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Coronavirus: les consignes pour les services de psychiatrie

PARIS, 23 mars 2020 (APMnews) - Le ministère des solidarités et de la santé a réalisé une fiche, datée de dimanche, sur les consignes et recommandations à appliquer dans les services de psychiatrie et les établissements spécialisés, qui décrit les nécessaires adaptations en cette période d'épidémie de Covid-19 pour les prises en charge ambulatoires et hospitalières, et les personnels.
La semaine dernière, plusieurs acteurs de la psychiatrie ont demandé des directives nationales en phase avec les réalités de terrain de la psychiatrie, rappelle-t-on (cf dépêche du 23/03/2020 à 11:47 et dépêche du 17/03/2020 à 11:14).
"Cette note vise à accompagner les acteurs dans ces réorganisations urgentes" rendues indispensables par l'épidémie, est-il précisé en préambule du document de 10 pages.
Les établissements et services de psychiatrie doivent répondre à un quadruple défi: poursuivre la prise en charge de leurs patients; les protéger, ainsi que les personnels, de la propagations du Covid-19; être en soutien des établissements MCO (médecine, chirurgie, obstétrique); répondre "à une potentielle augmentation des besoins de soins en psychiatrie".
En effet, "l’impact du contexte d’épidémie et les mesures gouvernementales de confinement sont susceptibles d’avoir des conséquences psychologiques non négligeables sur un public déjà fragile, présentant des comorbidités somatiques importantes et/ou en situation d’isolement psycho-social", est-il spécifié dans la note.
"De même, cette situation de crise sanitaire inédite et les mesures ordonnées par les pouvoirs publics peuvent favoriser l’apparition de troubles psychopathologiques ou de décompensations au sein de la population." Dans ce contexte, "il importe que le dispositif de prévention et de soins dans le champ de la psychiatrie soit en capacité de répondre à cette situation de crise".
"Enfin, la prise en charge des patients avec signes respiratoires nécessite la mise en place d’une articulation anticipée et claire avec les filières MCO et en particulier les plateaux de soins critiques."
"Il est rappelé que ces réorganisations doivent également être anticipées et pensées pour s’inscrire dans la durée", prévient aussi le ministère.

Renforcer l'ambulatoire par un maintien des CMP

Concernant la psychiatrie générale et infanto-juvénile, il est demandé sans surprise de "réorganiser et renforcer l’ambulatoire" et de maintenir des centres médico-psychologiques (CMP) "en première ligne".
"Il est important de maintenir une première ligne pour éviter les hospitalisations en urgence et prévenir notamment les rechutes de pathologies chroniques", est-il expliqué, cette première ligne devant logiquement "privilégier une réponse téléphonique, la téléconsultation (ou autre solution de visioconférence)", mais aussi "un ensemble de modalités qui permettent de maintenir le lien, en allant au-devant des patients".
Il est aussi préconisé que "seules des prises en charge individuelles sont organisées au regard du rapport bénéfice-risque de chaque situation clinique", les prises en charge de groupe et les activités étant "suspendues" et les moyens "dédiés aux activités interrompues" devant "être redéployés pour renforcer notamment la réponse téléphonique".
Le ministère détaille la manière dont la venue des patients "lorsqu’elle est nécessaire" doit être organisée en respectant les gestes barrières, et prévient que "les interventions à domicile sont à évaluer au cas par cas".
Mais il faut "privilégier une organisation téléphonique et la téléconsultation", insiste le ministère, qui détaille la manière dont les services doivent s'organiser, pour les consultations, les prescriptions et modifications de traitement.
Surtout, "la filière des prises en charge individuelles, urgentes et de crise, doit être aménagée, en lien avec les acteurs de la régulation et des urgences somatiques, pour les prises en charge ne pouvant être traitées par téléphone: maintien de consultations ciblées (situations complexes, personnes vulnérables, poursuite des traitements indispensables notamment d’action prolongée, suivi des personnes en programme de soins, sortie d’hospitalisation après tentative de suicide…) pour réduire les risques de décompensation clinique, et afin d’éviter au maximum un passage des personnes par les urgences".
Par ailleurs, précise le ministère, "il appartient aux établissements de décider, selon la situation, de la fermeture de certaines structures ambulatoires pour concentrer les moyens en personnels et anticiper une hausse éventuelle de l’absentéisme des professionnels indispensables à la continuité des soins".

Hospitalisation complète: visites interdites, toute sortie définitive

"Il est rappelé qu’un séjour hospitalier doit s’interrompre dès lors qu’il est possible d’organiser le suivi du patient en ambulatoire."
"Au sein des unités de soins, il convient d’éviter la concentration et le regroupement des patients, ainsi que dans les espaces de déambulation de l’établissement." Là encore, les activités et prises en charge en groupe sont suspendues, "sauf exception justifiée".
"Les visites des familles et des proches des patients, sauf avis médical contraire, sont interdites au sein de l’unité mais aussi dans l’enceinte de l’établissement, sauf pour certaines situations exceptionnelles qui doivent être dûment justifiées et tracées dans le dossier du patient", est-il aussi notamment demandé.
"Les sorties sont définitives, les autorisations de sortie de courte durée ne sont plus autorisées", est-il également spécifié, les permissions accompagnées par un soignant devant "être organisées et strictement limitées aux nécessités prévues par la dérogation relative aux déplacements".
Enfin, le ministère relève que "certains établissements rencontrent des difficultés à obtenir des certificats médicaux justifiant l’entrée ou le maintien en soins sans consentement, faute de ressource médicale". Or "il ne peut en aucun cas être dérogé à ces exigences, même en période épidémique", insiste-t-il.

Une cellule de crise par établissement

Sur le dépistage des patients Covid-19, le document renvoie aux recommandations existantes (cf dépêche du 11/03/2020 à 19:02). Concernant les réorganisations des unités d’hospitalisation en cas de patients positifs, il propose différents "schémas".
Il est aussi recommandé de mettre en place "une cellule de crise au sein de chaque établissement, placée sous la responsabilité du directeur et du président de CME [commission médicale d'établissement]", qui doit notamment être chargée "de diffuser régulièrement auprès du personnel hospitalier les recommandations […], avec la responsabilité de consulter régulièrement ces consignes et leurs mises à jour".
"Les problèmes d’approvisionnement qui peuvent apparaître, en masques et solutions hydro-alcooliques notamment, peuvent nécessiter des adaptations au cas par cas des procédures en lien avec l’équipe opérationnelle d’hygiène de l’établissement", est-il aussi indiqué.

Maintenir les liens avec les autres établissements

"L’établissement autorisé en psychiatrie doit demeurer en contact étroit avec les autres établissements de son territoire pour assurer au mieux l’aval (ambulatoire ou en hospitalisation) des services d’urgences, ceux-ci devant orienter le plus rapidement possible les patients psychiatriques sans problème somatique", est-il aussi préconisé.
Il s'agit aussi de pouvoir organiser le transfert des patients Covid-19 hospitalisés au sein des services psychiatriques "vers les plateaux techniques intensifs somatiques en cas de nécessité selon une procédure anticipée".
Par ailleurs, "un partenariat entre les établissements MCO, les établissements médico-sociaux (y compris les Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes]) et sociaux et les établissements autorisés en psychiatrie est attendu pour organiser une offre de soutien pour les personnels et les familles", est-il prescrit.
Les cellules d’urgence médico-psychologique (Cump) "sont activées en tant que de besoin et les personnels psychiatres et psychologues, qui sont mobilisables, sont invités à les renforcer".

Soutenir les équipes de soins et de direction

Le ministère donne aussi dans le document de nombreuses préconisations pour accompagner les personnels et animer les équipes. Sont aussi détaillés des conseils pour le maintien du bien-être du personnel.
vl/ab/APMnews

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