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Covid-19: Jean-François Delfraissy décrit les "fondamentaux" pour maintenir le contrôle

PARIS, 1er mai 2020 (APMnews) - Les brigades et les outils numériques de traçage, une grande capacité de tests et une surveillance en temps réel, sont les "fondamentaux" pour maintenir un contrôle de l'épidémie, a fait valoir le président du Conseil scientifique placé auprès du gouvernement Jean-François Delfraissy, lors d'une audition jeudi devant la commission des affaires sociales du Sénat.
Il a répondu aux nombreuses questions des sénateurs avec l'épidémiologiste Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur, également membre du conseil scientifique, pendant près de 3 heures, notamment au sujet de la réouverture de l'école (cf dépêche du 30/04/2020 à 16:59).
Les deux scientifiques ont été interrogés sur le risque de rebond épidémique, à la levée du confinement strict le 11 mai. Le conseil scientifique a émis un avis très étayé, dans lequel il liste les prérequis à la levée d'un confinement strict, publié dimanche dernier, rappelle-t-on (cf dépêche du 26/04/2020 à 12:17). Le premier ministre a présenté mardi son plan qui comprend notamment, la constitution de brigades chargées de remonter les chaînes de contamination ainsi que le dépistage de tous les cas (cf dépêche du 28/04/2020 à 18:48).
Les équipes hospitalières "vivraient très mal une reprise de l'épidémie", a souligné Arnaud Fontanet. Il a rappelé qu'il n'était pas possible de compter sur l'immunité collective, les enquêtes sérologiques, faisant apparaître, que seulement 10% de la population a été infectée dans les zones les plus touchées et 2% à 3% dans les régions relativement épargnées, contre une proportion protectrice estimée à 70%.

Suivre l'épidémie en "temps réel"

Afin d'éviter de se retrouver "à la case départ", "un contrôle du virus très fort" est donc nécessaire, a résumé l'épidémiologiste. Pour ce faire, il a souligné que le système de surveillance épidémiologique devait être "suffisamment réactif pour détecter des foyers, même très locaux, et qu'il fallait détecter les cas "au plus vite" et mener des enquêtes autour d'eux, pour "se prémunir de toute reprise de l'épidémie".
Il a expliqué que c'était "extrêmement difficile à mettre en oeuvre", et que les "indicateurs épidémiologiques les plus pertinents", restaient à définir: il n'y a "pas actuellement d'indicateurs fiables de circulation en temps réel". Les indicateurs les plus fiables à disposition, les hospitalisations et les admissions en réanimation, sont respectivement décalées d'une semaine et de 15 jours, a-t-il précisé.
Cette "vision nationale", alliée à une importante capacité de tests, aux brigades de traçage des cas et à l'outil numérique de traçage sont des "prérequis fondamentaux", a répété le président du conseil scientifique. Selon lui, "si on n’a pas ça, ça ne va pas le faire".

Tester environ 100.000 personnes/jour

Il a souligné qu'il fallait "très largement ouvrir les tests", en estimant "qu'on avait raté quelque chose en février", en référence au foyer de Crépy-en-Valois (Oise). Il a affirmé que la stratégie visant à tester par RT-PCR tous les cas symptomatiques n'avait pas été choisie pour s'adapter à une pénurie. Il a dit que la capacité actuelle de tests RT-PCR était estimée à 40.000 à 45.000/jour et qu'elle devait atteindre 100.000/120.000 par jour d'ici mi-mai ajoutant que selon lui, "on serait en capacité".
Il s'agira de tester toute personne présentant des symptômes respiratoires, ce qui devrait représenter environ 100.000 personnes par jour, avec quelques milliers positives au Covid-19, qu'il faudra ensuite isoler très rapidement, a décrit Arnaud Fontanet.
"Le vrai défi n'est pas tellement d'avoir cette plateforme opérationnelle, c'est de relier les personnes qui ont des symptômes évocateurs, soit environ 100.000 par jour, à ces plateformes, pour qu'elles soient testées rapidement, et que le résultat leur revienne, ainsi qu'au médecin traitant et au service de surveillance épidémiologique pour avoir une cartographie de la survenue des cas sur l'ensemble du territoire français", a dépeint le Pr Fontanet. Ensuite, vient "tout le travail de chaînage des contacts", a-t-il ajouté qualifiant tout le dispositif de "défi logistique".

Environ 15.000 personnes pour constituer les brigades

S'agissant du travail de traçage des contacts, Jean-François Delfraissy a confié revendiquer le terme de "brigades" employé mardi par Edouard Philippe. Il a rapporté qu'en Corée du Sud, outre l'outil numérique mis en place, 17.500 personnels de santé avaient été consacrés à la réalisation de ces enquêtes autour des cas. Il a décrit des équipes qui allaient repérer les personnes contact et vérifier si elles étaient dotées de l'outil numérique.
Le président du conseil scientifique a martelé que ces brigades étaient "essentielles": "c'est brigades + outil numérique". Il a mis en avant le fait qu'environ 17% des Français n'étaient pas équipés pour utiliser cette application (baptisée StopCovid en France), que d'autres ne voudraient pas et que cet outil avait aussi "ses limites".
Pour Jean-François Delfraissy, les médecins généralistes, en première ligne, "doivent être totalement en ordre de marche pour la sortie du confinement", car ils seront des "acteurs importants dans ces brigades".
Il a estimé qu'il faudrait probablement 15.000 à 20.000 personnes en France pour constituer ces brigades.

Modèle "en construction"

Il a confié que le modèle de ces brigades, n'était "pas prêt" et qu'il était "en construction": "une partie sera gérée par la Caisse nationale d'assurance maladie, une partie avec les autorités locales, le réseau des médecins généralistes, le milieu associatif et les milieux de santé". Il également mis en avant la nécessité d'adaptation locale citant les exemples diamétralement opposés du Cantal et de la Seine-Saint-Denis.
Pour le Pr Delfraissy, l'organisation de ces brigades, dans les 15 jours, constitue un "enjeu majeur". Il a révélé que certaines agences régionales de santé (ARS) avaient fait remonter qu'elles ne savaient pas organiser ce type de dispositif et a rapporté que le milieu associatif était très demandeur.
"On va y arriver, mais il faut qu'il y ait une vision très large, très globale, très ouverte en s'appuyant sur les acteurs qu'on a déjà en France", a-t-il conclu.
Un téléservice de la Cnam, nommé "contact Covid", doit être développé d'ici le 11 mai. Il permettra aux médecins généralistes de renseigner tout ou partie des cas contacts repérés, avant de laisser la main à une plateforme départementale de l'assurance maladie, selon un courrier du directeur général de la Cnam, Nicolas Revel (cf dépêche du 30/04/2020 à 19:35).
vib/san/APMnews polsan-une

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