dépêche

 - 

Coronavirus: "200 à 300 mails par jour" à la cellule de crise de la DGCS (Virginie Lasserre)

(Par Valérie LESPEZ)
PARIS, 18 mars 2020 (APMnews) - La cellule de crise créée fin février par la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) reçoit quotidiennement "200 à 300 mails" des fédérations et de professionnels, a précisé sa directrice générale, Virginie Lasserre, lors d'un entretien à APMnews, mercredi, dans lequel elle a détaillé le dispositif mis en place pour accompagner les opérateurs sociaux et médico-sociaux impactés par l'épidémie de Covid-19.
APMnews: Comment fonctionne la cellule de crise mise en place à la DGCS?
Virginie Lasserre - crédits: DGCS
Virginie Lasserre - crédits: DGCS
Virginie Lasserre: Il y a une cellule de crise, le Corruss [Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales], installée à la DGS [direction générale de la santé] qui coordonne toute la réponse à la crise épidémique et le volet sanitaire. Néanmoins, il nous a paru extrêmement important de mettre en place une cellule de crise à la DGCS, dès le 27 février, pour répondre aux préoccupations et accompagner tous les professionnels de nos secteurs.
Elle est composée d'environ 40 personnes, toutes en télétravail. Elle a pour vocation, en lien très étroit avec la DGS, d'élaborer des fiches consignes, une doctrine pour tel ou tel cas. Par exemple, comment gère-t-on des cas groupés dans un Ehpad [établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes]? Quelles sont les premières mesures à prendre pour isoler une personne atteinte dans un centre d'hébergement d'urgence? Comment faire quand on n'a pas un plan de continuité d'activité? Pour le stade 3, nous avons une vingtaine de fiches de consignes précises que nous sommes en train de diffuser -certaines le sont déjà, d'autres sont en train d'être finalisées.
Nous sommes donc l'apport "métiers" par rapport aux préoccupations très pratico-pratiques de l'ensemble de nos professionnels.
La deuxième vocation de la cellule de crise est de garder un contact très étroit avec les professionnels, grâce à une boîte mail fonctionnelle qui est une porte d'entrée unique pour les opérateurs de tous nos secteurs quand ils ont des questions.
Parmi la quarantaine de personnes de la cellule, certains répondent aux questions simples de la boîte mail, d'autres plus "coeur de métiers" écrivent les doctrines et les fiches, répondent aux mails un peu plus complexes. Nous avons des référents par secteur qui managent de petites équipes, sans forcément de lien hiérarchique [cf dépêche du 12/11/2019 à 11:20]. C'est beaucoup plus souple qu'un mode de fonctionnement habituel.
Combien de mails recevez-vous par jour sur la boîte créée pour l'épidémie?
Entre 200 et 300 par jour... Cela va de questions un peu générales de grandes fédérations à des questions [d'opérateurs de terrain]; pourtant, nous les engageons plutôt à se tourner vers leurs fédérations.
Y-a-t-il un secteur plus demandeur qu'un autre?
Oui, sans surprise, le médico-social. Par ailleurs, l'équipe de direction faisait jusqu'à la semaine dernière des réunions en présentiel par grand secteur -personnes âgées/personnes handicapées [cf dépêche du 03/03/2020 à 18:40]; petite enfance; hébergement d'urgence [cf dépêche du 09/03/2020 à 08:34]; aide alimentaire. Nous les faisons maintenant en "audio"; ce n'est pas forcément évident quand on est 15, mais c'est fondamental. Hier, par exemple, j'ai passé l'après-midi avec, d'une part le secteur des établissements pour personnes âgées, et d'autre part toutes les fédérations d'aide à domicile. Nous leur délivrons tous les éléments dont nous disposons et eux nous font remonter leurs difficultés, mais aussi des bonnes pratiques de terrain.
Quelles sont les questions qui reviennent sur la boîte mail spécifique et lors de ces points téléphoniques?
Des questions sur les masques, évidemment. Mais aussi des questions RH [ressources humaines], sur la manière de fonctionner avec un taux d'absentéisme qui monte. Il y a aussi des questions qui ne relèvent pas de mon champ, mais du coup, je m'en fais la porte-parole. Par exemple, j'ai été sollicitée sur les housses mortuaires en Ehpad. Quand une personne atteinte du Covid-19 décède, on n'est pas censé rouvrir la housse, et cela pose le problème de la manière dont les familles font leur deuil… Cette question m'a été posée hier: quel est le protocole d'utilisation des housses mortuaires? Evidemment, la DGCS ne sait pas répondre à cela, mais on transmet à la DGS.
Sur les masques, quelles réponses pouvez-vous apporter?
Nous sommes en lien étroit avec la DGS. Toutes les informations dont nous disposons, nous les transmettons aux professionnels. Sur les Saad [services d'aide et de soins à domicile] et les Ehpad, les approvisionnements sont en cours, plutôt sur les territoires où le virus circule beaucoup.
L'idée est de donner à nos professionnels le maximum d'informations, et quand nous n'avons pas l'information, nous relayons la demande aux bons interlocuteurs.
Concernant l'hébergement d'urgence, il avait été question de mettre en place des centres pour accueillir les personnes sans domicile fixe
Nous avons demandé aux préfets de mettre en place des centres d'hébergement dédiés. Selon notre première estimation, 70 sites mobilisables pour 2.000 places ont été identifiés. Cela semble absolument indispensable, mais ce n'est pas si simple à organiser, car outre des locaux qui s'y prêtent, il faut trouver un opérateur qui sache faire de l'hébergement, mais aussi un opérateur sanitaire qui intervienne, comme la Croix-Rouge. La Croix-Rouge est très partante, mais ne pourra peut-être pas le faire sur l'ensemble du territoire.
Donc, les préfets identifient des lieux et vous reportent…
... je voudrais dire qu'en cette période de crise, nous essayons de demander le moins possible de travail de reporting aux services de l'Etat. Les équipes essayent de soulager un maximum le travail sur le terrain. On passe un coup de fil, on ne demande pas un reporting, ce que nous ferions en temps normal.
Faîtes-vous un décompte national du nombre de cas et de décès par secteur, en Ehpad par exemple?
Les ARS ont cette information au niveau local, mais au niveau national, nous n'avons pas le détail par secteur. La DGS suit parfaitement le nombre de cas par territoire puisque cela lui sert à jauger l'évolution de l'épidémie, mais pas par secteur, donc nous n'avons pas de chiffre consolidé. Et nous ne pouvons pas demander aux fédérations de nous remplir des tableaux tous les trois jours… Elles sont sur la gestion de crise.
Nous priorisons le travail.
Vous travaillez bien avec les acteurs de chacun des champs de la DGCS?
Les fédérations, les associations, tout le monde est responsable dans la crise. On se serre tous les coudes pour aller dans le bon sens. Même si elles nous alertent, nous remontent des situations complexes, qu'elles attendent beaucoup les masques, le dialogue est constructif.
Avez-vous l'impression que les consignes que vous publiez sont bien diffusées, bien comprises?
Oui, il y a un bon relais de la part des têtes de réseau, elles font leur job. Et nous comptons aussi sur les ARS et les préfets qui doivent les relayer au niveau départemental.
Comment sont réévaluées les consignes?
En fonction des mesures prises au niveau national comme les restrictions de déplacement, de l'évolution de l'épidémie. Par exemple, sur les Ehpad, nous finalisons une fiche très précise sur la prise en charge des cas [de Covid-19]. Mais le mieux est l'ennemi du bien; nous essayons de ne pas faire de fiches redondantes, de faire en sorte qu'elles soient courtes. Et elles sont toutes validées par la DGS dès qu'il y a un aspect sanitaire.
Est-ce que la DGCS travaille sur d'autres sujets que le coronavirus?
L'épidémie nous prend beaucoup de temps, mais les gros dossiers continuent à être suivis un tant soit peu. J'ai réuni mon comité directeur en "audio" ce matin pour faire le point sur les autres sujets en cours, justement.
Par exemple, le travail de fond, technique, continue sur le projet de loi grand âge, même si c'est compliqué parce qu'on ne peut pas réunir les acteurs.
vl/sl/APMnews

[VL7Q7EAA8]

A lire aussi