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Covid-19: Emmanuel Macron annonce de nouvelles mesures de confinement jusqu'au 1er décembre

PARIS, 28 octobre 2020 (APMnews) - Le président de la République Emmanuel Macron a annoncé mercredi soir, lors d'une allocution télévisée depuis l'Elysée, de nouvelles mesures de confinement, moins contraignantes qu'en mars, qui seront appliquées "dans la nuit de jeudi à vendredi" et jusqu'au 1er décembre, pour "mettre un coup de frein brutal" à l'épidémie de Covid-19.
Emmanuel Macron, le 28 octobre - capture d'écran
Emmanuel Macron, le 28 octobre - capture d'écran
"J'ai décidé qu'il fallait retrouver, à partir de vendredi, le confinement qui a stoppé le virus. Tout le territoire national est concerné, avec des adaptations pour les seuls départements et territoires d'outre-mer", a déclaré le président de la République.
Déplorant "un virus circulant en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n'avaient pas anticipée", il a dévoilé la nouvelle stratégie nationale de lutte contre l'épidémie de Covid-19, définie "après avoir consulté les scientifiques, dialogué avec les forces politiques, économiques et sociales et échangé avec tous [les] partenaires européens".
Ce nouveau confinement, dont les modalités seront détaillées jeudi à 18h30 par le gouvernement lors d'une conférence de presse, seront appliquées "dans la nuit de jeudi à vendredi" et jusqu'au 1er décembre "a minima". Il sera réévalué "tous les 15 jours", a expliqué Emmanuel Macron, pour décider "de mesures complémentaires" ou alléger certaines contraintes.
"Parce que nous avons appris des événements du printemps, ce confinement sera adapté sur trois points principaux: les écoles resteront ouvertes, le travail pourra continuer et les Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes] et maisons de retraite pourront être visités", a-t-il annoncé.
A l'instar des premières mesures de confinement présentées au printemps (cf dépêche du 16/03/2020 à 22:47), le président de la République a rapporté plusieurs points "qui ne changeront pas". Ainsi, sur présentation d'une attestation de déplacement, la population sera autorisée à se déplacer pour se rendre au travail, à un rendez-vous médical, porter assistance à un proche, faire ses courses "essentielles" et "prendre l'air".
De plus, les réunions privées doivent être "exclues" et les rassemblements publics proscrits, ainsi que les déplacements "d'une région à l'autre, à l'exception des retours de vacances de la Toussaint", a-t-il annoncé, précisant qu'il y aura donc "une tolérance durant ce week-end".
"Les commerces qui ont été définis au printemps comme non essentiels, les établissements recevant du public, notamment les bars et restaurants, seront fermés. Comme au printemps, le 'quoiqu’il en coûte', cette réponse économique parmi les plus protectrices du monde, se poursuivra", a-t-il notamment souligné.

Le détail des assouplissements

"Par rapport à mars-avril, nous avons progressé", s'est néanmoins félicité Emmanuel Macron, avant de détailler les "règles qui vont évoluer". Ainsi, "nos enfants ne sauraient être durablement privés d’instruction, d’éducation, de contact avec le système scolaire", a-t-il expliqué. "Les crèches, les écoles, les collèges et les lycées demeureront donc ouverts avec des protocoles sanitaires renforcés. Les facultés et établissements d’enseignement supérieur assureront à l’inverse des cours en ligne."
"Partout où c’est possible, le télétravail sera à nouveau généralisé. Mais, et c’est une seconde différence par rapport au printemps, l’activité continuera avec plus d’intensité. Les guichets des services publics resteront ouverts. Les usines, les exploitations agricoles, les bâtiments et travaux publics [BTP] continueront de fonctionner", a poursuivi le chef de l'Etat, appelant, "dans la mesure des possibilités de chacun", à participer à cet effort "en travaillant, en soutenant les entreprises qui ont innové à travers des commandes à distance, la vente à emporter ou la livraison à domicile".
Les frontières intérieures à l’espace européen demeureront, elles, ouvertes et sauf exception, les frontières extérieures resteront fermées. "Dans les ports et les aéroports pour les déplacements internationaux, des tests rapides obligatoires seront déployés pour toutes les arrivées. Aucun voyageur ne doit pouvoir entrer sur le territoire européen sans qu’on soit certain qu’il n’est pas porteur du virus", a insisté Emmanuel Macron.
Par ailleurs, "pour éviter que ne se nouent des drames humains où des personnes en fin de vie se retrouvent totalement isolées", les visites en Ehpad seront -cette fois- autorisées "dans le strict respect des règles sanitaires", a-t-il assuré, ajoutant souhaiter aussi "que les personnes en situation de handicap puissent bénéficier des souplesses dont elles ont besoin".
"Quant aux cimetières, en cette période marquée par la Toussaint, ils demeureront ouverts, et je veux que nous puissions continuer à enterrer dignement nos proches", a-t-il poursuivi.
Soulignant que "ce nouveau confinement ne réussira que par la mobilisation de tous", Emmanuel Macron a salué le travail des soignants à l’hôpital et loué le rôle des médecins de ville, des infirmiers, des pharmaciens et des acteurs du médico-social "pour assurer une prise en charge précoce des patients dès les premiers symptômes pour éviter que ne se développent des formes complexes".
Le président de la République a, en outre, rendu hommage aux élus et aux forces de sécurité intérieure, qui "ont joué un rôle essentiel" lors du premier confinement.

Un vote au Parlement jeudi

"Chaque heure compte", a martelé le chef de l'Etat, précisant que "dès demain [jeudi]", un débat suivi d’un vote se tiendra au Parlement et qu'il participera, jeudi également, à un Conseil européen destiné à "coordonner les réponses sanitaires des différents pays de l’Union".
"Notre objectif à terme est simple: réduire très fortement les contaminations […], ralentir significativement le rythme des entrées à l’hôpital et en réanimation", a-t-il expliqué.
"Si nous ne donnons pas aujourd'hui, un coup de frein brutal aux contaminations, nos hôpitaux seront très vites saturés, sans que nous ayons, cette fois, la possibilité de transférer beaucoup de patients d'une région une autre", a-t-il prévenu. "Si nous ne donnons pas aujourd'hui un coup de frein brutal aux contaminations, les médecins devront alors choisir, par exemple entre un patient victime d'un accident de la route et un patient atteint du Covid ou entre deux malades du Covid", a-t-il souligné.
Pour répondre à cette urgence, Emmanuel Macron a fait savoir que ces semaines de confinement doivent permettre aux autorités de mettre en oeuvre "des efforts massifs pour mettre en place beaucoup plus de plateformes de test à travers des innovations et une nouvelle organisation". "Nous devons collectivement déployer beaucoup plus massivement l’application TousAntiCovid [cf dépêche du 22/10/2020 à 19:30], qui sera un instrument de la sortie de cette phase de confinement", a-t-il complété.
"Tests en 30 minutes, meilleurs traçage, isolement plus efficace des personnes positives qui est un sujet sur lequel nous devons encore réfléchir. Une fois le pic épidémique passé, tous ces outils doivent nous permettre demain de tenir jusqu’au vaccin, à l’été, nous disent les scientifiques", a-t-il conclu, appelant les Français à "rester unis et solidaires".

9.000 patients en réanimation à la mi-novembre

Lors de son allocution, le président de la République est aussi revenu sur les décisions prises ces derniers mois par le gouvernement. Il a rappelé que la stratégie définie "dès l'été" avait été de "vivre avec le virus" et de "maîtriser sa circulation" grâce notamment au déploiement des tests et aux gestes barrières.
"Avons-nous tout bien fait?", a interrogé Emmanuel Macron. "Non. […] On peut toujours s'améliorer, mais nous avons fait tout notre possible", a-t-il jugé. "Notre stratégie était, compte tenu des informations, la bonne", a-t-il affirmé, précisant que c'était "celle de tous les pays Européens".
Il a rappelé que, lors de sa dernière allocution mi-octobre, instaurant le couvre-feu sur une partie du territoire (cf dépêche du 14/10/2020 à 22:38), il avait "fixé un délai d'une dizaine de jours pour juger de l'efficacité des choix faits et décider de l'opportunité de mesures nouvelles".
Si les "efforts consentis" ont été "utiles", "la lucidité commande d'admettre que cela ne suffit plus", a reconnu le président.
Il a précisé que "le nombre de contaminations rapporté à la population a doublé en moins de deux semaines" et ajouté qu'"à la différence de la première vague, l'ensemble des régions se trouve aujourd'hui aux seuils" (cf dépêche du 28/10/2020 à 13:40).
"Comme tous nos voisins, nous sommes submergés par l'accélération soudaine de l'épidémie, par un virus qui semble gagner en force à mesure que l'hiver approche, que les températures baissent", a-t-il constaté. "Nous sommes tous, en Europe, surpris par l'évolution du virus."
Tous les pays européens "en sont au même point": ils sont "débordés par une deuxième vague, qui -nous le savons désormais- sera sans doute plus dure et plus meurtrière que la première".
"Nous savons que, quoi que nous fassions, près de 9.000 patients seront en réanimation à la mi-novembre, soit la quasi-totalité des capacités françaises", a-t-il affirmé.

Cinq objectifs du confinement

Le président a listé les cinq objectifs principaux de ce confinement. Il s'agit de "protéger les plus âgés [et] les plus fragiles", mais également "les plus jeunes". Il a en effet rappelé qu'"aujourd'hui, 35% des personnes en réanimation ont moins de 65 ans" et que "les séquelles à long terme" du virus sont inconnues.
Il a aussi appelé à "protéger nos soignants" et "les plus modestes", "plus touchés" à la fois "par le virus sur le plan sanitaire", mais également par les "conséquences économiques et sociales de la crise".
Il a enfin estimé qu'il fallait "protéger notre économie", assurant ne pas "croi[re] à l'opposition entre santé et économie".
"C'est donc un juste équilibre qu'il nous faut sans cesse rechercher, sans jamais perdre de vue, un principe intangible: pour nous, rien n'est plus important que la vie humaine."

Quatre stratégies écartées

Pour parvenir à ces objectifs, le président a listé les différentes "stratégies" qu'il aurait été "possible" d'envisager mais qui ont été écartées.
La première aurait été de "ne rien faire" et d'"assumer de laisser le virus circuler", afin d'atteindre "l'immunité collective". Selon le président, qui se réfère au conseil scientifique, cela signifie, "à très court terme", le "tri entre les patients à l'hôpital" et "d'ici quelques mois", la prévision d'"au moins 400.000 morts supplémentaires à déplorer". Le président a assuré que "jamais la France n'adoptera cette stratégie".
La seconde aurait été de "confiner les seules personnes à risque". Le président a jugé que cette voie "n'est pas non plus -au moment où je vous parle- utilisable", car si elle est "pertinente", elle n'est "pas suffisante".
"Créer une forme de bulle autour d'une génération de certaines personnes […] n'est pas réaliste et, à ce stade, insuffisant", a-t-il tranché.
La troisième voie aurait été "de tout miser sur la stratégie du 'tester- alerter-protéger'". "Si ce système peut être efficace, avec quelques milliers de cas par jour", aujourd'hui, il ne l'est plus avec "entre 40.000 et 50.000 contaminations quotidiennes dépistées" aujourd'hui. Le président a par ailleurs rappelé que la France réalise actuellement 1,9 million de tests par semaine.
En dernière stratégie, le président a évoqué l'augmentation des "capacités de réanimation". "Nous sommes en train de le faire, mais là non plus, ce n'est pas une bonne réponse", a jugé le président. Ainsi, "ce n'est pas en quelques mois que nous pourrons créer véritablement une capacité totalement différente" en réanimation.
Le président a néanmoins expliqué que "nous avons [...] tout le matériel nécessaire", que 7.000 infirmiers et médecins ont été formés "pour pouvoir travailler en réanimation" et que, désormais, les capacités sont de 6.000 lits, contre 5.000 avant la crise. "Nous allons les porter au-delà de 10.000 lits", a annoncé le président (cf dépêche du 29/07/2020 à 18:16). Ce n'est cependant "pas suffisant face à cette vague".
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