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Marisol Touraine réitère son opposition à la vente de médicaments par la grande distribution

PARIS, 10 septembre 2014 (APM) - La ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, Marisol Touraine, a répété mercredi lors d'une interview sur Radio Classique son opposition à la commercialisation de médicaments dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) alors qu'elle doit rencontrer ce matin le ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, Emmanuel Macron.
L'Autorité de la concurrence fin 2013 (cf dépêche du 19/12/2013 à 12:40) puis un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) sur les professions réglementées dont des éléments ont fuité cet été recommandent de mettre un terme au monopole officinal sur les médicaments à prescription médicale facultative (PMF) pour faire baisser leurs prix.
La mesure pourrait figurer dans un projet de loi (dit "de croissance et de pouvoir d'achat") en cours de préparation à Bercy, mais l'arbitrage n'a pas encore été rendu. Selon l'édition de mercredi du quotidien Les Echos, le passage du texte en conseil des ministres pourrait être "légèrement décalé" par rapport à la dernière date avancée qui était début octobre, le nouveau ministre souhaitant "prendre le temps de rencontrer les professionnels concernés pour aménager certains points".
Le quotidien a eu accès à une version préparatoire du projet de loi mais qui remonte à l'époque du cabinet d'Arnaud Montebourg, le prédécesseur d'Emmanuel Macron, et donc avant tout arbitage gouvernemental.
Cette version prévoit d'autoriser les médicaments à PMF dans le grande distribution et les parapharmacies, l'assouplissement des conditions de regroupement des pharmacies, la possibilité pour un pharmacien de détenir plusieurs officines et l'ouverture jusqu'à 50% du capital des officines ayant le statut de société d'exercice libéral (SEL) à d'autres personnes que les pharmaciens.
Les agendas de Marisol Touraine et Emmanuel Macron, rendus publics en fin de semaine dernière, mentionnent une rencontre entre les deux ministres ce matin à 11h30.
Interrogée sur une éventuelle fin partielle du monopole officinal, la ministre a indiqué qu'elle n'était "pas favorable à une évolution de ce type-là".
Pour soutenir son propos, elle a expliqué que "les médicaments ont un prix qui est fixé par la négociation avec l'Etat, avec mes services, et je crois que ce qui est important, c'est de garantir la sécurité des médicaments, et de faire en sorte que les Français consomment moins de médicaments".
L'argument sur la fixation des prix des médicaments apparaît étonnant car si l'ouverture du monopole officinal était limitée à ceux à PMF, une grande partie des volumes concerne des spécialités dont les prix sont libres, note-t-on.
Interrogée sur l'éventuelle obligation de présence d'un pharmacien au sein d'une grande surface commercialisant des médicaments, elle a répondu qu'une officine rurale "assure des gardes, elle assure la possibilité pour les patients de se fournir en médicaments dont ils ont besoin à peu près à toute heure du jour et de la nuit; ça ne sera sans doute pas le cas d'une grande surface".
Marisol Touraine a toutefois estimé que "des modernisations doivent se faire" au sein du réseau officinal. "Je crois que nous pouvons moderniser le travail des pharmaciens, nous pouvons réfléchir à des évolutions", a-t-elle ajouté, sans entrer dans les détails. Elle a seulement expliqué que les pharmaciens "doivent s'engager fortement dans ce que j'ai lancé, c'est-à-dire la vente des médicaments à l'unité" (cf dépêche du 22/08/2014 à 18:10).
Dans un numéro spécial de sa lettre publié mardi, l'ordre des pharmaciens a relaté les grandes lignes d'une rencontre qui a eu lieu lundi entre plusieurs de ses dirigeants et Marisol Touraine à propos du projet de loi en préparation.
"La délégation a exprimé l'exaspération, et l'extrême tension en découlant, de la profession qui souffre tant de la manière dont le sujet est traité [...] que de l'absence de transparence qui entoure le projet de réforme annoncé", indique l'ordre des pharmaciens.
Il rapporte que Marisol Touraine "a exprimé qu'elle avait conscience que les contextes de transformations appellent de gros efforts de la profession (génériques, expérimentation de la dispensation à l'unité...) [...] Elle a entendu et dit avoir compris les préoccupations des pharmaciens exposés par l'ordre. Elle fera valoir la spécificité du secteur de la santé, sans pour autant pouvoir s'en tenir à ce statu quo".
La ministre a mentionné deux lignes directrices: "sa détermination pour qu'une offre de santé de qualité et sécurisée soit garantie à tous les concitoyens sur l'ensemble du territoire" et "son engagement ferme pour des réformes importantes de la profession". Sur ce dernier point, elle a une nouvelle fois évoqué l'expérimentation sur la dispensation à l'unité, mais l'ordre n'apporte pas d'autre précision sur les projets qu'elle défend.
/eh/sl/APM

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