dépêche

 - 

Taux d'incidence élevé des IST bactériennes chez les hommes sous PrEP (étude française)

WASHINGTON, 30 juin 2022 (APMnews) - Chez les hommes sous prophylaxie pré-exposition (PrEP) ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), un taux d'incidence des infections sexuellement transmissibles (IST) d'origine bactérienne a été estimé à 75 cas annuels pour 100 personnes, chiffre qui augmente au fil des années de PrEP, selon une étude prospective française publiée vendredi dans la revue AIDS.
La PrEP a prouvé son efficacité pour limiter les infections au VIH lors de rapports sexuels chez les HSH (cf dépêche du 07/06/2021 à 12:45 et dépêche du 09/03/2021 à 18:54) mais elle ne permet pas d'éviter la transmission des IST.
La nouvelle étude française, menée par le Dr Jérémy Zeggagh de l'hôpital Saint-Louis (AP-HP) au sein de l'étude Ipergay sur la PrEP, a déterminé une incidence importante de ces IST chez les HSH sous PrEP. Celle-ci a suivi un groupe de 429 participants (âgés de 35 ans en médiane) sur une durée médiane de 23 mois entre février 2012 et juin 2016.
Lors de leur recrutement, tous les participants étaient séronégatifs au VIH et n'étaient pas sous PrEP. Ils déclaraient avoir eu, en médiane, huit partenaires sexuels dans les deux mois précédents, et 27% des participants consommaient du gamma-hydroxybutyrate (GHB).
Juste avant le début de l'étude, 130 IST, majoritairement des gonorrhées et des chlamydias, ont été diagnostiquées chez 115 participants (27%).
Les participants ont commencé à prendre la PrEP et ont été soumis à des analyses d'IST tous les six mois. Pendant les quatre années de suivi, 648 IST ont été diagnostiquées au total. Cela représente une incidence de 75 cas pour 100 personnes par année de suivi.
Cette incidence est inégalement répartie entre les participants: 170 d'entre eux (40%) n'ont eu aucune IST, 92 participants (39%) ont eu une seule IST et 167 personnes ont été diagnostiquées avec plusieurs IST. Ces derniers cas représentent 86% des IST recensées dans l'étude.
De plus, une augmentation significative de l'incidence a été observée au cours de l'étude, passant de 55 cas/100 personnes-années lors de la première année de suivi à 90/100 personnes-années lors de la dernière.
Entre les différentes IST, l'incidence se divise en 33 cas pour 100 personnes-années pour les IST rectales, 32/100 pour les gonorrhées (dont 15 anales), 30/100 pour les chlamydias (dont 18 anales) et 13/100 pour la syphilis.
L'incidence importante des IST ano-rectales serait expliquée par une augmentation significative du nombre de rapports sexuels anaux sans préservatif (+86%) observée au cours de l'étude, précisent les auteurs.
L'analyse des données récoltées, en comparaison de la situation initiale des participants, a révélé plusieurs facteurs de risque. Les personnes qui présentaient une IST au début de l'étude ont eu 48% de risque supplémentaires d'en avoir une nouvelle. Les participants qui avaient eu plus de huit partenaires dans les deux mois précédant l'étude ont eu un risque supplémentaire de 72%.
Enfin, un surrisque de 66% a été identifié chez les utilisateurs de GHB. Les auteurs alertent ainsi sur l'augmentation des pratiques de chemsex ces dernières années chez les HSH.
Ils estiment que l'identification de ces caractéristiques à risque lors de l'inscription d'un patient à un programme de PrEP est "cruciale pour améliorer les stratégies de dépistage des IST et les interventions de prévention".
Récemment, une enquête auprès des HSH usagers de la PrEP a montré un intérêt général de la communauté à disposer d'un outil de notification anonyme des infections sexuellement transmissibles (IST) aux partenaires (cf dépêche du 14/06/2022 à 11:53). Le Conseil national du sida (CNS) avait préconisé en novembre 2021 le déploiement de cette notification (cf dépêche du 30/11/2021 à 01:00).
pl/fb/nc/APMnews

[PL2REA5Q9]

A lire aussi