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Covid-19: la généraliste figure des anti-masques radiée de l'ordre des médecins (actualisation)

(Ajout de l'information que le Dr Engerer n'a pas fait appel de la sanction)
NANCY, 18 mars 2021 (APMnews) - Le Dr Eve Engerer, médecin généraliste du Haut-Rhin à l'origine de certificats médicaux anti-masques illégaux pendant la crise épidémique de Covid-19, et qui s'est avérée promouvoir des pratiques alternatives contraires aux données acquises de la science, a été radiée du tableau de l'ordre des médecins début janvier, a-t-on appris de source ordinale.
Le Dr Eve Engerer avait été suspendue, mi-novembre 2020, par l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est pour avoir "exposé à un danger grave" deux résidents d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du Bas-Rhin, "en pénétrant dans leur chambre pour les examiner sans masque" (cf dépêche du 13/11/2020 à 16:30).
A l'origine de certificats médicaux anti-masques, elle était visée par une plainte du conseil départemental de l'ordre des médecins (CDOM) du Bas-Rhin, notamment pour "rédaction de certificats de complaisance" et "charlatanisme", rappelle-t-on (cf dépêche du 03/09/2020 à 11:26).
Dans une décision rendue publique le 15 janvier, dont APMnews a eu copie, la chambre disciplinaire de première instance (CDPI) de l'ordre des médecins de Grand Est a retenu des manquements à 8 articles du code de déontologie médicale, inscrit dans la partie réglementaire du code de la santé publique.
Parmi les griefs portés contre la généraliste, la CDPI relève qu'elle avait "développé une forme de médecine fondée ni sur les enseignements universitaires, ni sur les données acquises de la science mais sur des pratiques alternatives reposant sur l’accès à la pleine conscience, les médecines ancestrales toltèques, bouddhistes, invitant les patients à réapprendre à s’aimer".
Sont également évoqués la pratique d'un "soin énergétique simple sur un enfant de 18 mois" atteint d'un syndrome viral en 2018, et le fait d'avoir, lors d'une garde de régulation de la permanence des soins en 2019, "exclusivement cherché à apaiser [une] patiente en l’invitant à s’interroger sur l’amour qu’elle se portait, à l’amour que son mari lui portait, alors que cette dernière souffrait d’une pathologie relevant des urgences gynécologiques".
Une de ses anciennes amies qui était aussi sa patiente entre 2008 et 2012 a par ailleurs témoigné du "processus de fragilisation psychologique auquel elle estime avoir été exposée sous son emprise".
Compte tenu des signalements "de plus en plus nombreux" adressés à l'ordre des médecins à son égard depuis 2015 et arrivés en cours d'instance, la CDPI en déduit une intensification progressive de ces pratiques initialement réservées à un cercle restreint et présentées "comme l’accessoire d’une médecine conventionnelle".
Pour la CDPI, le recours à de telles pratiques relève d'un manquement aux articles 39 (charlatanisme), 31 (déconsidération de la profession), 32 (qualité des soins) et 40 (exposer son patient à un risque injustifié) du code de déontologie médicale.
S'agissant des griefs liés à la crise sanitaire, la CDPI rappelle que le gouvernement, dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, a pris un décret en juillet 2020 prescrivant une série de mesures sanitaires dont les gestes barrières afin de ralentir la propagation du coronavirus Sars-CoV-2, et imposant le port du masque facial lorsque les règles de distanciation ne peuvent être garanties.

Figure médiatique des anti-masques

La CDPI constate que le Dr Engerer, intervenant dans un Ehpad lors d'une permanence de Samu, y avait circulé sans masque avant de pénétrer dans la chambre de deux résidents pour les examiner, toujours sans masque.
Elle souligne que, compte tenu de sa profession, la médecin "ne pouvait ignorer l’obligation" de porter le masque, estimant qu'elle devait être "regardée comme ayant volontairement exposé à un risque les personnes résidant dans cet établissement", par ailleurs particulièrement vulnérables face au virus.
Evoquant tant les signalements versés au dossier que ses prises de position publiques, la CDPI constate que le non-respect de son obligation de porter le masque "ne relève pas seulement d’une simple omission mais est revendiqué et procède du caractère dogmatique de sa position sur l’inutilité du port du masque et des vaccinations", qu'elle a résumé dans une déclaration postée sur les réseaux sociaux.
"Je dénonce le port du masque délétère (preuves scientifiques) pour tous, en dehors de réa, anesthésie, chirurgie, et services hospitaliers avec personnes immunodéprimées… Les pesticides, les épandages, les 11 vaccins administrés sur des nourrissons de deux mois (mensonges de Pasteur), l’utilisation des statines (cf livre sur le scandale des statines)", écrivait-elle.
La CDPI souligne aussi qu'elle s'est fait connaître à la télévision comme "une figure médiatique 'des groupes anti-masques', qualifiant les personnes portant le masque comme acceptant un acte de soumission, un 'rituel pédo-satanique'".
Elle constate enfin qu'elle a "fait la publicité, sur ses réseaux sociaux, puis a délivré, à la demande de personnes la sollicitant à cet effet, sur l’ensemble du territoire national, de certificats médicaux pré-rédigés, revêtus de sa signature, permettant aux personnes qui en étaient destinataires de justifier d’une contre-indication médicale au port du masque" (cf dépêche du 13/08/2020 à 11:19).
Pour ces griefs liés à la crise sanitaire, la CDPI estime que le Dr Engerer a "gravement contrevenu" à plusieurs articles du code de déontologie, dont l'article 28 (certificat de complaisance), l'article 2 (respect de la vie et de la dignité de la personne), l'article 40 (exposer son patient à un risque injustifié), tout en contribuant à déconsidérer la profession (article 31).
"Compte tenu de ses positions dogmatiques, elle doit être regardée comme ne s’engageant plus à assurer personnellement aux patients des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science" tout en contrevenant à l'article 12 (concours apporté à la protection de la santé) et à l'article 13 (souci des répercussions de ses propos auprès du public), soulignent les juges disciplinaires.
"Eu égard à la gravité de l’ensemble du comportement du Dr Engerer, il y a lieu de prononcer à son encontre la radiation du tableau de l’ordre", décide la CDPI.
Le Dr Engerer n'a pas comparu à l'audience de la chambre disciplinaire et n'y était pas représentée. Contactée mercredi par APMnews afin de savoir si elle avait interjeté appel, elle n'a pas souhaité faire de commentaires. Sollicitée par APMnews, la chambre disciplinaire nationale a confirmé jeudi matin qu'aucun appel n'avait été formé contre la décision, qui est donc devenue définitive.
vg-af/ab/ed/APMnews

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