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Cancer du poumon: effet positif du programme de dépistage sur le sevrage tabagique à quatre ans

(Par Luu-Ly DO-QUANG, au CPLF)
LILLE, 24 janvier 2022 (APMnews) - Dans le programme de dépistage du cancer du poumon LumaScan, le taux de sevrage tabagique parmi les patients à quatre ans atteint 17,8%, avec un taux de rechute relativement faible, selon des données présentées samedi au Congrès de pneumologie de langue française (CPLF), à Lille.
Trois grandes études publiées entre 2011 et 2021, NSLT, Nelson et UKLS, ont montré qu'un programme de dépistage organisé du cancer du poumon permet de réduire à la fois la mortalité globale et la mortalité par cancer. D'autres études ont donné des résultats non significatifs mais une analyse poolée de neuf études a confirmé un bénéfice significatif sur la mortalité par cancer, a rappelé Sébastien Gendarme du centre hospitalier intercommunal de Créteil (Chic) lors d'une session orale.
En France, plusieurs projets ont également été menés, comme Depiscan et LumaScan, mais le dépistage organisé du cancer du poumon n'a toujours pas été mis en place malgré des appels répétés en sa faveur (cf dépêche du 18/11/2021 à 15:44). En attendant, les projets continuent, régionaux ou nationaux.
LumaScan est une étude multicentrique, commencée en 2016 dans six centres, en France ainsi qu'aux Etats-Unis, en Chine et en Espagne (cf dépêche du 29/01/2019 à 11:44), pour évaluer la faisabilité d'un programme de dépistage auprès de fumeurs actifs. Lors de la visite initiale, il leur était conseillé d'arrêter de fumer mais l'initiative leur était laissée, une liste de tabacologues leur étant remise. Un scanner thoracique était réalisé à l'inclusion puis à un an et deux ans de suivi.
A Créteil, 300 personnes ont été incluses (59 ans en médiane, 61% d'hommes). En quatre ans, 11 cas de cancer bronchique ont été diagnostiqués, soit 10,5 cas pour 1000 personnes-années, dont huit cas au stade localisé (73%) opérés par la suite, a indiqué le chercheur. Ces résultats étaient similaires à ceux de NSLT et NELSON, ainsi que l'étude française menée dans la Somme DEP-KP80 (cf dépêche du 29/01/2021 à 16:49).
L'organisation centralisée des rappels des patients pour les visites annuelles a probablement joué un rôle important, a estimé le chercheur.
Le nombre de faux positifs était de 18, soit 2,4% de l'ensemble des examens par tomodensitométrie faible doses réalisés. Ils ont tous été confirmés lors des explorations complémentaires. Ce résultat était similaire notamment à ceux de NELSON et de DEP-KP80.
Concernant le sevrage tabagique, Sébastien Gendarme a rappelé que 78% des participants étaient fumeurs actifs à l'inclusion. A quatre ans, 17,9% avaient arrêté de fumer; 7,8% avaient rechuté et parmi ceux qui étaient sevrés à l'inclusion, ils étaient 6%, ce qui était "relativement faible".
"Ce sont des résultats assez encourageants et un peu meilleurs que ceux de NELSON", a-t-il commenté.
Par ailleurs, il apparaît aussi une baisse du nombre de gros fumeurs et même si davantage de sevrages sont entrepris lors de la première année du programme, d'autres interviennent ensuite, ce qui montre qu'il faut "continuer de prodiguer des conseils" en faveur de l'arrêt du tabac.
Pour arrêter de fumer, la plupart des patients ont recours à la vape et aux substituts nicotiniques.
Concernant la mortalité, le chercheur a pointé des chiffres en vraie vie plus élevés que dans les essais cliniques, de 2,9 décès par cancer pour 1.000 personnes par an, contre 2,5 décès, et de 19,2 décès toutes causes confondues vs 13-14 décès. Cette tendance dans LumaScan pourrait être liée à l'inclusion de patient plus comorbides.
Une étude LumaScan 2 est en préparation dans le cadre de l'étude nationale LUCSO-1 de faisabilité d'un dépistage organisé du cancer bronchique chez des fumeurs exposés à des agents cancérogènes pulmonaires dans un cadre professionnel, qui a commencé à Créteil et à Bordeaux. Après le Val-de-Marne et la Gironde, l'expérimentation sera étendue à six autres départements à partir de 2023. Le recrutement se fait par l'envoi de courriers et une inclusion dans LumaScan 2 sera proposée aux gros fumeurs identifiés mais non exposés à des agents cancérogènes au travail.
Le projet LUCSO-1 est soutenu par l'Institut national du cancer (Inca) et l'assurance maladie. Selon le protocole publié dans ClinicalTrials.gov, un total de 6.000 personnes à inclure est prévu pour un dépistage par tomodensitométrie faible dose, avec un suivi à cinq ans.
ld/nc/APMnews

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