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Bénéfice du diurétique bumétanide dans l'autisme (essai contrôlé randomisé)

PARIS, 11 décembre 2012 (APM) - Le diurétique bumétanide a réduit la sévérité des troubles autistiques chez des enfants dans un petit essai en double aveugle contre placebo, a annoncé l'Inserm, mardi lors d'une conférence de presse en présence des principaux auteurs, coïncidant avec la publication en ligne de ces résultats dans Translational Psychiatry.
"Ce traitement ne permet pas la guérison mais il calme les fonctionnements aberrants et améliore la communication. C'est un médicament facilitateur", a souligné le Pr Yehezkel Ben-Ari, fondateur et directeur honoraire Inserm de l'Institut de neurobiologie de la Méditerranée (Inmed) à Marseille.
"Les parents nous disent qu'avec ce traitement, les enfants sont plus présents, que les activités sont plus faciles", a ajouté le Dr Eric Lemonnier du CHRU de Brest.
Dans cette étude, 60 enfants atteints d'autisme ou d'un syndrome d'Asperger, de 3 à 11 ans, ont été randomisés en double aveugle entre le bumétanide à 1 mg/j et un placebo pendant trois mois.
A l'issue des trois mois de traitement, l'analyse des données en intention de traiter indique que la sévérité des troubles autistiques des enfants traités au bumétanide s'est améliorée de façon significative au plan statistique, avec une diminution du score moyen sur l'échelle comportementale CARS (Childhood Autism Rating Scale, sur 60 points) de 5,6 points contre 1,8 point dans le groupe placebo, a rapporté le Dr Lemonnier.
Selon les résultats publiés, le score CARS pour les enfants sous bumétanide est passé de 41,6 points en moyenne à 35,9 points, donc de sévère à modérée, contre 41,2 à 39,3 points dans le groupe placebo.
Une amélioration du score CARS a été observée sur 3,4 items en moyenne (sur 15 au total) chez les enfants sous bumétanide, contre 1,7 dans le groupe placebo.
Au total, plus des trois quarts (77%) des enfants ayant reçu le bumétanide ont obtenu une amélioration du diagnostic clinique (CGI), de 2,04 points, contre 33% dans le groupe placebo, un taux de réponse habituel avec un placebo, avec 1,56 point, a ajouté le chercheur brestois.
Les enfants ont été suivis pendant encore un mois sans traitement et certains troubles sont réapparus. "Il était possible de reprendre le traitement en ouvert à la suite de cette étude. Observant une amélioration après plusieurs mois, des parents l'ont interrompu mais les enfants régressaient ensuite", a-t-il fait observer, précisant avoir un recul de quatre ans pour certains patients.
Sur le plan de la sécurité, le bumétanide étant un diurétique, une surveillance médicale est nécessaire pour mesurer la perte de potassium. Interrogé par l'APM, le Dr Lemonnier a précisé qu'environ un tiers des 80 enfants prenant actuellement le traitement présentaient une hypokaliémie mais qu'il était possible de rééquilibrer le taux de potassium avec un apport sous forme de sirop par exemple.
"Il faut aussi surveiller la fonction rénale et la fonction hépatique avec une prise de sang tous les mois".
"Le bumétanide est un médicament qui existe depuis 1971. Il est indiqué dans le traitement des oedèmes, notamment chez les nouveau-nés pendant juste quelques jours, et de l'hypertension artérielle mais dans cette dernière indication, c'est aujourd'hui un traitement de seconde intention. Donc, en raison de cette ancienneté, on a un recul assez long et il est facile d'utilisation", a rappelé le Dr Lemonnier.
DES REACTIONS PARADOXALES
L'idée de tester ce diurétique est née de la rencontre entre les deux chercheurs.
Le Pr Ben-Ari a rappelé qu'initialement, il ne travaille pas sur l'autisme mais sur le cerveau en développement, montrant notamment que le tissu cérébral malade se retrouve dans une situation de tissu immature, avec un taux intracellulaire en chlore trop élevé qui inverse l'activité du neuromédiateur GABA, habituellement inhibitrice.
C'est à l'occasion d'un exposé qu'il fait à une conférence sur l'autisme organisée par une association de parents malades en 2006 que le Dr Lemonnier est venu lui faire remarquer que le diazépam, un anxiolytique qui agit en augmentant l'activité inhibitrice du GABA, donne des réactions paradoxales chez les enfants autistes, les rendant plus agités.
Les chercheurs ont donc décidé de tester un médicament qui permet de réduire les niveaux de chlore intracellulaire. "On ne dispose pas de la preuve d'un taux neuronal élevé en chlore chez les enfants autistes mais on l'observe dans des modèles animaux", a indiqué le Pr Ben-Ari.
Les résultats doivent à présent être confirmés dans une étude de plus grande taille dans l'objectif d'obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le traitement de l'autisme. Pour cela, l'Inserm a déposé un brevet puis accordé une licence à la start-up Neurochlore (cf dépêche du 11/12/2012 à 16:49).
Le bumétanide est actuellement commercialisé en France sous forme de comprimé et de solution injectable dans le traitement des oedèmes et de l'HTA par les Laboratoires Leo (Burinex*), note-t-on.
(Translational Psychiatry, édition en ligne du 11 décembre)
/ld/ab/APM

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