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Coronavirus: quoi de neuf depuis mardi? (synthèse)

PARIS, 3 avril 2020 (APMnews) - Face à une actualité riche et inédite, APMnews propose à ses lecteurs, deux fois par semaine, le mardi (cf dépêche du 31/03/2020 à 22:24) et le vendredi soir, un retour sur l’essentiel des informations liées à l’épidémie de Covid-19 des jours précédents, pour offrir une vue d'ensemble en quelques minutes.
La France compte désormais 5.091 décès en milieu hospitalier liés au Covid-19 depuis le 1er mars (588 de plus que la veille), a indiqué vendredi le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon. S’y ajoutent 1.416 décès rapportés à ce jour dans les établissement médico-sociaux dont ceux accueillant des personnes âgées dépendantes (Ehpad) pour lesquels les chiffres sont communiqués depuis jeudi et continuent d'être consolidés.
L'excès de mortalité au cours de la semaine du 23 au 29 mars a été de 23% par rapport à un mois de mars moyen. Les personnes de plus de 65 ans sont les principales concernées.
Les services de réanimation, dont les capacités ont été doublées pour atteindre les 10.000 lits, continuent d’être mis à rude épreuve. Vendredi, 6.662 patients étaient pris en charge en réanimation, soit 263 patients supplémentaires en 24 heures. Si ce chiffre est en baisse depuis plusieurs jours, il reste positif, signe que l'on doit toujours accueillir plus de patients, a observé Jérôme Salomon. "Il n'y a jamais eu autant de patients en réanimation en France", a-t-il souligné.
Pour le premier ministre, Edouard Philippe, "aucun système de santé au monde n'a été construit pour faire face à ce que nous vivons". La France, toutefois, "va tenir" mais cela nécessite de rester "concentrés, mobilisés et vigilants", a-t-il prévenu jeudi soir sur TF1.
Les transferts de patients en réanimation depuis des régions en tension (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Ile-de-France) se poursuivent. Le DGS a fait savoir vendredi que 506 transferts avaient eu lieu entre le 18 mars et le 2 avril dans d'autres régions françaises et en Europe. D'autres opérations sont déjà prévues.
Face au recours grandissant à cette pratique, la déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF), Zaynab Riet, a indiqué mercredi dans un entretien à APMnews qu’elle souhaiterait qu’une organisation "transparente", "claire" et "lisible" soit mise en place car "les établissements et les professionnels sur les territoires prêts à accueillir des patients, dans les régions moins touchées, se posent énormément de questions".
En plus des transferts de patients, des soignants venant notamment des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie sont venus ou vont venir prêter main forte à leurs collègues du Grand Est et d’Ile-de-France.
Des partages de médicaments utilisés en réanimation sont aussi organisés entre établissements afin de pallier les tensions d’approvisionnement constatées dans plusieurs hôpitaux. Un décret publié vendredi autorise par ailleurs les praticiens hospitaliers confrontés à des problèmes de disponibilité pour un médicament à avoir recours à des produits vétérinaires similaires.
Selon Edouard Philippe, si la situation n'est pas problématique partout, pour certains médicaments, "les stocks sont plus limités et les tensions sont réelles". Eviter une pénurie est "ma priorité numéro un en ce moment", a-t-il affirmé jeudi.

Psychiatrie, Ehpad, libéraux

En dehors des services de réanimation, la prise en charge des patients se structure, notamment en psychiatrie. Jérôme Salomon a estimé jeudi que "la filière santé mentale a un rôle essentiel à jouer" pour les patients psychiatriques contaminés mais aussi pour la santé mentale des soignants et de la population générale.
S’agissant des Ehpad, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a publié mercredi un avis dans lequel il estime que "toute mesure contraignante restreignant les libertés" des résidents doit être "nécessairement limitée dans le temps, proportionnée et adéquate aux situations individuelles". L’instance avait été saisie en urgence par le gouvernement, qui recommande aux établissements de privilégier un confinement individuel dans les chambres.
Le conseil scientifique installé auprès du gouvernement pour l’orienter dans la gestion de l’épidémie a quant à lui recommandé dans un avis mis en ligne mercredi deux modèles de prise en charge pour les résidents d’Ehpad infectés: la séparation entre un espace "Covid" et un espace "non Covid" d’une part, et la mise en place d’une filière de soins hors Ehpad d’autre part.
En médecine de ville, plusieurs initiatives locales portées par des libéraux ont vu le jour pour aiguiller les patients et soulager les centres 15 et les hôpitaux. Mais, en raison du confinement, la fréquentation des cabinets et des officines a fortement baissé, laissant craindre des retards dans les soins et des pertes de chance. Les libéraux s'alarment aussi des conséquences de cette baisse d'activité sur leur situation financière.
En réponse, le gouvernement a présenté jeudi une série de dispositifs de soutien auxquels les professionnels de santé libéraux notamment ont droit: indemnités journalières en cas de maladie ou du fait des mesures d’isolement, reports d’échéances sociales et fiscales, chômage partiel pour les salariés et éligibilité au fonds de solidarité pour les entreprises en difficulté. Des discussions ont également été lancées sur une compensation de perte de revenus versée par l'assurance maladie.

Vers un prolongement du confinement

Auditionné mercredi par une mission d'information de l'Assemblée nationale sur la gestion du Covid-19, Edouard Philippe a expliqué qu'il était "probable" que le déconfinement soit progressif, évoquant sans plus de précision des sorties en fonction des régions, des classes d'âges,...
Il a annoncé le lendemain avoir confié à Jean Castex la coordination d'une équipe chargée de déterminer les différents scénarios de déconfinement. Ancien conseiller aux affaires sociales de Nicolas Sarkozy, ce haut fonctionnaire a aussi officié comme directeur général de l'hospitalisation et l'organisation des soins (Dhos, aujourd'hui DGOS) entre 2004 et 2006.
Une modélisation réalisée par le cabinet de conseil français Public Health Expertise, relayée jeudi par le syndicat Jeunes médecins, suggère un déconfinement en deux étapes: les moins de 65 ans d'abord puis les plus âgés trois mois après, ce qui permettrait de diviser par 10 la mortalité due au Covid-19.
Edouard Philippe a prévenu jeudi que le déconfinement ne serait "pas pour demain matin" et que le confinement, actuellement en vigueur jusqu'au 15 avril, durerait "probablement plus longtemps". Il a aussi souligné que le début des vacances de Pâques, samedi, en région parisienne, ne devait pas être une raison pour quitter son domicile.
Selon la DGS, les premiers impacts des mesures de confinement seront évalués dans les deux à trois prochains jours.

L'avenir en réflexion

Alors que la sortie du confinement n'est pas encore décidée, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) réfléchit déjà à l'après-Covid-19. Mediapart a dévoilé mercredi une note dans laquelle l'institution avance plusieurs pistes de réforme, notamment pour le financement de l'hôpital. La FHF a estimé jeudi auprès d'APMnews que plusieurs des réponses apportées étaient "mauvaises voire dangereuses" et a déploré que certains sujets clés comme les investissements et la revalorisation des carrières hospitalières ne soient pas abordés.
En matière de recherche, de premières données positives chez la souris ont été publiées mercredi pour un candidat vaccin américain. En France, une étude clinique a été lancée en milieu de semaine par le CHU d'Angers sur l'hydroxycholoroquine (Plaquenil*, Sanofi) et une autre portée par l'Etablissement français du sang (EFS) et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) débutera mi-avril à Paris afin d'évaluer l'efficacité d'une thérapie à base de plasma de patients Covid-19 guéris.
L'hydroxychloroquine est actuellement indiquée dans la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, les lucites et, seulement dans certains pays, le paludisme. Le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, a assuré jeudi à l'agence Reuters que le groupe pourrait fournir des millions de doses de son produit si son efficacité dans le Covid-19 est prouvée dans des essais cliniques.
gb/eh/APMnews

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