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Covid-19: la poursuite d'un traitement par IEC/ARA2 confirmée dans une étude internationale

LONDRES, 19 janvier 2021 (APMnews) - Les patients hospitalisés pour Covid-19 peuvent continuer d'être traités par un agent bloquant le système rénine-angiotensine sans risque, leur évolution étant similaire à ceux chez lesquels le traitement est arrêté, confirment les résultats d'une étude internationale.
Les agents bloquant le système rénine-angiotensine pourraient avoir un impact sur l'évolution d'un Covid-19 car il a été montré que l'enzyme de conversion de l'angiotensine ACE2 intervient dans l'entrée du Sars-CoV-2 dans les cellules de l'hôte, rappellent le Dr Jordana Cohen de l'université of Pennsylvanie à Philadelphie et ses collègues de l'essai REPLACE COVID dans The Lancet Respiratory Medicine.
Quelques données observationnelles au début de la pandémie suggéraient que ces médicaments pourraient augmenter le risque de Covid-19 sévère alors qu'ils sont parmi les plus prescrits dans le monde.
Dans cette étude multicentrique menée dans sept pays (Argentine, Bolivie, Canada, Etats-Unis, Mexique, Pérou et Suède), les chercheurs ont inclus 152 patients adultes hospitalisés pour Covid-19 (62 ans en moyenne, 45% de femmes), sous traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion (IEC) ou antagoniste des récepteurs de l'angiotensine-2 (ARA2) puis les ont randomisés en ouvert entre la poursuite du traitement ou son arrêt au cours de leur hospitalisation.
La stratégie était maintenue tant qu'aucune indication clinique ne motive un changement, tels qu'une hypotension, une hypertension non contrôlée malgré un autre traitement ne bloquant pas le système rénine-angiotensine, une hyperkaliémie, une atteinte rénale sévère, la survenue d'une insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection réduite.
Le critère principal d'évaluation était le score global gradué d'un patient par rapport aux autres concernant quatre indicateurs cliniques recueillis au cours de l'hospitalisation: le nombre de jours avant un décès à l'hôpital, le nombre de jours passés sous ventilation mécanique ou oxygénation extracorporelle par membrane (ECMO), le nombre de jours sous traitement de suppléance rénale, traitement ionotrope ou vasopresseur et l'aire sous la courbe du score modifié SOFA de sepsis.
Il apparaît que le score médian global des patients dont le traitement a été maintenu était de 73 points, contre 81 points pour les patients dont le traitement a été arrêté, soit une différence non statistiquement significative.
Ils étaient respectivement 21% et 18% à devoir être pris en charge en réanimation ou recevoir une ventilation mécanique intensive. Le taux de décès était de respectivement 15% et 13%, sans différence non plus.
L'incidence des événements indésirables était aussi similaire dans les deux groupes, sans différence concernant la pression artérielle, le taux de potassium ou de créatine.
La durée d'hospitalisation était de 6 jours en moyenne pour les patients ayant poursuivi le traitement et 5 jours pour ceux ayant arrêté, sans différence significative.
Globalement, ces résultats indiquent que la poursuite ou l'arrêt d'un traitement par IEC ou ARA2 chez les patients hospitalisés pour Covid-19 n'a pas d'effet sur le cours de la maladie. Ils vont dans le même sens que l'étude BRACE CORONA (cf dépêche du 01/09/2020 à 16:17), dont les résultats n'ont pas encore été publiés. Pourtant, cette étude a été menée dans un seul pays, chez des patients globalement plus jeunes, avec moins de comorbidités, font observer les chercheurs.
Ils estiment que leurs données confortent les recommandations des sociétés savantes en faveur du maintien d'un traitement par IEC/ARA2 chez les patients hospitalisés pour Covid-19 en l'absence de contre-indication. D'autres études sont nécessaires, notamment pour vérifier si l'instauration de ces médicaments peut avoir un impact dans le traitement du Covid-19.
Dans un éditorial accompagnant l'article, Bryan Williams de l'University College London relève de ces premiers résultats publiés issus d'un essai clinique, l'astuce méthodologique du score gradué pour compenser la petite taille de l'étude et augmenter la puissance statistique.
Il estime que seule, cette étude ne permet pas d'apporter les garanties nécessaires au maintien ou à l'arrêt des agents bloquant le système rénine-angiotensine chez les patients hospitalisés pour Covid-19 ni de savoir si un traitement chronique a une influence sur le risque d'être infecté par le Sars-CoV-2. Mais compte tenu des précédentes données disponibles, il semble qu'il n'y ait aucune raison d'arrêter ces traitements dans le contexte de l'épidémie de Covid-19.
(The Lancet Respiratory Médicine, édition en ligne du 7 janvier)
ld/ab/APMnews

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