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Risque réduit d'asthme pour les patients traités par immunothérapie spécifique pour une rhinite allergique

PRAGUE, 4 juillet 2022 (APMnews) - Les patients qui suivent un traitement de désensibilisation par immunothérapie spécifique sublinguale pour une rhinite allergique présentent un risque réduit de développer un asthme par rapport à ceux qui ne sont pas traités, selon les résultats d'une étude française financée par Stallergenes présentés samedi au congrès de l'European Academy of Allergy and Clinical Immunology (EAACI).
Ces résultats proviennent de la plus grande étude longitudinale de cohorte en vie réelle sur l'immunothérapie sublinguale en gouttes, fait valoir Stallergenes dans un communiqué.
En session orale late-breaking, le Pr Pascal Demoly du CHU de Montpellier a rappelé que la rhinite allergique est un problème mondial, très fréquent, touchant à la fois les enfants, adolescents et adultes, jusqu'à 50% de la population dans certaines régions.
Selon des données de la littérature, la rhinite allergique est sous-diagnostiquée et souvent négligée et en l'absence de traitement, elle peut évoluer vers un asthme. Mais des études suggèrent que ce risque d'asthme diminue lorsque la rhinite allergique est traitée.
Pour étayer davantage ces éléments, les base de données en vraie vie apportent de la puissance statistique et de la précision, tout en reflétant la pratique clinique. Elles permettent aussi de mesurer l'efficience et les risques associés à l'usage d'un traitement dans la vie quotidienne, la consommation des soins ainsi que l'impact sur le système de santé, a poursuivi le Pr Demoly.
Dans cette étude rétrospective, menée avec Iqvia, la base de données utilisée pour Stallergenes a été couplée au système national des données de santé (SNDS) afin de constituer une cohorte de patients traités par immunothérapie sublinguale en gouttes pour rhinite allergique et de patients contrôles non traités.
Ont été inclus les patients de 5 ans et plus débutant un traitement d'immunothérapie sublinguale entre 2010 et 2013 puis suivis jusqu' au 31 décembre 2018, la survenue d'un décès, ou la survenue ou l'aggravation d'un asthme, en lien avec la première dispensation en officine d'un traitement spécifique, d'une hospitalisation pour asthme ou d'une prise en charge en affection de longue durée (ALD), qui est une définition sensible, ou en lien avec une hospitalisation ou l'ALD uniquement, définition moins sensible mais plus spécifique.
L'analyse a porté sur 101.345 patients traités par immunothérapie, présents dans la base de données utilisée pour Stallergenes, et de 333.082 contrôles identifiés dans le SNDS par l'intermédiaire de leur traitement, à la fois des antihistaminiques et des corticoïdes par voie nasale.
Il apparaît que, chez les patients atteints de rhinite allergique sans asthme associé préexistant, l'immunothérapie sublinguale en gouttes est associée de manière significative à un risque réduit d'asthme de 22% en tenant compte de la première définition et de 20% avec la seconde.
Les résultats pour la première définition de l'asthme étaient significatifs pour les différentes immunothérapies examinées, pour les allergènes d'ambroisie, de graminées, de bouleau, d'acariens et de chat, ainsi que pour les différentes classes d'âge, que les patients débutent le traitement pendant l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, y compris après 50 ans.
L'effet le plus important était observé chez les patients allergiques à l'ambroisie, avec un risque d'asthme réduit de 48% et il était similaire entre les différentes classes d'âge.
Ces résultats montent que l'immunothérapie sublinguale en gouttes a un intérêt de santé publique, a conclu le Pr Demoly.
D'autres données sont encore en cours d'analyse pour déterminer la consommation de soins de patients atteints de rhinite allergique, avec ou sans asthme léger à modéré, les coûts associés, l'effet d'immunothérapies multiples.
Dans son communiqué, Stallergenes ajoute une réduction d'aggravation d'un asthme de 28%, et de 37% pour les asthmes sévères en particulier, associée à un traitement par immunothérapie spécifique.
Lors de la discussion, la présidente de séance Beatrice Maria Bilo de l'Azienda Ospedaliero Universitaria d'Ancône (Italie) a estimé que cette étude venait compléter le peu de données disponibles principalement chez les enfants atteints d'allergie aux graminées ou à l'ambroisie. Le Pr Demoly a souligné les résultats pour le chat, rappelant que très peu de résultats issus d'essais cliniques randomisés sont disponibles pour les allergies aux squames d'animaux.
Interrogé sur l'efficacité de l'immunothérapie contre l'allergie à Alternaria alternata, des moisissures, l'allergologue a indiqué qu'il y avait peu de patients finalement traités.

Moins de médicaments symptomatiques consommés

Lors de cette même session, le Dr Petra Zieglmayer de la Karl Landsteiner Privatuniversität für Gesundheitswissenschaften à Krems (Autriche) a présenté les résultats d'une étude similaire menée à partir d'une base de données de remboursements d'Iqvia en Allemagne pour mesurer l'effet de l'immunothérapie sur la consommation de médicaments.
Il s'agissait cette fois d'analyser en particulier l'effet de l'immunothérapie spécifique chez des patients de 2 ans et plus avec une allergie aux pollens de graminées en particulier. Dans cette cohorte rétrospective, ont été inclus 14.185 patients débutant une immunothérapie spécifique entre 2009 et 2013, suivis jusqu'en 2017, et 42.555 patients contrôles, non traités, appariés sur l'âge, les traitements symptomatiques initiaux, la présence ou non d'un asthme notamment.
La grande majorité des patients recevant une immunothérapie ont reçu deux ou trois cycles de traitement puis ont été suivis en moyenne 3,9 ans après l'arrêt du traitement. Dans cette cohorte, 47,7% des patients avaient moins de 18 ans, 73,6% étaient mono-allergiques et 71,1% n'avaient pas d'asthme à l'inclusion.
L'analyse des données montre une association statistiquement significative entre l'immunothérapie spécifique aux graminées et une réduction de l'ensemble des médicaments symptomatiques d'allergie (antihistaminiques, corticoïdes par voie nasale et voie ophtalmique), de 51,3% pour l'ensemble de la cohorte par rapport aux contrôles.
L'effet était globalement similaire dans les différentes classes d'âge, de -59,5% chez les adolescents, de -56,4% chez les 18 à 35 ans et de -55,2% chez les 36-50 ans, mais moins important chez les enfants (-42,2%) qui reçoivent initialement moins de traitements symptomatiques que les autres groupes.
Parmi les patients qui avaient également un asthme à l'inclusion, il apparaît que la consommation des médicaments spécifiques a diminué chez les patients traités par immunothérapie, de 30,6% par rapport au groupe contrôle, avec un effet globalement similaire entre les classes d'âge, de -27,8% pour les adolescents et -34,9% chez les 18-35 ans.

Débuter le traitement pendant l'enfance?

Dans une seconde communication, le Dr Zieglmayer a présenté les données issues spécifiquement cette fois des patients sans asthme à l'inclusion, 10.033 traités par immunothérapie et 29.774 contrôles, avec un tiers d'enfants de 5 à 12 ans, 11% d'adolescents, 30% d'adultes de 18 à 35 ans et 26% de 36 à 50 ans; 58% étaient mono-allergiques.
Sur l'ensemble de ces patients, la probabilité de recevoir un médicament anti-asthmatique pour la première fois, pendant ou après l'immunothérapie, n'était pas significative par rapport aux contrôles. Les données suggèrent un effet âge-dépendant, avec une absence totale d'effet chez les 36-50 ans, et même un risque relatif rapproché (OR) significativement augmenté de 1,25 environ.
Toutefois, un effet statistiquement significatif émerge lorsque les différents types d'immunothérapie, avec un OR significatif de 0,83 chez les patients traités par immunothérapie sublinguale, alors que cet effet protecteur n'est pas retrouvé pour l'immunothérapie sous-cutanée.
Comme pour l'ensemble de la cohorte, un effet âge-dépendant est retrouvé pour l'immunothérapie sublinguale, avec un effet significatif uniquement chez les enfants (OR de 0,7) alors que les résultats ne sont pas significatifs pour tous les autres sous-groupes.
Enfin, l'analyse montre un effet significatif de l'immunothérapie sur le risque d'asthme chez les patients mono-allergiques, avec un OR autour de 0,8 également, en particulier chez les enfants et les jeunes adultes.
Ces résultats suggèrent que l'immunothérapie spécifique dans le traitement de l'allergie aux graminées semble avoir un effet contre le risque de développer un asthme si elle est initiée précocement, en particulier en cas de monosensibilisation, a conclu le Dr Zieglmayer.
ld/eh/APMnews

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