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"Il n'y a jamais eu autant de monde en réanimation" (Jérôme Salomon)

PARIS, 3 avril 2020 (APMnews) - "Il n'y a jamais eu autant de monde en réanimation", a déclaré à plusieurs reprises le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, vendredi soir lors de son point presse quotidien, alors que les autorités planchent sur divers scénarios de déconfinement.
Interrogé par APMnews sur les différentes stratégies de déconfinement envisagées, le DGS a rappelé que "les premiers impacts du confinement seront connus dans deux ou trois jours" et alerté sur le nombre de personnes encore en réanimation après une infection par le Sars-CoV-2.
Alors que 27.432 patients sont actuellement hospitalisés pour infection au Covid-19, "6.662 cas graves" nécessitent des soins lourds et intensifs en réanimation. Dans les dernières 24 heures, "641 nouveaux cas ont été admis en réanimation, contre 729 hier [jeudi]", a indiqué Jérôme Salomon (cf dépêche du 03/04/2020 à 21:46).
"Concernant l'évaluation du confinement, nous sommes à un peu plus de deux semaines de confinement strict. Le premier paramètre que nous pouvons observer, c'est le recours à SOS médecin et à la médecine de ville pour les personnes qui sont malades après deux semaines d'évolution de la maladie. Nous voyons aujourd'hui une baisse du recours à SOS médecins, c'est encore trop tôt pour en tirer des conclusions mais c'est toujours bonne nouvelle", a-t-il relevé.
"On ne peut pas analyser une situation sur un chiffre ou sur une journée mais nous sommes attentifs à cette diminution, surtout si elle se poursuit", a-t-il complété. "Nous n'avons toujours pas de baisse en réanimation et nous avons toujours besoin de davantage de lits et d'équipes mobilisées pour prendre en charge un nombre de malades toujours croissant", a-t-il alerté.
"Nous ne sommes pas encore au sommet de cette vague et encore moins à un début de décroissance. Viendra ensuite le temps de la réflexion sur le déconfinement qui sera, de toute façon, complexe", a-t-il prévenu.
Pour rappel, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé jeudi soir sur TF1 avoir confié la coordination de l'équipe chargée de déterminer les différents scénarios de déconfinement à Jean Castex, ex directeur général de l'hospitalisation et de l'organisation des soins (Dhos, aujourd'hui DGOS) (cf dépêche du 03/04/2020 à 10:14).
"Nous réfléchissons à plusieurs scenarios [de déconfinement] possibles", avait alors expliqué le chef du gouvernement, répétant que "le déconfinement, ce n'est pas pour demain", et qu'il "doit prévaloir au moins jusqu'au 15 avril et [...] probablement plus longtemps".
Une étude réalisée par un cabinet de conseil spécialisé dans la modélisation en santé suggère qu'un déconfinement en deux étapes, d'abord pour les moins de 65 ans puis pour les plus âgés 3 mois après, permettrait de diviser par 10 la mortalité par Covid-19 (cf dépêche du 02/04/2020 à 18:40).

De nouveaux transferts de patients entre régions planifiés

Si l'optique d'un déconfinement semble s'éloigner, le ministère des solidarités et de la santé s'organise toujours pour faire face aux capacités de réanimation limitées et tente d'y répondre via l'opération militaire Morphée et les transferts de patients gravement malades en TGV médicalisés d'une région à l'autre.
"Nous veillons depuis le premier jour à offrir les meilleurs soins possibles à chaque patient, notamment ceux qui nécessitent une réanimation. Cela nous a conduit, au nom de la solidarité nationale, à opérer des transferts de patients en intra-régional mais aussi entre les régions", a rappelé vendredi soir Jérôme Salomon.
Ainsi, au total, cinq opérations de transfert ont déjà permis de déplacer 115 patients. "Aujourd'hui [vendredi] en Île-de-France, 47 patients ont été transférés par voie aérienne vers les Pays-de-Loire, 10 patients ont été déplacés vers le Centre-Val de Loire et 52 patients franciliens sont arrivés en Normandie par voies terrestre et aérienne", a-t-il rapporté.
Dans la région Grand Est, 6 patients ont été évacués vendredi vers l'Occitanie grâce à une nouvelle opération militaire Morphée. Par ailleurs, plusieurs transferts transfrontaliers à destination du Luxembourg, de la Suisse, de l'Autriche et de l'Allemagne, ont été réalisés ou "sont encore en cours": 175 patients de la région Grand Est en ont bénéficié.
"Ces opérations sont prévues pour soulager nos hôpitaux et nos équipes soignantes. Je peux d'ores et déjà vous annoncer que de nouvelles opérations militaires Morphée et des transferts en TGV médicalisé sont planifiés pour des patients du Grand Est et de l'Île-de-France", a indiqué Jérôme Salomon.
"Ce sont au total 506 patient lourds en réanimation qui ont été transférés vers des régions moins en tension", a-t-il précisé, indiquant que leur nombre sera amené à progresser "dans les jours et les semaines qui viennent".

Plus de 200 personnels soignants en renfort dans les établissements franciliens

"A la demande du ministère de la santé, des transferts de personnels soignants au profit des établissements de santé d'Île-de-France ont été organisés ces dernières 48 heures depuis les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), Auvergne Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine", a-t-on également appris.
Il s'agit de plus de 200 personnes: "194 déjà sur place et 32 ans en cours d'affectation" parmi lesquelles des médecins anesthésistes-réanimateurs et des infirmiers anesthésistes. Les régions Bretagne et Normandie ont, elles, "mis à profit de l'Ile-de-France" trois médecins anesthésistes-réanimateurs et 36 infirmiers.
Enfin, le Grand Est, région en tension, compte déjà en renfort "une vingtaine de réservistes sanitaires et 24 personnels soignants, dont 12 médecins anesthésistes-réanimateurs et 12 infirmiers anesthésistes venant de Nouvelle-Aquitaine", a détaillé le DGS.
wz/rm/APMnews polsan-une

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