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La remise du rapport de Sandrine Hurel sur la vaccination repoussée de "quelques semaines"

PARIS, 26 août 2015 (APM) - La remise du rapport sur la vaccination de la députée Sandrine Hurel (PS, Seine-Maritime) à la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, Marisol Touraine, a été repoussée de "quelques semaines", a indiqué mardi la parlementaire à l'APM.
Sandrine Hurel, 47 ans, membre de la commission des affaires sociales, a été chargée le 27 février, d'une mission de six mois sur la vaccination par le Premier ministre, Manuel Valls. Elle a été prolongée, pour une durée indéterminée, par un décret publié mardi au Journal officiel.
Contactée mardi par l'APM à l'issue d'une présentation de ses travaux à la ministre, l'élue a indiqué que la remise de son rapport était repoussée de "quelques semaines" afin d'approfondir certains chapitres.
"Cela va permettre d'être plus précis et d'approfondir plusieurs pistes, ce qui n'est pas inutile vu l'ampleur du débat", a-t-elle confié à l'APM.
Sa lettre de mission la chargeait de formuler des recommandations afin de faire évoluer le principe de l'obligation vaccinale et lever les obstacles financiers à la vaccination. Fin 2014, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a qualifié le dispositif public de vaccinations français d'"illisible, complexe et inégalitaire" et recommandé de réorganiser l'offre.
La députée devait également réfléchir aux "modalités opérationnelles à développer dans les prochaines années pour améliorer le taux d'adhésion des Français et des professionnels de santé à la vaccination".
Depuis, Marisol Touraine a annoncé qu'un débat public destiné à enrayer la défiance grandissante envers la vaccination serait organisé à l'automne sur la base de ce rapport (cf dépêche du 03/08/2015 à 09:33).
Egalement interrogée lundi par l'APM, c'est-à-dire avant son entrevue avec Marisol Touraine, la députée, qui est aussi membre du conseil d'administration de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), avait estimé que le gouvernement lui avait confié cette mission en raison de son investissement dans la gestion de l'hyperendémie d'infections invasives à méningocoques survenue en Seine-Maritime.
Elle a notamment contribué à la mobilisation des autorités sanitaires pour qu'une campagne de vaccination avec MenBvac* (Institut norvégien de santé publique) soit lancée en 2006, a-t-elle rapporté.
La parlementaire a travaillé à la rédaction de son rapport, qu'elle disait lundi "quasiment bouclé", avec le Dr Anne-Carole Bensadon, de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas).
Au cours d'une centaine d'heures d'audition, elles ont entendu un très "large panel" d'acteurs: "ligues anti-vaccinales", associations de patients, sociétés savantes, agences d'Etat, HCSP et son Comité technique des vaccinations (CTV), syndicats de médecins, conseils nationaux des ordres des pharmaciens et des médecins et le Leem (Les entreprises du médicament).
Avec la prolongation de sa mission, la députée va procéder à de nouvelles auditions, a-t-il indiqué mardi en fin de journée.
Dans sa version initiale, le coeur du rapport examinait différentes options envisageables pour faire évoluer la situation actuelle où coexistent des vaccinations recommandées et obligatoires.
Pour mettre fin à un dispositif de vaccination "trop ambigu", l'élue de Dieppe (Seine-Maritime) a formulé plusieurs scénarios d'évolution. La faisabilité de chacun des scénarios a été développée en identifiant les avantages, les difficultés et les risques engendrés, les conséquences économiques et en termes d'indemnisation (les systèmes étant actuellement distincts pour les vaccinations obligatoires et recommandées), mais également les actions de communication à mener envers le grand public et les professionnels de santé.
Après la première phase d'auditions, elle a considéré que les freins à la vaccination n'étaient pas économiques, comme le suggérait la lettre de mission du Premier ministre, mais culturels. "Les doutes concernent les CSP+ [catégories socioprofessionnelles supérieures]; les plus modestes vont dans les centres de PMI [protection maternelle et infantile] et ont confiance", a-t-elle estimé à l'issue des six premiers mois de travail.
Pour elle, l'urgence est de mobiliser les médecins, qui réalisent une large majorité des vaccinations. "Ce sont eux qui vont convaincre", a-t-elle résumé lundi. Or, elle a constaté que les traumatismes des campagnes de vaccination contre l'hépatite B et A(H1N1) étaient encore "bien présents". Dès lors, elle juge essentiel de redonner confiance aux médecins, de leur apporter les outils pour répondre très précisément aux réticences des patients.
Car, face aux campagnes anti-vaccination menées sur internet et notamment la pétition du Pr Henri Joyeux (cf dépêche du 27/05/2015 à 19:35), selon Sandrine Hurel, "on a le sentiment qu'il n'y a pas de parole d'Etat en capacité de faire le pendant aux ligues anti-vaccinales".
S'agissant des effets secondaires des vaccins, elle prône la transparence, l'instauration d'une communication basée sur le rapport bénéfices/risques. Quant aux instances de l'Etat qui participent à l'élaboration de la politique vaccinale, et en particulier le HCSP, elle souhaite que soit levée "toute suspicion de conflits d'intérêts".
(Journal officiel, mardi 25 août, texte 13)
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