiscal" pour s'assurer que tel ou tel site n'est pas financée par l'industrie.
"C'est un domaine dans lequel il y a le plus de progrès à faire. Nous pouvons améliorer les éléments qui touchent à la transparence des financements et des conflits d'intérêts", a-t-il convenu, tout en rappelant les limites de la démarche de certification.
Il considère qu'il faut trouver des réponses pour débusquer les associations "faux-nez" de l'industrie, mais que cela ne peut se faire qu'avec des vérifications en amont, que la HAS et la fondation HON n'ont "ni la légitimité, ni les moyens" de faire.
Il remarque que l'attribution du label HON "est vécue comme une garantie du contenu alors que ce n'est qu'un engagement de transparence" et que cet "outil" ne "dispense pas le lecteur d'exercer son esprit critique".
Il estime toutefois que la transparence a progressé en quelques années, citant la mise en oeuvre en 2010, avant le 30 juin, de la procédure de déclaration obligatoire par les industriels de la liste des associations de patients qu'elles soutiennent et le montant des aides apportées, inscrite à l'article 74 de la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST).
Pour autant, il déplore que la réglementation relative à la déclaration obligatoire d'intérêts d'un professionnel de santé lorsqu'il s'exprime publiquement sur des produits de santé (cf dépêche APM VGKCS003) ne soit "malheureusement" pas respectée.
Mais Etienne Caniard observe que le problème des conflits d'intérêts, mis en lumière récemment dans le cadre de la gestion de la grippe A(H1N1), concerne "toutes les autorités régulatrices des pays développés", et souligne que la HAS elle-même fait appel à des experts qui ont des conflits d'intérêts. "Mais ils sont déclarés, et c'est cela l'important, c'est de le savoir et de les identifier".
Il rappelle le "saut qualitatif" de la certification qui a poussé certains sites, en demandant leur certification, à améliorer la qualité de la transparence des informations fournies, ce que le Dr Dupagne ne conteste pas.
S'agissant du cinquième critère concernant la justification des bienfaits et inconvénients des produits, Etienne Caniard considère qu'il est "extrêmement difficile" à mettre en oeuvre, compte tenu du niveau de preuve différent de chaque étude pouvant appuyer tel ou tel argument sur un site internet. "Ce n'est pas à un quelconque régulateur de s'arroger le droit de dire quelle étude lire en fonction de tel [sujet]. Ce serait totalement liberticide", explique-t-il.
"La question de l'information [médicale] est extrêmement complexe. Il faut respecter la liberté des émetteurs et se méfier comme la peste d'une logique qui ressemblerait à une censure ou une information officielle", avertit Etienne Caniard, qui souhaite que l'appel au débat lancé par Dominique Dupagne ne disqualifie pas la démarche de certification.
vg/eh/APM polsan
VGNF8004 09/06/2010 12:21 ACTU VIP
PARIS, 9 juin 2010 (APM) - Le Dr Dominique Dupagne, webmestre du site atoute.org et membre du Formindep, a appelé mardi les sites internet en santé "de qualité" à refuser la certification délivrée aux sites santé conjointement par la Haute autorité de santé (HAS) et la fondation Health On the Net (HON), estimant qu'elle est devenue une "mascarade".
Dans un article intitulé "J'arrête le HONcode", le Dr Dupagne explique pourquoi il a décidé de supprimer le sceau HONcode des pages de son site internet atoute.org, estimant que "la certification par les principes a trouvé ses limites et trop de sites médiocres affichent le label attribué conjointement par la fondation suisse et la Haute autorité de santé française".
Pionnier parmi les sites web de médecins, lancé courant 2000, atoute.org, qui regroupe un ensemble de forums et des articles consacrés à "la pratique, l'enseignement et l'éthique de la médecine", jouit d'une certaine notoriété puisqu'il revendique un trafic d'environ 1,2 million de visiteurs par mois.
La certification, qui s'effectue à la demande des éditeurs de site, est gratuite et concerne tous les sites internet ou parties de sites diffusant de l'information en santé. Elle s'appuie sur le respect de huit principes, reprenant ceux définis dans le code de bonne conduite de HON, le "HONcode" (cf dépêche APM VGKKR001) et ne mesure pas le contenu de l'information mais la qualité de sa diffusion.
La certification HON a été accordée aujourd'hui à 915 sites internet, contre 640 en janvier 2009, un an après sa mise en place (cf dépêche APM VGMA9001).
LE FINANCEMENT DES SITES EN LIGNE DE MIRE
Mais pour le Dr Dupagne, la procédure de certification achoppe principalement sur deux des huit critères utilisés par la fondation pour évaluer les sites, la "transparence du financement" et "l'honnêteté dans la publicité et la politique éditoriale".
"Les sites tenus par des gourous ou des illuminés ne constituent pas le principal danger sur la toile médicale. Ceux qui posent problème sont les sites commerciaux déguisés", écrit le Dr Dupagne dans son billet.
Il considère que le label HONcode ne permet pas suffisamment à l'internaute de décoder les éventuels liens d'intérêt entre les auteurs de sites santé et les laboratoires qui les financent.
"Une grande partie des associations et sociétés savantes médicales sont majoritairement financées par l'industrie pharmaceutique, dans le cadre de véritables partenariats industriels. Les principes déontologiques les plus élémentaires se sont dissous dans le financement de leurs sponsors. Ce sont elles qui constituent le plus grand danger de désinformation sur le web santé", affirme le Dr Dupagne.
"Or, en 2010, il faut se rendre à l'évidence, la majorité des sites financés par l'industrie pharmaceutique arborent fièrement le HONcode. Pire, cette dépendance financière est le plus souvent masquée", déplore le médecin, qui considère que le label ne permet plus de savoir qui paie l'information mise en ligne sur ces sites.
"DERIVE PREVISIBLE"
Il dénonce l'intrication entre contenu promotionnel et informatif mais juge la dérive "prévisible". "Face à des intérêts commerciaux majeurs, le HONcode était trop 'naïf' et son contournement était inévitable. Le petit apport en terme de transparence est annulé par un crédit injustifié accordé à des sites ou associations qui dissimulent leurs financements", conclut-il sur ce point.
Il estime par ailleurs que le cinquième critère de la certification qui prévoit la justification des produits présentés, n'est "pas évident", ajoutant que "n'importe quelle enquête ou étude scientifique bidon peut être présentée comme une justification".
Joint par l'APM mardi, le Dr Dupagne justifie sa démarche par sa volonté de "mettre les pieds dans le plat" et lancer le débat sur la transparence de l'information médicale. Il évoque aussi sa lassitude d'avoir dû, à de nombreuses reprises, alerter la fondation HON sur les sites ayant obtenu le label mais qui ne respectent pourtant pas tous les critères.
Pour Etienne Caniard, membre du collège de la HAS et président de la commission "qualité et diffusion de l'information médicale", interrogé par l'APM, l'initiative du Dr Dupagne est louable dans la mesure où elle permet d'alimenter le débat sur l'internet santé et contribue à l'esprit critique du lecteur.
DES PROGRES A FAIRE, SELON LA HAS
Il admet que le critère lié à la transparence du financement "est le plus délicat et le plus compliqué" à mettre en oeuvre mais observe que ce n'est ni à la HAS ni à la fondation HON de procéder à des vérifications, "de type fiscal" pour s'assurer que tel ou tel site n'est pas financée par l'industrie.
"C'est un domaine dans lequel il y a le plus de progrès à faire. Nous pouvons améliorer les éléments qui touchent à la transparence des financements et des conflits d'intérêts", a-t-il convenu, tout en rappelant les limites de la démarche de certification.
Il considère qu'il faut trouver des réponses pour débusquer les associations "faux-nez" de l'industrie, mais que cela ne peut se faire qu'avec des vérifications en amont, que la HAS et la fondation HON n'ont "ni la légitimité, ni les moyens" de faire.
Il remarque que l'attribution du label HON "est vécue comme une garantie du contenu alors que ce n'est qu'un engagement de transparence" et que cet "outil" ne "dispense pas le lecteur d'exercer son esprit critique".
Il estime toutefois que la transparence a progressé en quelques années, citant la mise en oeuvre en 2010, avant le 30 juin, de la procédure de déclaration obligatoire par les industriels de la liste des associations de patients qu'elles soutiennent et le montant des aides apportées, inscrite à l'article 74 de la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST).
Pour autant, il déplore que la réglementation relative à la déclaration obligatoire d'intérêts d'un professionnel de santé lorsqu'il s'exprime publiquement sur des produits de santé (cf dépêche APM VGKCS003) ne soit "malheureusement" pas respectée.
Mais Etienne Caniard observe que le problème des conflits d'intérêts, mis en lumière récemment dans le cadre de la gestion de la grippe A(H1N1), concerne "toutes les autorités régulatrices des pays développés", et souligne que la HAS elle-même fait appel à des experts qui ont des conflits d'intérêts. "Mais ils sont déclarés, et c'est cela l'important, c'est de le savoir et de les identifier".
Il rappelle le "saut qualitatif" de la certification qui a poussé certains sites, en demandant leur certification, à améliorer la qualité de la transparence des informations fournies, ce que le Dr Dupagne ne conteste pas.
S'agissant du cinquième critère concernant la justification des bienfaits et inconvénients des produits, Etienne Caniard considère qu'il est "extrêmement difficile" à mettre en oeuvre, compte tenu du niveau de preuve différent de chaque étude pouvant appuyer tel ou tel argument sur un site internet. "Ce n'est pas à un quelconque régulateur de s'arroger le droit de dire quelle étude lire en fonction de tel [sujet]. Ce serait totalement liberticide", explique-t-il.
"La question de l'information [médicale] est extrêmement complexe. Il faut respecter la liberté des émetteurs et se méfier comme la peste d'une logique qui ressemblerait à une censure ou une information officielle", avertit Etienne Caniard, qui souhaite que l'appel au débat lancé par Dominique Dupagne ne disqualifie pas la démarche de certification.
vg/eh/APM polsan
VGNF8004 09/06/2010 12:21 ACTU VIP





