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Premier transport ferroviaire de patients Covid: 20 patients du Grand Est attendus en Pays de la Loire jeudi

NANTES, ANGERS, 26 mars 2020 (APMnews) - Le premier transport ferroviaire de patients Covid en réanimation organisé jeudi entre Strasbourg et Pays de la Loire représente une opération de solidarité inédite, ont souligné les équipes sanitaires et administratives impliquées lors d'un point presse organisé jeudi matin par l'agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire simultanément sur Nantes et Angers.
Comme annoncé mardi soir par le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, un TGV médicalisé réalisera son premier transport de patients en réanimation depuis Strasbourg jeudi matin vers des CHU et hôpitaux des Pays de La Loire (cf dépêche du 24/03/2020 à 22:10).
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
"C'est une première nationale, voire une première européenne. Ce moyen de transport avait été prévu à la suite des attentats. C'est une opération exemplaire. Tout est fait dans les meilleures conditions pour les patients", a déclaré Jean-Jacques Coiplet, directeur général de l'ARS Pays de la Loire.
Ce train sanitaire doit permettre l’évacuation de 20 patients actuellement en réanimation dans la région Grand Est vers les CHU d’Angers, de Nantes, le centre hospitalier du Mans et le centre hospitalier départemental (CHD) de Vendée à la Roche-sur-Yon, 6 patients dans chaque CHU et 4 dans chaque CH.
"Les équipes médicales, paramédicales et logistiques sont préparées et ont l'habitude d'accueillir des patients transférés", a indiqué Laëtitia Micaelli-Flender, DG par intérim du CHU de Nantes.
"C'est toute une chaîne. C'est une très grande prouesse technique et logistique avec différentes équipes qui travaillent ensemble d'un bout à l'autre du territoire. C'est nouveau", a commenté pour sa part le Pr Antoine Magnan, président de la commission médicale d'établissement (CME) du CHU nantais.
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
Dans ce train, mis à disposition par la SNCF, 4 patients seront installés dans chaque voiture, avec pour chacune des 5 voitures une équipe médicale constituée d’un médecin anesthésiste-réanimateur, un interne en anesthésie, 1 infirmier anesthésiste et 3 infirmiers, a précisé Isabelle Monnier, délégation territoriale du Maine-et-Loire.
"En plus des équipes médicales réparties dans chaque wagon accueillant des patients, le train embarque des personnels des Samu, des personnels d'associations agréées de sécurité civile et des personnels du groupe SNCF", a précisé l'ARS Grand Est dans un communiqué diffusé jeudi.
"Concernant l'agencement des équipements médicaux, des brancards adaptés sont fixés aux dossiers des sièges en salle basse des wagons, avec l’ensemble du matériel de monitorage à disposition", a détaillé l'agence, "les techniques ont été testées et validées lors de précédents exercices".
Les équipes médicales armant le train proviennent des CHU de Nantes, d’Angers, et d’établissements de l’AP-HP en Ile-de-France. La manoeuvre est coordonnée par le Samu de Paris. Le TGV doit rouler à pleine vitesse.
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
Crédit : Ministère de l'Intérieur / J. Groissard
Cette première opération de transport ferroviaire entre dans le cadre de la stratégie globale des autorités sanitaires afin de soulager les territoires les plus touchés par l’épidémie, en complément des opérations réalisées par les armées, Morphée et Tonnerre (cf dépêche du 25/03/2020 à 13:04 et dépêche du 23/03/2020 à 15:35). Ces transports pourront être amenés à se répéter, en fonction des besoins futurs identifiés sur le territoire, indique le ministère des solidarités et de la santé dans un communiqué diffusé mercredi.
"Ce transport est l'illustration de la solidarité et de la fraternité entre les soignants et le Samu dans une région encore faiblement touchée qui vient en aide au Grand Est. C'est une première illustration de l'opération Résilience en coopération avec les services de police et de gendarmerie. J'ai obtenu 16 militaires en appui", a indiqué René Bidal, préfet du Maine-et-Loire. Ils devront organiser un périmètre de sécurité à l'arrivée du TGV en gares.

Une proposition provenant des réanimateurs ligériens, avant la vague

Le Pr Alain Mercat, chef du service de médecine intensive-réanimation et médecine hyperbare et président de la commission médicale d'établissement (CME) du CHU d'Angers, qui coordonne les forces de réanimation pour la région, a expliqué que la proposition était née de discussions entre médecins réanimateurs des Pays de la Loire qui après avoir organisé la réanimation sur la région, se sentant "tout à fait prêts mais avec de nombreux lits inoccupés" puisque le pic épidémique est attendu après la première semaine d'avril, ont souhaité proposer leur soutien à leurs collègues de Grand Est les sachant en difficulté.
Ces médecins ont reçu le soutien de leurs directions et ont fait une proposition d'accueil de patients d'une autre région au DG d'ARS qui a transmis à la direction générale de l'offre de soins (DGOS). C'est ensuite le centre de crise sanitaire du ministère qui a décidé du transfert en provenant de Grand Est, a précisé l'ARS.
La région Pays de la Loire dispose actuellement de plus de 500 lits de réanimation mobilisables (environ 13 pour 100.000 habitants), contre 200 habituellement, dont 380 "sanctuarisés" pour des patients touchés par le Covid-19, a expliqué le Pr Mercat. Les établissements ligériens ont mobilisé des salles de réveil ou autres et même réouvert une unité désaffectée au CH de Laval. "Ce matin, nous avions 75 patients Covid en réanimation sur la région. Nous sommes encore au début, il y a 8 jours nous en avions moins de 5. Nous avons donc les capacités d'accueillir des patients supplémentaires", a-t-il détaillé. La région déplore un seul décès à ce jour.
Les projections épidémiologiques prédisent 300 à 350 patients maximum en réanimation au pic, "hors effet La Baule", a noté le Pr Mercat, faisant référence aux personnes d'Ile-de-France venues passer le confinement sur la côte, estimées à 200.000 par la préfecture.
Dans les hôpitaux, "les équipes sont prêtes. Dès que les patients seront là, elles se présenteront aux patients non sédatés reçus et appelleront les familles pour les rassurer et leur donner les coordonnées pour les joindre", a-t-il décrit.
Il s'agit de patients sous assistance respiratoire qui sont ventilés par des appareils de transport avec monitoring et entourés d'équipes médicales et paramédicales formées. Les CHU de Nantes et Angers ont envoyé des équipes à Strasbourg pour participer.
"Plus de 50 personnes les accompagnent dans des conditions optimisées de sécurité. Ces malades ont été sélectionnés selon leur état pour que le transport ne représente pas un risque excessif. Ce ne sont pas des patients en extrême gravité", a-t-il expliqué.
Ils seront débarqués dans les gares d'Angers puis Nantes et ensuite transportés en ambulance vers les hôpitaux d'accueil. Le moment le plus critique sera quand ils vont être mobilisés. Ils seront d'abord sortis du train puis examinés avant le transport en ambulance.
Le Dr Joël Jenvrin, responsable médical du Samu 44, a parlé d'une "collaboration extraordinaire pour une opération inédite", saluant le rôle du Samu 75 dans ce transport ainsi que des Samu 91, 94 et 78 et de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Il a aussi souligné le travail collaboratif avec le Samu 49 et 44 et la protection civile. Des logisticiens sont mobilisés également.
sl-gl/ab/APMnews

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