dépêche

 - 

Myélome multiple: le daratumumab désormais en première ligne, et en sous-cutané

PARIS, 6 avril 2021 (APMnews) - Le traitement du myélome multiple daratumumab (Darzalex*) peut désormais être donné aux patients souffrant de myélome multiple dès la première ligne de traitement, et existe désormais dans une forme à administration sous-cutanée, a annoncé jeudi le laboratoire Janssen (groupe Johnson & Johnson) lors d'une conférence de presse.
Cette extension d'indication de l'anti-CD38 "s'inscrit dans les progrès continus qui ont été faits dans le traitement du myélome multiple depuis 20 ans", s'est félicité lors de la conférence de presse le Pr Thierry Facon du CHU de Lille. Il a rappelé les possibilités de traitement limitées dans les années 1990, puis les arrivées successives des inhibiteurs du protéasome, des immunomodulateurs et plus récemment d'anticorps monoclonaux.
Des progrès qui devraient continuer avec le développement en cours d'anticorps bispécifiques et de thérapies cellulaires comme les traitements par cellules CAR-T.
Le myélome multiple est encore considéré comme incurable, mais avec une durée de survie qui a doublé grâce aux nouveaux traitements, et qui "se rapproche de la survie de personnes sans myélome". Cette maladie "va devenir chronique" et "on va voir les patients les plus âgés décéder d'autres causes que leur myélome", a commenté le Pr Facon, espérant "dans un avenir proche" que des patients soient "accessibles à la guérison".
Avec la nouvelle indication du daratumumab, "ce sont quasiment 100% des patients" qui pourront recevoir ce traitement dès la première ligne de traitement, a estimé le Dr Aurore Perrot du CHU de Toulouse. "Très peu de patients ne seront pas éligibles".

Survies sans progression allongées

Les deux spécialistes ont rappelé des résultats des études qui ont conduit à cette nouvelle indication. Chez les patients éligibles à un traitement intensif, qui représentent 40% des patients, dans l'essai CASSIOPEIA, en première ligne, le daratumumab associé au protocole VTd (bortézomib-thalidomide-dexaméthasone) a été comparé à VTd seul, en traitement d'induction et de consolidation après autogreffe de cellules hématopoïétiques.
Le taux de réponse complète était plus élevé dans le groupe ayant reçu du daratumumab (39% contre 26%), et il y avait une "amélioration significative de la profondeur de la réponse" (64% de négativité de la maladie résiduelle contre 44%, en post-consolidation), a rappelé Aurore Perrot.
La survie sans progression était allongée: elle était de 93% à 18 mois avec l'anti-CD38 comparé à 85% dans l'autre groupe. Le risque de décès ou progression était diminué de 53%.
Ces résultats ont conduit à une modification des recommandations internationales de traitement du myélome, a précisé l'hématologue toulousaine.
Elle a également présenté une comparaison indirecte, suggérant aussi un bénéfice de l'association D-VTd comparée à un autre traitement actuel, VRd (bortézomib-lénalidomide-dexaméthasone).
L'association D-VRd est aussi évaluée. Dans l'essai GRIFFIN, là aussi, des taux de réponse complète plus élevés sont observés (81,8% à un an pour D-VRd, comparé à 60,8% avec VRd). L'étude PERSEUS, de plus grande taille, est en cours, avec la forme sous-cutanée du daratumumab, pour avoir des données sur la survie.
Le Pr Facon a quant à lui rappelé les résultats des essais en première ligne chez les patients inéligibles à un traitement intensif (60% des patients souffrant de myélome multiple). Dans l'essais ALCYONE, le daratumumab a été associé à VMP (bortézomib-melphalan-prednisone) et comparé à VMP seul.
Le taux de réponse global était augmenté (91% contre 74%) et à 42 mois de suivi, la proportion de patients vivants sans progression était respectivement de 48% avec D-VMP et 14% avec VMP. La survie globale était respectivement de 75% et 62%.
Et dans l'étude MAIA, dont 45% des patients inclus l'ont été en France, le daratumumab était évalué en association avec lénalidomide-dexaméthasone (Rd). A 48 mois, la survie sans progression s'élevait à 60% avec D-Rd contre 38% avec Rd.
Dans ces différentes études, le daratumumab a été globalement bien toléré, avec une augmentation des neutropénies et dans certains essais des pneumonies.

Rapidité d'administration en sous-cutané

Janssen a également présenté lors de cette conférence de presse la nouvelle formulation du daratumumab administrable par voie sous-cutanée. Aurore Perrot a souligné l'avantage de ce mode d'administration qui permet d'injecter le médicament en 5 minutes alors qu'avec la forme intraveineuse la durée d'administration est de 7 heures pour la première perfusion puis 3 heures par la suite.
Par ailleurs, avec la forme sous-cutanée, c'est une dose fixe qui est administrée, il n'y a pas à adapter la dose.
Des études ont démontré la non-infériorité de la forme sous-cutanée par rapport à la forme intraveineuse. Les taux de réponse au traitement sont similaires.
Cette nouvelle formulation étant disponible depuis peu, "on est en train de faire le relais" chez les patients qui étaient sous traitement avec la forme intraveineuse. Cette nouvelle formulation devrait complètement remplacer l'ancienne. Cela va conduire à modifier les organisations des hôpitaux de jour, la durée de présence des patients étant réduite, a-t-elle noté.
Interrogée sur la possibilité d'administrer ce médicament à domicile avec la forme sous-cutanée, elle a indiqué que cela n'était pas possible pour le moment, en raison notamment de la nécessité de conditions aseptiques pour préparer le produit avant l'injection, qui oblige à le faire dans une pharmacie hospitalière. De plus, au moins en début de traitement, il est préférable de pouvoir surveiller les patients pour pouvoir réagir rapidement en cas de réaction après l'injection.
Le daratumumab fait encore l'objet d'études dans plusieurs indications, a rapporté Claire Albrecht, directrice médicale en hématologie de Janssen. Il y a notamment une étude dans le myélome indolent et une étude dans l'amylose.
Dans le myélome multiple, le laboratoire développe un traitement par CAR-T ciblant l'antigène BCMA, qui est en phase III. Et en phase plus précoce il y a 2 anticorps bispécifiques à l'étude: le talquetamab (qui cible GPRC5D et CD3) et le téclistamab (qui cible BCMA et CD3).
fb/nc/APMnews

[FB8QR4V0G]

A lire aussi