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Hôpitaux: Olivier Véran veut "suspendre la portée" des réorganisations engagées avant l'épidémie de coronavirus

PARIS, 6 avril 2020 (APMnews) - Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, a annoncé lundi soir la nécessité de "suspendre la portée" des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, jusqu'à la réalisation de "l'inventaire de l'épidémie avec les soignants", lors d'un point presse.
"La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s'inscrira, à n'en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l'indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, [...] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer un grand plan d’investissement de notre système de santé", a-t-il lancé, faisant référence au "plan massif" pour l'hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars par Emmanuel Macron (cf dépêche du 25/03/2020 à 21:36).
"D'ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d'en suspendre toute la portée, jusqu'à ce que l'inventaire de cette épidémie, tout l'inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants", a poursuivi le ministre.
"Car l'hôpital devra s'armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles", a-t-il poursuivi.
Le ministre des solidarités et de la santé avait lancé un appel au calme dimanche sur Twitter, à la suite de propos du directeur général de l'ARS Grand Est sur le respect des engagements du CHU de Nancy devant le Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l'offre de soins hospitaliers (Copermo), rappelle-t-on (cf dépêche du 06/04/2020 à 12:08).
Le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est, Christophe Lannelongue, avait mis le feu aux poudres vendredi, expliquant qu'il n'y avait "pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHU de Nancy", qui prévoyait notamment la suppression de près de 180 lits et 600 postes.
"Ce qui permet à nos hôpitaux de tenir, dans des conditions parfois extrêmes, c'est aussi [leur] préparation", a avancé le ministre, lors de la conférence de presse, faisant référence à "la déprogrammation massive des soins non urgents et à l'activation précoce du plan blanc partout sur le territoire".
Selon lui, "l'hôpital de demain ne pourra pas être exactement l'hôpital d’hier", il faudra "réinventer le modèle de l'hôpital qui devra pour l'avenir être mieux armé pour gérer toute crise épidémique de cette ampleur, avec les moyens et les réorganisations pour cela".
Par ailleurs, le ministre a appelé les Français, pour lesquels c'est nécessaire, à poursuivre les consultations et soins ne pouvant être différés, en dehors du coronavirus, et, ainsi, ne pas "retarder indûment une prise en charge, dont le report pourrait [leur] causer du tort", estimant que sinon "les conséquences sanitaires pourraient être lourdes".
"J'ai entendu parler de suivis de grossesses interrompus, de dépistages du cancer non réalisés, ou de vaccinations infantiles retardées", a-t-il notamment regretté, appelant les Français "à revenir vers [leur] médecin pour que ces actes essentiels continuent d'être assurés, notamment à distance à chaque fois que c'est possible".

478 patients supplémentaires en réanimation en 24 heures

Le nombre total de personnes hospitalisées pour une infection par le Sars-CoV-2 est de 29.722 lundi (un solde de 831 patients supplémentaires en 24 h), a-t-il annoncé. Parmi ceux-ci, 7.072 cas graves sont en réanimation (478 de plus par rapport à la veille).
Olivier Véran a évoqué un solde de "94 patients" supplémentaires en réanimation, en comptant les sorties de réanimation, expliquant qu'il s'agit d'un "indicateur important de tension dans nos hôpitaux et de mobilisation de toutes les ressources humaines et logistiques". "Ce besoin de trouver de nouvelles places augmente moins rapidement que les jours précédents", a-t-il constaté: le solde était de 140 patients supplémentaires dimanche en réanimation et de 176 samedi.
En Outre-mer, 163 hospitalisations ont été dénombrées -contre 155 dimanche-, dont 46 en réanimation, tandis que 136 patients sont sortis guéris de l'hôpital.
En milieu hospitalier, 6.494 décès sont à déplorer depuis le début de l'épidémie, soit 605 de plus en 24 h. Toutefois, 17.250 personnes sont sorties guéries de l'hôpital, soit 1.000 de plus en 24 heures, "auxquelles il faut ajouter les dizaines de milliers de personnes guéries en ville".
En établissements sociaux et médico-sociaux, 2.417 décès sont à déplorer depuis le début de l'épidémie, a indiqué le ministre, notant que les deux tiers des établissements ne présentent pas de cas confirmés de Covid-19. Il a précisé que 3.865 établissements sociaux et médico-sociaux ont signalé au moins un cas de Covid-19 à Santé publique France, "pour un total de 23.620 patients diagnostiqués".
Au total, 8.911 décès sont à déplorer en France depuis le 1er mars, soit 833 de plus en 24 heures.
"Nous ne sommes pas au bout de l'ascension épidémique, le chemin reste long, rien n'est fini, les chiffres [...] présentés le démontrent", a-t-il prévenu. Il a toutefois souligné que le confinement a "un impact visible, palpable" en France. Il a expliqué que le taux R0 de transmission du coronavirus -capacité d'une personne à contaminer d'autres personnes- est encourageant car "aux alentours de 1, probablement un peu en dessous". Des régions sont "nettement en dessous de 1" et d'autres "au-dessus de 1".
"Des cliniques, des hôpitaux veulent amplifier des activités de soins qui n'engagent pas de matériel dans la guerre contre le Covid-19. Nous évaluons toutes ces demandes, mais au vu des fortes tensions, comme en Ile-de-France, je souhaite qu'un maximum de moyens soient mobilisés par solidarité", a par ailleurs évoqué le ministre.
Olivier Véran a également rendu un hommage appuyé à l'ensemble des soignants, évoquant l'importance de leur engagement, et une vocation confinant parfois à "l'héroïsme face à la maladie et à la mort".
jyp/fb/APMnews polsan-une

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