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Edouard Philippe propose le retrait de l'âge pivot à 64 ans

PARIS, 13 janvier 2020 (APMnews) - Après plus d'un mois de contestation sociale, le Premier ministre Edouard Philippe a proposé samedi, dans une lettre adressée aux partenaires sociaux, le retrait d'un âge pivot à 64 ans du projet de réforme des retraites, une mesure présentée comme un gage de "confiance" aussitôt saluée par la CFDT et l'Unsa.
Cette annonce, qui est survenue au lendemain de rencontres à Matignon entre le chef du gouvernement et les partenaires sociaux, pourrait permettre à l'exécutif de renouer, au moins temporairement, le lien avec les syndicats réformistes, favorables à son projet de "système universel à points" mais qui avaient fait du maintien de l'âge pivot un casus belli.
Le projet de loi prévoira "que le futur système universel comporte un âge d'équilibre" mais "pour démontrer ma confiance envers les partenaires sociaux et ne pas préjuger de l'issue de leurs travaux concernant les mesures à prendre pour atteindre l'équilibre en 2027, je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j'avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d'équilibre de 64 ans en 2027", écrit Edouard Philippe.
Dans cette lettre, dont Reuters a obtenu une copie, le chef du gouvernement annonce son intention de s'en remettre concernant l'équilibre du système à la "conférence sur le financement", voulue par la CFDT, qui sera animée par Jean-Jacques Marette, ancien directeur général de l'Agirc-Arrco et qui rendra ses conclusions d'ici fin avril.
"Si comme je l'espère un accord intervient au sein de la conférence d'ici fin avril, le Parlement pourra en tenir compte lors de la seconde lecture et le gouvernement prendra une ordonnance transcrivant cet accord dans la loi", signale-t-il.
"Dans l'hypothèse où un accord ne pourrait intervenir, le gouvernement prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l'équilibre 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social", prévient-il. "Je veux être parfaitement clair sur ce point, je prendrai mes responsabilités."

Une "avancée majeure"

L'annonce du retrait de la mention de l'âge pivot à 64 ans -âge qui devra être atteint pour toucher une retraite à taux plein avec un système de bonus-malus s'appliquant tout au long de la retraite- a été aussitôt saluée par l'Unsa, qui a évoqué dans un communiqué "une avancée majeure" et qui a estimé que les échanges pouvaient "enfin démarrer".
"Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT!", s'est de son côté félicité le n°1 de la CFDT, Laurent Berger, sur Twitter. "Nous allons maintenant poursuivre notre action pour un système de retraite plus juste et solidaire".
Dans un communiqué, sa centrale "salue le retrait de l’âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis du gouvernement" et annonce qu'elle va "poursuivre les discussions dans le cadre proposé pour répondre aux interrogations qui demeurent sur le futur régime universel."
Elle "s’engage pour porter ses revendications", citant une "meilleure prise en compte de la pénibilité, de la situation des femmes, la sécurisation des transitions, notamment dans la fonction publique, l'amélioration du minimum contributif, le développement de la retraite progressive et l'amélioration des fins de carrière".
Cette annonce de reprise de dialogue ne devrait toutefois pas se traduire par un arrêt immédiat des perturbations dans les transports, la CGT et FO continuant de réclamer le retrait pur et simple de ce projet de réforme qui prévoit de fusionner les 42 régimes existants en un seul régime à points.
Samedi, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris, à l'appel de l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires et organisations de jeunesse) qui continue de maintenir la pression sur l'exécutif.
"La lettre d'Edouard Philippe confirme exactement l’analyse de Force ouvrière", a estimé le n°1 de FO, Yves Veyrier, sur Twitter. L’âge d’équilibre "sera intrinsèque à terme au régime unique de retraites par points et la tutelle de l’Etat est affirmée y compris en interdisant de négocier la hausse des cotisations".

Le Medef ne veut pas une hausse du coût du travail

Dans un entretien au Journal du dimanche, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a rappelé que son organisation était favorable à la fixation d'un âge légal de départ à 64 ans. "Néanmoins, vu l'état du pays et la durée du conflit, nous sommes prêts à rentrer dans cette concertation pour trouver un compromis qui ne remet pas en cause le coût du travail", annonce-t-il.
Si le Medef participera donc à la conférence de financement et est prêt à imaginer "des dispositifs plus individualisés qu'un âge pivot universel, il considère qu'"à la fin, il faudra que ça boucle financièrement!", insiste son président en considérant qu'il est "inimagineable" d'aboutir à une hausse des cotisations et à une hausse, "même infime", du coût du travail.
Interrogé sur la pénibilité, il estime que ce dossier "doit être abordé avec un calendrier différent de celui des retraites car il est complexe".
Il estime qu'il faut "améliorer le dispositif existant" et indique que le Medef est "prêt à revoir certains seuils et l'utilisation des points, par exemple pour financer les congés de reconversion". Il assure aussi que les autres critères de pénibilité n'ont pas "disparu" et qu'ils sont "mesurés grâce à une visite médicale régulière". "En cas d'incapacité supérieure à 10%, un départ anticipé en retraite est possible", affirme-t-il.
"Nous ne sommes pas fermés à une amélioration du dispositif dès lors qu'il n'entraîne pas une mesure individuelle", ajoute Geoffroy Roux de Bézieux.
/rts-san/APMnews

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