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Le risque de cancer de la vessie avec la pioglitazone confirmé

LONDRES, 1er juin 2012 (APM) - L'antidiabétique pioglitazone (Actos* et Competact* -association pioglitazone et metformine-, Takeda) est bien associé à une élévation du risque de cancer de la vessie, le risque étant doublé pour les patients ayant été traités au moins deux ans, selon une étude pharmaco-épidémiologique canadienne publiée par le British Medical Journal (BMJ).
Cette élévation de risque est similaire à celle qui avait été soupçonnée il y a déjà plusieurs années, sur un petit nombre de cas, dans une seconde analyse de l'étude PROActive. Elle est aussi nettement plus élevée que les 22% d'augmentation de risque -36% pour plus de deux ans d'utilisation- qui avaient été observés dans l'étude de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) en France (cf dépêche du 09/06/2011 à 12:53).
Cette étude avait conduit l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, devenue depuis ANSM) à suspendre la commercialisation du médicament (cf dépêche du 09/06/2011 à 14:42). Cette décision avait été remise en question par l'Agence européenne du médicament (EMA) qui, elle, a réaffirmé que le rapport bénéfices/risques était positif (cf dépêche du 21/10/2011 à 11:55).
Cette nouvelle étude pourrait conduire l'EMA à se rallier finalement à l'opinion française, note-t-on.
Laurent Azoulay et ses collègues de l'université McGill à Montréal rappellent que dans toutes les études précédentes, seuls les patients sous traitement en cours par pioglitazone étaient étudiés, ce qui pourrait avoir sous-estimé l'association avec le cancer de la vessie, ont-ils considéré.
En utilisant la grande base de données de médecine générale britannique, ils ont conduit une étude dans laquelle la prise du médicament dans le passé était aussi prise en compte.
Au sein de la cohorte de 115.727 diabétiques nouveaux utilisateurs d'un antidiabétique oral, 470 cancers de la vessie sont survenus durant un suivi médian de 4,6 ans. Les chercheurs ont fait une étude cas-contrôle en incluant les 376 cancers de la vessie survenus au moins un an après l'inclusion dans la cohorte -pour exclure les cancers qui auraient débuté avant l'initiation du traitement- et 6.669 contrôles (des patients de la cohorte n'ayant pas eu de cancer).
Ils ont constaté que globalement, l'exposition à la pioglitazone augmentait de 83% le risque de cancer de la vessie. Ce risque était multiplié par deux quand les patients avaient été exposés durant au moins deux ans. Il était aussi multiplié par 2,5 chez les patients ayant eu une exposition cumulative supérieure à 28.000 mg du médicament.
Ce risque est spécifique de la pioglitazone. Aucune augmentation de risque n'a été observée avec la rosiglitazone (Avandia*, GlaxoSmithKline).
Les chercheurs notent que même si l'augmentation de risque est statistiquement significative, le nombre absolu de cancers supplémentaires est relativement faible.
DEJA DES SOUPCONS DANS LES ETUDES PRECLINIQUES
Ils rappellent par ailleurs que dès les études précliniques, des cancers de la vessie avaient été observés avec la pioglitazone; mais ils avaient été vus chez le rat et pas la souris et la pertinence de cette association restait incertaine. Les soupçons étaient toutefois renforcés par le fait que les agents de la famille des glitazar (doubles inhibiteurs de PPAR qui n'ont finalement jamais été commercialisés) induisaient aussi des cancers de la vessie chez le rat.
Dans un éditorial, Dominique Hilliaire-Buys et Jean-Luc Faillie du CHU de Montpellier estiment que désormais "on peut de façon sûre considérer que la pioglitazone augmente le risque de cancer de la vessie". Ils notent également qu'"il semble que cette association aurait pu être prédite plus tôt".
"Si l'on considère que le bénéfice de la pioglitazone en réduction des événements cardiovasculaires est discutable, les prescripteurs qui sont in fine responsables des choix thérapeutiques peuvent légitimement se demander si le rapport bénéfices/risques de la pioglitazone reste acceptable pour leurs patients diabétiques", concluent-ils.
(British Medical Journal, publication en ligne du 31 mai)
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