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Environ 18 millions de personnes resteront confinées après le 11 mai (Pr Delfraissy)

PARIS, 15 avril 2020 (APMnews) - Environ 18 millions de personnes "à risque d'être contaminées", du fait de leur âge ou de leur état de santé, resteront confinées après le 11 mai, a déclaré le Pr Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique installé auprès du gouvernement, mercredi au Sénat.
Le Pr Jean-François Delfraissy s'est exprimé lors d'une audition de la commission des lois sur les mesures de "traçage" numérique dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, qui pourrait, selon le gouvernement, constituer une "brique" de la stratégie globale de déconfinement (cf dépêche du 08/04/2020 à 11:26).
"De toute façon, numérique ou pas numérique, nous avons à la sortie du confinement 18 millions de personnes qui sont à risque d'être contaminées et de développer une forme grave. Donc pour ces 18 millions de personnes, ce n'est pas un scoop, on continuera le confinement", a-t-il relevé, précisant de premières estimations relayées la semaine dernière (cf dépêche du 07/04/2020 à 13:51). "Dans quelles conditions et pour combien de temps, je ne sais pas. En attendant qu'on trouve peut-être un médicament préventif", a-t-il poursuivi.
Il s'agit de personnes âgées "au-dessus de 65 ou de 70 ans", des patients atteints d'affections de longue durée (ALD) et de sujets jeunes ayant une pathologie, "mais aussi obèses, car c'est un facteur de gravité", a souligné le président du conseil scientifique.
Il a également évoqué les 50 millions de Français plus jeunes "qui posent la question de la remise dans une certaine forme d'activité", et le million de personnes "en grande précarité", sans domicile fixe (SDF) ou migrants "sur lesquels on a très peu de données".
Sur l'apport des outils technologiques lors du déconfinement, il a rappelé que 18 millions de personnes en France sont "hors du numérique", dont beaucoup de personnes âgées, mais aussi en situation de précarité.
Il a par ailleurs tenu à "mettre un grand bémol" sur le caractère "fondamental" du dépistage sérologique et sur le taux d'immunité qui pourrait être constaté à l'issue de la "première vague de contamination".
Il a noté que les premières données chinoises et italiennes font état d'un taux d'immunité populationnelle "de l'ordre de 10% à 12% maximum". "Cela veut dire que la première vague n'a finalement contaminé qu'une fraction relativement limitée, et qu'on ne peut pas compter dessus en termes de protection."
"On est en train de se poser la question de savoir si quelqu'un qui a eu le Covid-19 est si protégé que ça", a-t-il par ailleurs relayé. Il a fait part d'une "série d'éléments" suggérant "peut-être un réservoir pour ce virus, et des phénomènes de réactivation qui peuvent arriver". "Nous ne savons pas réellement si le fait d'avoir des anticorps est un élément absolu de protection", a-t-il martelé, émettant des "réserves" sur une "notion de bon sens" qu'il a lui-même relayée ces dernières semaines.
Dans une étude chinoise publiée début avril, 30% des personnes guéries ne présentaient qu'une très faible concentration d'anticorps neutralisants (et environ 5% n'avaient pas d'anticorps détectés) (cf dépêche du 14/04/2020 à 17:24). En Corée du Sud, 91 patients qui étaient supposés guéris après avoir été infectés ont été testés positifs à nouveau, selon les autorités du pays (cf dépêche du 10/04/2020 à 18:59).
Au Sénat, le Pr Delfraissy a tenu à passer un "signal d'alerte général pour montrer qu'il faut être très prudent".

Un déconfinement tout en nuances

"Finalement, il est clair que dans cette période de déconfinement on ne va pas passer du noir au blanc, mais cela va être extrêmement progressif, et on va passer du noir au gris foncé. Et pour passer au 'gris grisé', il va falloir du temps", a estimé le président du conseil scientifique installé auprès du gouvernement, défendant une vision étape par étape.
Il a jugé que le pays ne pourra pas sortir du confinement si des "prérequis techniques et opérationnels" ne sont pas respectés.
Concernant le recours à une application de traçage, il a insisté sur le fait qu'il ne pourra pas être efficace sans un accès massif aux tests de dépistage et à d'importantes ressources humaines, de l'ordre de 30.000 personnes.
"On a besoin d'une brigade ou d'une plateforme opérationnelle pour contacter les personnes détectées positives, déterminer leur état, si elles ont besoin d'être hospitalisées ou pas, et si ce n'est pas le cas, ce qu'on fait. Est-ce qu'on les remet en famille ? Ou on les met à l'isolement pendant un certain temps, probablement deux semaines, dans un hôtel ou une structure ad hoc? Est-ce qu'on prend une décision générale ou on adopte une vision plus lâche, au cas par cas?", a-t-il développé.
Il a cité l'exemple de l'utilisation du numérique en Corée du Sud, évoquant "un fantasme" du numérique qui "va tout régler". Si le pays a bien utilisé les outils informatiques, il a aussi disposé d'une "brigade de 20.000 personnes qui étaient là pour traquer, immédiatement repérer les personnes". "C'est de l'humain qu'il y a derrière. Ça nous ne l'avons pas en France", a-t-il observé.
Aymeril Hoang, membre du conseil scientifique et expert en numérique également auditionné au Sénat mercredi, a estimé que le signalement des personnes testées positives au Covid-19 dans l'application en préparation intitulée "StopCovid" pourrait être soumis au "contrôle préalable" d'un professionnel de santé (cf dépêche du 15/04/2020 à 18:58).
rm/ab/APMnews

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