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Coronavirus: tous les détails de la stratégie de prise en charge préconisée pour les personnes âgées

(Par Valérie LESPEZ)
PARIS, 31 mars 2020 (APMnews) - Dans un document diffusé mardi aux ARS, dont APMnews a eu copie, le ministère des solidarités et de la santé détaille la stratégie de prise en charge des personnes âgées qui vivent en Ehpad ou à domicile en ces temps d'épidémie de Covid-19, et qui implique l'ensemble du monde sanitaire, hospitalier et de soins de ville.
Dans ce document de 9 pages, il est indiqué que "l'organisation par les ARS [agences régionales de santé] de réponses spécifiques aux personnes âgées en établissements et à domicile représente une priorité dans la gestion de l’épidémie".
"Le retour d’expérience de la région Grand Est" permet d'élaborer une doctrine "sur l’organisation des Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes] et les besoins spécifiques des personnes âgées. Si les unités de soins de longue durée (USLD) constituent des services de soins, elles méritent également une attention spécifique compte tenu des personnes âgées fragiles qui y sont hospitalisées", est-il résumé. Cette stratégie vient compléter les fiches déjà publiées (cf dépêche du 30/03/2020 à 16:25).
Il est demandé aux ARS de "systématiser une organisation régionale dédiée", et "déclinée en tant que de besoin dans chaque département".
Les coordonnées d'une "cellule dédiée" doivent être diffusées à l’ensemble des établissements et services médico-sociaux (ESMS) du territoire "dans les plus brefs délais". Cette "régulation" est destinée "à appuyer les établissements (Ehpad, USLD, résidences autonomie, résidences services) et les intervenants à domicile (professionnels de santé libéraux, Ssiad [services de soins infirmiers à domicile], Saad [services d'aide et d'accompagnement à domicile])".
Il s'agit notamment de "s’assurer de la mise en place de coopérations et de filières de soins entre les Ehpad, les médecins et professionnels de santé de ville, les services à domicile, et les établissements de santé", mais aussi d'"organiser les renforts en professionnels des établissements en demande", et de "veiller à l’accompagnement des professionnels".
La cellule doit aussi "soutenir et faciliter les dispositifs d’accompagnement psychologique des personnes et de leur famille; prévenir et surveiller les ruptures d’approvisionnement; mettre en place une veille et une surveillance des territoires et établissements en difficulté, et organiser les remontées d’informations au national".
Le niveau national "intervient en deuxième niveau [...] pour accompagner les régions dans l’organisation des renforts en professionnels, en médicaments et matériels, et pour diffuser les recommandations".

"Renforcer l'accès aux soins"

L'ARS a ensuite "un rôle de relais et de conseil, en lien avec les équipes des centres de prévention des infections associées aux soins (CPias) et les équipes d’hygiène hospitalière" pour instaurer des "mesures de protection renforcée au sein des établissements".
Elles est censée aussi "organiser et renforcer l’accès aux soins pour les personnes âgées en établissement et à domicile". "Les personnes âgées doivent bénéficier, comme le reste de la population, du soin approprié à leur état de santé en prenant en compte leurs fragilités particulières", est-il rappelé.
Le document renvoie aux consignes pour la médecine de ville (cf dépêche du 26/03/2020 à 18:02) et précise que "le recours aux téléconsultations devra être privilégié". "Une fiche sur l’appui des professionnels de ville pour la prise en charge des personnes en établissements et à domicile est en cours de finalisation", est-il annoncé.
Surtout, "les ARS ont un rôle important de coordination des différents dispositifs, à travers la création d’une astreinte sanitaire 'personnes âgées' au sein du territoire, dédiée aux professionnels de santé des ESMS accompagnant des personnes âgées, avec numéro dédié (hotline)".
Il s'agit d'"offrir, en lien avec le Samu, une expertise gériatrique à tous les professionnels des établissements pour organiser la prévention" au sein des Ehpad, de "collégialiser la prise de décision médicale pour la prise en charge d’un cas suspect ou confirmé (au moment de l’apparition du cas, en réévaluation, en sortie d’hospitalisation)" et de "mobiliser [...] les ressources nécessaires pour la prise en charge des résidents Covid+ au sein des établissements".
Pour cela, les ARS doivent s’assurer "de l’armement de cette astreinte grâce à la mobilisation des professionnels du territoire" et "de la connaissance par les responsables des astreintes de l’offre d’appui disponible sur les territoires (hospitalisation à domicile [HAD], équipes mobiles de gériatrie, etc.)".
Pour qu'elles mettent en place "une réponse rapide", les Ehpad impactés doivent communiquer "systématiquement" leurs difficultés "de matériel "(extracteurs, pousse-seringue, etc.)", de personnel "(absentéisme; présence soignante insuffisante, y compris la nuit)" et "pour mobiliser des ressources extérieures".

Intervention de l'HAD assouplie

De plus, les ARS doivent vérifier l’état du circuit de distribution de l’oxygène des Ehpad, le possible "déploiement rapide" d'équipes mobiles de gériatrie et la possible "mobilisation accrue et selon des modalités assouplies […] à titre exceptionnel" de l'HAD.
Ainsi, "il n’est pas nécessaire que l’Ehpad et l’HAD aient une convention" et "en cas d’indisponibilité du médecin traitant ou lorsque l’urgence de la situation le justifie, l’accord du médecin traitant [...] n’est pas nécessaire". De plus, "la prescription de la prise en charge en HAD peut être faite par tout médecin, y compris le médecin coordonnateur de l’Ehpad" et "lorsque l’urgence de la situation le justifie, le patient peut être admis en HAD sans prescription médicale préalable".
De même, "plusieurs adaptations de l’organisation et des pratiques palliatives doivent faciliter l’appui des établissements de santé aux ESMS". Il est ainsi "organisé une astreinte soins palliatifs dédiée", en lien avec l’astreinte "personnes âgées" du territoire, qui "permet l’organisation d’une décision collégiale" et peut mobiliser HAD et équipes mobiles et/ou territoriales de soins palliatifs.
"Afin de permettre l’accès à certains produits indispensables dans la prise en charge des patients Covid (paracétamol injectable, Rivotril* [clonazépam]), une adaptation du cadre réglementaire sera réalisée", est-il promis. Un décret est paru au Journal officiel lundi, note-t-on (cf dépêche du 30/03/2020 à 15:05).
Par ailleurs, comme réclamé par les fédérations (cf dépêche du 26/03/2020 à 11:36), "il convient de faciliter la réalisation des tests PCR au sein des établissements", mais "dans les cas prévus par la doctrine actuelle", est-il ajouté. "La montée en puissance des tests à destination des personnels accompagnant des personnes âgées en perte d’autonomie est actuellement en cours d’analyse dans le cadre de la réflexion globale sur la nouvelle doctrine de test nationale."

Doctrine pour l’hospitalisation

Par ailleurs, la décision médicale d’hospitalisation doit se concentrer sur "l’hospitalisation [qui] représente un bénéfice réel", est-il résumé.
Pour les personnes âgées, "le choix entre une hospitalisation en soins critiques, en court séjour, en HAD, en hôpital de proximité, en USLD ou en SSR [soins de suite et de réadaptation] doit être discuté collégialement, à travers le système de l’astreinte sanitaire 'personnes âgées'".
"Il appartient à l’ARS d’anticiper les besoins d’hospitalisation des personnes âgées atteintes du Covid-19", est-il écrit. Elles doivent "appuyer les établissements qui ne l’auraient pas encore fait" dans l'organisation "d’une filière d’admission directe non programmée sans passage aux urgences". "Les hôpitaux de proximité, en particulier, sont appelés à être mobilisés dans ce cadre" et "ce circuit court s’articule avec la hotline gériatrique et les protocoles partagés avec le Samu".
De même, la sortie d’hospitalisation doit "aussi faire l’objet d’une décision collégiale grâce au dispositif de l’astreinte hospitalière" et prendre "en compte la sécurité du patient et la nécessité de prévenir la dégradation de la situation générale de l’Ehpad". Là encore, les Ehpad doivent pouvoir s'appuyer sur les hôpitaux de proximité et les SSR, les USLD, "voire d’autres solutions alternatives" comme les "hôtels hospitaliers".
La fiche aborde aussi la question de la gestion des décès et deuils (cf dépêche du 30/03/2020 à 14:40), le soutien aux professionnels, aux familles et aux personnes, ou encore le renforcement en professionnels. A ce titre, "une fiche spécifique relative aux mécanismes de renfort des ressources territoriales mobilisables dans les secteurs sociaux et médico-sociaux est en cours de finalisation."
vl/nc/APMnews

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