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Covid-19: trois niveaux d'alerte et de nouvelles mesures sanitaires dès samedi (Olivier Véran)

(Revoici: bien lire que certaines nouvelles mesures sanitaires s'appliqueront dès samedi)
PARIS, 23 septembre 2020 (APMnews) - Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a exposé mercredi lors d'un point presse sur l'épidémie de Covid-19, les trois niveaux d'alerte désormais utilisés pour différencier les territoires en fonction de la situation épidémique locale ainsi que les mesures sanitaires associées, dont certaines seront appliquées dès samedi après concertation avec les acteurs locaux.
La situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19 "continue globalement de se dégrader" au niveau national, a déclaré Olivier Véran, l'air grave, pour introduire ce point de situation désormais hebdomadaire.
Olivier Véran, le 23 septembre 2020 (capture d'écran BFM TV)
Olivier Véran, le 23 septembre 2020 (capture d'écran BFM TV)
Il a fait état d'un taux d'incidence en "hausse constante" à l'échelle nationale (95 cas pour 100.000 habitants contre 83/100.000 la semaine dernière), d'un R effectif toujours supérieur à 1 et d'un taux de positivité des tests qui est passé de 5% à 6% en l'espace d'une semaine.
En outre, les services de réanimation sont occupés à 19% par des patients Covid-19 au niveau national, ce qui représente "plus de 950 patients", et "la situation est préoccupante dans les services d'hospitalisation", qui accueillent actuellement près de 6.000 patients Covid-19, a exposé le ministre.
"Si nous n'agissons pas rapidement, nous risquons d'atteindre une situation critique dans quelques régions, et ce, en quelques semaines", a-t-il alerté, insistant comme la semaine dernière sur le fait que "nous ne pouvons pas nous permettre de déprogrammer massivement" des activités de chirurgie prévues pour des patients non-Covid: opérations pour cancer, pose de prothèses, greffes…
Dans un "message solennel" faisant office de préambule à de multiples annonces de renforcement des mesures sanitaires, Olivier Véran a longuement insisté sur l'importance des gestes barrières, du port du masque et de la réduction des interactions sociales notamment dans la sphère privée, pointant l'incohérence qu'est celle de respecter des mesures strictes dans les transports, au travail ou dans les commerces, mais pas en famille ou entre amis.
Il a ainsi fait appel à l'effort collectif, évoquant notamment le concept de "bulle sociale" déployé dans certains pays, selon lequel les interactions sociales sont limitées à quelques personnes.
Rappelant que le virus circulait de façon différenciée selon les territoires et que les métropoles étaient particulièrement touchées, le ministre a détaillé l'un des "piliers" de la stratégie de lutte contre l'épidémie, celui de l'approche territoriale. Cette dernière repose sur trois critères: le taux d'incidence en population générale, le taux d'incidence chez les personnes âgées de 65 ans et plus, et la part des patients Covid-19 dans les services de réanimation.
Sur la base de ces critères, les territoires sont désormais classés en trois catégories:
  • zone d'alerte: le virus circule activement, avec un taux d'incidence en population générale supérieur à 50 cas pour 100.000 habitants, mais pas de circulation intense chez les personnes âgées et un impact léger sur les services de réanimation.
  • zone d'alerte renforcée: elle est définie par un taux d'incidence de plus de 150/100.000 en population générale et supérieur à 50/100.000 chez les personnes âgées de 65 ans et plus
  • zone d'alerte maximale: le taux d'incidence y est supérieur à 250/100.000 en population générale et à 100/100.000 chez les 65 ans et plus, et il y a "un impact mesurable significatif sur les services de réanimation", avec au moins 30% de patients Covid-19.
A ce jour, 69 départements sont confrontés à une circulation active du virus et se trouvent donc en zone d'alerte, soit environ 7 départements sur 10, a pointé Olivier Véran. Dans ces zones, seule une disposition est déployée: tous les rassemblements de type mariages, fêtes, anniversaires ou encore événements associatifs devront se tenir "en petits comités" de moins de 30 personnes.
Plusieurs zones répondaient déjà aux critères de d'alerte renforcée, depuis deux semaines: Marseille, Bordeaux et la Guadeloupe et depuis la semaine dernière pour Lyon et Nice (cf dépêche du 17/09/2020 à 21:02). De nouvelles métropoles, marquées par une détérioration de la situation épidémique, intègrent cette catégorie: Lille, Toulouse, Saint-Etienne (cf dépêche du 23/09/2020 à 16:48), Rennes, Paris et les départements de la petite couronne, Rouen, Grenoble et Montpellier.
Le ministre a prévenu que Tours, Strasbourg, Dijon et Clermont-Ferrand pourraient rejoindre cette liste des zones d'alerte renforcée si la situation épidémique ne s'y améliorait pas.
A partir de samedi et à l'issue d'une concertation avec les préfets et les élus locaux, ces zones seront concernées par les mesures suivantes: rassemblements limités à 1.000 personnes et sous réserve du respect des protocoles sanitaires, interdiction des fêtes locales et étudiantes, interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes dans l'espace public, et fermeture des salles de sport et des gymnases. La fermeture anticipée des bars (et au plus tard à 22 heures) et celle de toutes les salles des fêtes et salles polyvalentes pour les activités festives et associatives entreront en vigueur lundi "pour laisser le temps utile à la concertation".
Le ministre a également insisté sur le fait que le télétravail devait être "favorisé autant que possible", en particulier pour les personnes les plus vulnérables, et a invité les Ehpad à prendre "des mesures de protection renforcées tout en maintenant l'indispensable lien avec les proches".

Des mesures applicables pour 15 jours

Les zones d'alerte maximale sont concernées par "une situation épidémique extrêmement tendue", avec des "conséquences lourdes sur le système sanitaire". Il s'agit de la Guadeloupe et de la métropole d'Aix-Marseille.
Ces zones, qui sont déjà concernées par des mesures sanitaires renforcées, seront soumises, à partir de samedi et à l'issue d'une concertation avec les acteurs locaux, à la fermeture totale des bars et des restaurants et à la fermeture de l'ensemble des établissements recevant du public (sauf si un protocole sanitaire strict est déployé, comme dans les théâtres, musées et cinémas), a exposé Olivier Véran, incitant en outre à télétravailler autant que possible.
Il a en outre pointé, faisant référence à la situation de Marseille, que "3 à 4 jours de stabilisation des indicateurs ne suffisent pas à considérer que l'on est sur la bonne voie", mais qu'il faut pour cela "au moins 10 à 15 jours de stabilisation".
Le ministre a alerté sur le fait que si la situation sanitaire s'aggravait dans ces territoires (et que la part de patients Covid-19 dans les services de réanimation dépassait les 60%, selon sa présentation powerpoint), il n'y aurait "pas d'autre choix que de basculer en état d'urgence sanitaire". "Nous faisons et ferons tout pour l'éviter", a-t-il déclaré, réaffirmant écarter l'hypothèse d'un reconfinement, même local.
L'ensemble des dispositions déployées dans les zones d'alerte renforcée et maximale sont "temporaires" et "l'objectif est qu'elles ne durent pas plus de deux semaines", a dit Olivier Véran, précisant qu'elles seraient réévaluées toutes les semaines en fonction de l'évolution de la situation épidémique.

Tests: 55% des résultats rendus dans les 36 heures

Par ailleurs, interrogé par APMnews sur les délais d'obtention de rendez-vous et de résultats de tests RT-PCR qui restent importants dans certains territoires malgré les mesures de priorisation annoncées ces dernières semaines (cf dépêche du 17/09/2020 à 21:02 et dépêche du 11/09/2020 à 18:20), Olivier Véran a assuré qu'à l'échelle nationale, "55% des résultats sont rendus dans les 36 heures", et près des deux tiers dans les 48 heures.
"Ce qui veut dire qu'il y a encore au moins un tiers de tests qui sont rendus dans un délai supérieur à 48 heures, donc trop long", a déclaré le ministre, reconnaissant les "tensions particulières" qui peuvent être rencontrées dans les métropoles. Il a rappelé que dans les régions concernées, à l'instar de l'Ile-de-France (cf dépêche du 21/09/2020 à 13:18), des dispositions spécifiques comme l'installation de "barnums de tests" pour les publics prioritaires sont prises "pour répondre à cette demande légitime".
Concernant le recours à des test antigéniques rapides, le ministre a dit attendre les conclusions de la Haute autorité de santé (HAS) jeudi ou vendredi afin de pouvoir présenter la semaine prochaine "une stratégie en matière de tests", qu'il s'agisse des tests antigéniques ou salivaires, dont l'utilisation a été recommandée la semaine dernière par la HAS chez les patients symptomatiques non éligibles au prélèvement nasopharyngé (cf dépêche du 18/09/2020 à 19:17).
Le système de santé francilien sous forte tension
Le ministre a pris l'exemple de l'Ile-de-France pour illustrer "l'inquiétude" qui existe sur la circulation du coronavirus Sars-CoV-2.
"Le système de santé francilien est désormais fortement mis en tension", a-t-il souligné en indiquant que la part d'activité aux urgences liée au coronavirus, qui était "en lente augmentation depuis la fin juin", avait "doublé en 15 jours, de 2,2% à 4%".
Outre la hausse du nombre de patients hospitalisés ("près de 1.000 sur les 7 derniers jours contre 460 la semaine précédente"), le ministre a insisté sur la situation des services de réanimation. Sur les près de 2.000 patients Covid hospitalisés, 305 sont en réanimation, soit "27% de la capacité totale de réanimation de la région, contre 18% il y a une semaine".
"Au rythme actuel, on peut s'attendre à ce que 40% des capacités régionales de réanimation soient utilisées pour des patients Covid d'ici au 10 octobre, 60% vers le 25 octobre et 85% aux alentours du 11 novembre", a déclaré Olivier Véran.
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