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Hépatite B: la guérison fonctionnelle, un objectif à atteindre qui n'élimine pas le risque de complications (expert)

PARIS, 22 novembre 2021 (APMnews) - Chez les patients chroniquement infectés par le virus de l'hépatite B, la guérison fonctionnelle, objectif recherché dans les essais cliniques qui testent de nouveaux traitements, réduit le risque de complications mais ne le supprime pas, a indiqué le Pr Philippe Sogni, hépatologue à l'hôpital Cochin (AP-HP, Paris), lors du 22e forum de l'association SOS Hépatites lundi.
Le forum de l'association de patients se tient en format mixte présentiel à Paris/distanciel jusqu'à mardi soir.
Lors de la matinée de lundi consacrée aux hépatites B et delta, le Pr Philippe Sogni a clarifié le terme de "guérison fonctionnelle", c'est-à-dire la perte de l'antigène HBs, but recherché des traitements en développement. Il a rappelé qu'une guérison à proprement parler signifiait la suppression de l'ADN circulaire clos de façon covalente (ADN ccc) et de l'ADN intégré au génome de l'hôte.
Les traitements de l'hépatite B actuellement disponibles, les analogues nucléosidique entécavir et nucléotidique ténofovir, assurent une virosuppression complète. Mais l'élimination virale étant très rare, le traitement doit être pris à vie. À ce titre, le Pr Sogni a expliqué qu'à l'exception des situations où la perte de l'antigène HBs était constatée, il fallait "oublier les arrêts de traitements".
Pour illustrer les dangers associés aux arrêts de traitements par analogues, il a cité une étude taïwanaise conduite auprès de plus de 10.000 patients et présentée lors du congrès américain Liver Meeting. Cette étude documente des hépatites cytolytiques sévères, décès et transplantations hépatiques après arrêt du traitement.
S'agissant de l'objectif de guérison fonctionnelle fixé dans les essais évaluant des traitements en développement, il a souligné que la perte de l'antigène HBs améliorait le pronostic des patients, y compris ceux atteints de carcinome hépatocellulaire. Cette guérison fonctionnelle est associée à une réduction du risque de récidive, comme le montre une étude coréenne présentée lors du congrès annuel de l'AASLD. Après résection curative de patients chroniquement infectés par le VHB, à 10 ans, la moitié des patients AgHBs+ avaient récidivé, versus 22% des AgHBs-.
Toutefois, la perte de l'antigène HBs ne met pas à l'abri de complications, a -t-il pointé en citant une étude rétrospective corréenne publiée dans Hepatology en 2021 qui comparait les risques de complications à long terme de patients ayant perdu l'antigène HBs spontanément ou sous traitement par analogues nucléosidiques/tidiques. Le risque de carcinome hépatocellulaire n'était pas significativement différent dans les deux groupes et il n'était pas nul. Dans cette cohorte de 1.972 patients ayant perdu l'antigène HBs, parmi lesquels 15% de cirrhotiques et suivis en médiane 5,6 ans, un CHC s'est développé chez 49 patients, soit une incidence de 0,38 pour 100 personnes-années.
Afin de disposer d'un outil prédictif de risque de carcinome hépatocellulaire chez les patients ayant perdu l'AgHBs, il a mentionné l'intérêt du score PAGE-B qui intègre l'âge, le sexe et le comptage des plaquettes.
En l'absence de perspective de nouveaux traitements disponibles dans les cinq prochaines années, le Pr Sogni a estimé qu'il convenait d'optimiser les outils à disposition.

Améliorer le dépistage et la vaccination

SOS Hépatites a reformulé à cette occasion des recommandations émanant des premiers états généraux de l'hépatite B rendues publiques en début d'année (cf dépêche du 24/02/2021 à 12:32).
Carmen Hadey, référente Hépatite B, est revenue sur l'intérêt d'un dépistage de l'hépatite B au moins une fois dans la vie en population générale en médecine de ville.
De son côté, le Dr Valérie Canva a souligné l'importance d'appliquer la recommandation de dépistage ciblé dans trois populations prioritairement: les personnes ayant résidé dans des régions endémiques, les usagers de drogues et les patients suivis en psychiatrie.
Elle a également promu l'extension de l'obligation vaccinale contre l'hépatite B au rattrapage chez les adolescents et chez les nourrissons de mères AgHBs+.
Actuellement, pour prévenir le risque de transmission mère-enfant, le dépistage du VHB, est obligatoire, seulement au 6e mois de grossesse, ce qui laisse peu de temps pour traiter en cas de charge virale élevée. De plus, l'enquête ELFE a montré que ce dépistage n'était pas réalisé chez 2,3% des femmes malgré l'obligation (cf dépêche du 12/05/2015 à 00:01).
Lors de cette matinée, plusieurs intervenants ont préconisé de rendre ce dépistage obligatoire lors du premier bilan biologique avec le VIH, la syphilis, la toxoplasmose et la rubéole, comme le recommande la Haute autorité de santé (HAS) depuis 2016.
Par ailleurs, outre la vaccination et l'administration d'immunoglobulines anti-HBs à la naissance (dans les 24 premières heures), le Dr Canva a défendu la systématisation de la sérologie au 9e mois de grossesse afin de s'assurer de l'absence d'infection.
vib/ab/APMnews

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