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Coronavirus: face aux inquiétudes croissantes, le gouvernement assure que 30 millions de masques sont en cours de distribution

PARIS, 19 mars 2020 (APMnews) - Le premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, ont assuré jeudi que la livraison de 30 millions de masques chirurgicaux et FFP2 était en cours depuis mercredi, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale et au Sénat.
Interpellés par plusieurs parlementaires sur le manque de masques FFP2 et de masques chirurgicaux à disposition des professionnels de santé, le chef du gouvernement et le ministre de la santé ont voulu se montrer rassurants devant les deux chambres.
"Sur les masques, nous avons pris un décret de réquisition, il existe quatre producteurs de masques en France", a rappelé Edouard Philippe jeudi matin à l'Assemblée nationale (cf dépêche du 04/03/2020 à 10:56 ), "ce qui nous place dans une position plus favorable qu'un certain nombre de nos voisins européens qui, eux, n'ont pas de producteurs de masques".
"Il y avait des stocks d'Etat, nous avions commencé à les utiliser, donc le stock avait décru pour redescendre à près de 89 millions, il est remonté et nous sommes au-dessus des 100 millions", a-t-il développé.
"Nous sommes en train de procéder à la distribution de ces stocks de masques vers les hôpitaux, vers les Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes], vers les pharmacies d'officine, de façon que les médecins libéraux, les infirmières, l'ensemble de ceux qui ont vocation à disposer de ces masques, puissent y avoir accès", a assuré le premier ministre devant l'Assemblée nationale réunie dans un dispositif restreint (cf dépêche du 17/03/2020 à 18:54).
"Ce sont des opérations techniquement compliquées, parce que la réquisition a rendu plus compliquée la logistique, mais aussi parce que nous assistons parfois à des comportements qui ne sont pas à la hauteur des enjeux, comme la disparition de masques au sein des hôpitaux", a-t-il souligné.
"Ils font parfois l'objet de vols de précaution, et ils font parfois l'objet de trafic, d'un marché noir", s'est agacé Edouard Philippe, avant d'ajouter: "Ces comportements sont inacceptables, ils mettent en danger les soignants et ils minent la confiance nationale, et croyez-moi, ils seront réprimés".

Une pénurie provoquée par le coup d'arrêt de l'industrie chinoise

"Nous disposions [auparavant] d'un stock d'Etat de 150 millions de masques chirurgicaux et aucun stock de masque FFP2", a souligné de son côté Olivier Véran.
Le ministre des solidarités et de la santé a expliqué l'actuel manque de masques stratégiques (FFP2) par la décision "suite aux crises sanitaires précédentes, en 2011 et 2013 [de ne plus] conserver des stocks de masques FFP2 dans le territoire, considérant que les usines de production étaient capables d'agir très vite" à l'étranger, et notamment en Chine.
"Seulement voilà, la crise sanitaire a commencé par toucher la Chine et la production s'est retrouvée à l'arrêt", a-t-il ajouté.
"Il y a eu un déstockage récent [mardi et mercredi, NDLR], de 12,3 millions de masques chirurgicaux et FFP2, qui ont été destinés aux pharmacies d'officine des départements les plus tendus et il est terminé aujourd'hui", a poursuivi Olivier Véran, "ce qui fait qu'un grand nombre de professionnels de santé ont pu aller voir depuis deux jours leur officine pour prendre des masques avec une logique de rationnement qui a été présentée à chaque syndicat, à chaque corporation".
Le ministre a annoncé que 17 millions de masques étaient en cours de livraison entre mercredi et jeudi "à destination des hôpitaux, des groupements hospitaliers de territoires [GHT], des Ehpad et des organismes de transport sanitaire".
"Cela fait 30 millions de masques distribués en trois jours", a-t-il insisté.

"Il y a une tension" mais "pas de pénurie" (Jérôme Salomon)

Au sujet du stock d'Etat de masques, le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, avait affirmé mercredi soir qu'il y avait "une tension" mais pas "une pénurie" (cf dépêche du 18/03/2020 à 22:19).
"Nous sommes très attentifs à déstocker en priorité le stock stratégique de masques vers les zones les plus touchées. Il y a effectivement des circuits [de livraisons] un petit peu complexes", mais "qui sont maintenant efficaces vers les CHU, les GHT [groupements hospitaliers de territoire]" et vers "les officines".
Concernant le rationnement des masques, "c’est une situation très difficile pour plusieurs raisons: d’abord, parce que le masque est une ressource rare, c’est pourquoi l’usage sans raison […] choque les professionnels de santé. Deuxièmement, nous déstockons actuellement le stock stratégique de masques chirurgicaux, nous avons des commandes en cours, nous avons des entreprises en France qui produisent de plus en plus de masques sur le territoire national", a-t-il indiqué.

Un discours rassurant qui peine à convaincre professionnels et parlementaires

Devant le Sénat jeudi après-midi, Olivier Véran a réitéré ces annonces, en assurant que "tous les moyens nécessaires pour soutenir nos soignants, tant à l'hôpital qu'en médecine de ville, sont déployés et seront déployés".
La sénatrice Laurence Cohen (communiste, Val-de-Marne) a cependant vivement réagi aux propos du ministre des solidarités et de la santé en insistant sur "le manque criant de masques aujourd'hui dans les hôpitaux". "Nous sommes tous alertés dans nos circonscriptions, alors vos belles paroles sont peut-être intéressantes pour amuser la galerie mais pas pour satisfaire" les professionnels de santé, lui a-t-elle rétorqué.
Lors d'un entretien accordé jeudi à APMnews (cf dépêche du 19/03/2020 à 17:10), le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux a rapporté que sa fédération était toujours alertée sur "une insuffisante disponibilité des masques et sur le niveau inquiétant des stocks disponibles, alors même que la doctrine actuelle d’utilisation est déjà très restrictive".
Le syndicat de médecins libéraux spécialistes AvenirSpé a également réclamé plus de transparence sur "l'approvisionnement en masques à destination des médecins de ville" et sur "la situation concernant le schéma de distribution de ces masques", dans un communiqué diffusé jeudi.
"Les médecins, pharmaciens, infirmiers, soignants, personnels des cabinets médicaux et tous ceux qui les accompagnent au quotidien se sentent oubliés, délaissés dans ce contexte d'urgence sanitaire", a rapporté le syndicat.
Dans un communiqué également diffusé jeudi, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) a réclamé "sans délai le déblocage de masques de la réserve nationale ou de Santé publique France".
"Les effets d'annonce sur le déstockage ou la fourniture de masques dans le cadre de l'aide internationale ne doivent pas occulter la réalité opérationnelle du terrain", a insisté la FNSPF en assurant que "dans les prochains jours plusieurs services d’incendie et de secours [Sdis] seront en rupture de masques chirurgicaux et FFP2".
L'assureur Klesia a par ailleurs annoncé le don de 100.000 masques FFP2 et chirurgicaux à l'Etat "afin de participer à l'effort collectif national et faire face à la crise épidémique du Covid-19", dans un communiqué publié jeudi.
gl-syl-sb/ab/APMnews

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