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"On a encore deux semaines de tension sur les services de réanimation", prévient le DG de l'ARS Grand Est

NANCY, 31 mars 2020 (APMnews) - Les établissements du Grand Est devraient connaître des tensions sur leurs capacités en réanimation pour accueillir des patients atteints du coronavirus pendant deux semaines encore, a annoncé mardi Christophe Lannelongue, le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est, lors d'une conférence téléphonique.
"Nous avons énormément développé les capacités de réanimation dans la région", a-t-il souligné. Le Grand Est est passé de 480 lits de réanimation avant le début de l'épidémie à 1.150 lits lundi.
La région comptait alors 3.950 personnes hospitalisées atteintes du Covid-19, dont 844 en réanimation, et 1.487 personnes sorties d'hospitalisation, tandis que les établissements sanitaires avaient déclarés 919 décès.
"On est sur une très forte saturation à Mulhouse (cf dépêche du 26/03/2020 à 18:52) et Colmar, on est très proche de la saturation à Strasbourg et Metz (cf dépêche du 31/03/2020 à 13:21)", a détaillé le directeur général de l'ARS.
"On a 1.150 places de réanimation, dont 20% pour des patients non Covid", a-t-il contextualisé. "Si on cumulait les places disponibles et le fait qu'on est en train de mettre en place 50 respirateurs supplémentaires -20 pour Strasbourg, 10 pour Metz, 10 pour Nancy, 15 pour le Haut-Rhin, dont 10 pour Mulhouse et 5 pour Sélestat-, on arriverait à une centaine de places disponibles, sachant qu'on a une augmentation de 40 à 50 [patients en réanimation] chaque jour".
"Il y a encore des marges avant saturation à l'ouest, mais ce sont de petites marges", a ajouté Christophe Lannelongue. "On a créé cinq réanimations nouvelles dans les cliniques privées et on est en train de saturer la centaine de place de réanimation dans le privé".
"On a eu une très forte solidarité nationale avec l'intervention de l'armée", a souligné le directeur général de l'ARS, "ce n'est pas seulement l'hôpital de campagne de Mulhouse (cf dépêche du 21/03/2020 à 13:58), mais aussi des vols [...], l'intervention d'hélicoptères lourds pour faciliter les transferts vers nos voisins étrangers".
Il a rapporté qu'un sixième vol d'un appareil militaire avait permis l'évacuation de patients de Mulhouse vers Hambourg (Allemagne) mardi dans le cadre du dispositif Morphée.

200 transferts de patients du Grand Est

"On a beaucoup développé des transferts de patients, vers nos voisins allemands et suisses, et vers d'autres régions de France", a-t-il poursuivi, en faisant état de 200 transferts de patients du Grand Est, dont 100 vers l'étranger et 100 vers d'autres régions.
"Je veux exprimer ici la très grande reconnaissance des habitants du Grand Est envers nos voisins allemands, suisses, chez lesquels beaucoup de patients ont été accueillis ces derniers jours", a salué Christophe Lannelongue, "mais également des remerciements vers les régions françaises qui ont accueilli beaucoup de patients".
"Si on n'avait pas eu cette possibilité, on n'aurait pas été en possibilité de garantir pour chaque personne un accès en réanimation", a-t-il indiqué à propos des transferts.
Il a indiqué que "plusieurs équipes médicales et paramédicales" étaient venues de Nouvelle-Aquitaine pour épauler les équipes du Grand Est: "Ça permet de soulager nos soignants, et ça permet pour ces personnes d'acquérir une expérience qui leur sera, hélas, sûrement très utile dans les semaines qui viennent".
L'ARS mène des travaux pour modéliser l'évolution de l'épidémie dans la région, et pour appréhender les effets du confinement, dont les premiers résultats sont attendus d'ici 48 heures.
"L'impact est très différent selon la situation de départ", a fait remarquer le directeur général de l'agence.
"On peut différencier des départements dans lesquels la décision de confinement est intervenue alors que l’épidémie était très peu développée", a-t-il expliqué en citant les Ardennes. "A l'opposé, pour des départements comme le Haut-Rhin, dans lesquels il y a avait une situation de forte diffusion de l'épidémie au moment de la décision de confinement, l'impact des mesures de confinement sera fort mais différé".
"Ce n'est donc pas avant quelques semaines que nous commencerons à voir l'impact de ces mesures sur le système de santé", a-t-il prévenu. "On a encore deux semaines de tension sur les services de réanimation devant nous et donc la nécessité absolue de compter sur la solidarité nationale".
Christophe Lannelongue a cependant assuré que la région devrait sortir de "la phase aiguë de la crise" aux alentours du 15 au 25 avril, période à partir de laquelle les hospitalisations de patients atteints du Covid-19, notamment en réanimation, devraient diminuer.

Des travaux pour augmenter la visibilité sur les transferts sanitaires

"L'objectif, c'est, dans deux ou trois jours, d'avoir une vision claire, jour par jour, des transferts qu'on doit faire jusqu’à la mi-avril", a-t-il ajouté.
Pour chiffrer ce besoin journalier, l'ARS "a réinterrogé chacun des responsables des établissements supports de GHT [groupement hospitalier de territoire]" pour connaître leurs besoins et leurs perspectives.
"On a essayé de mieux organiser notre travail, en créant une petite cellule qui réunit l'ARS, la préfecture de zone et le Samu de zone, pour que, tous les jours, on puisse identifier les places d'accueil, en France ou à l’étranger, les patients transférables, et pour qu'on puisse faire en sorte d'avoir les vecteurs adaptés à ces transferts", a complété Christophe Lannelongue.
Contactée vendredi par APMnews, l'ARS Grand Est avait également indiqué qu'une "mission de coordination des réanimations du Grand Est afin de faciliter l'organisation territoriale de la prise en charge en réanimation des patients Covid positifs sur le Grand Est" avait été confiée au Pr Thierry Pottecher (Hôpitaux universitaires de Strasbourg) et au Dr Jean-François Poussel (CHR Metz-Thionville).
"Leur mission consiste à orienter et faciliter le transfert de patients Covid au sein de la région, vers des services de réanimation disposant de lits disponibles en Grand Est, en appui du Samu de zone et des établissements de santé", avait précisé l'agence.
"Dans les services de l’Ouest de la France, les besoins vont augmenter vers fin avril-début mai, on ne sait pas trop le quantifier aujourd'hui parce que ça fait partie des régions qui sont rentrées en confinement avant la diffusion forte du virus", a reconnu le directeur général. "On sait que la crise va évoluer en Allemagne, et les besoins de services de réanimation vont augmenter".
"Il faut qu'on arrive à préserver pour nos partenaires leurs propres capacités de prise en charge", a assuré le directeur de l'agence. "Notre pari, c'est qu'on peut transférer des malades en Allemagne et dans l'Ouest [de la France], notre engagement solennel, c'est que nous paierons notre dette, nous ouvrirons nos capacités en réanimation dès le début du mois de mai".

Des mesures de soutien pour les Ehpad en difficulté

Après avoir indiqué que 60% des 620 établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la région étaient touchés par l'épidémie à "titre divers", que ce soient des cas suspects ou confirmés chez des résidents ou des soignants, le directeur a annoncé que l'ARS faisait désormais un point de situation quotidien.
"On met en oeuvre dans chaque département des plans d'actions", a-t-il souligné. "On va mettre en place pour chaque Ehpad un référent médical [...], on a autorisé depuis hier soir que les infirmières libérales puissent intervenir dans les Ehpad en étant rémunérées".
Il a également annoncé la mise en service d'une plateforme pour permettre à des Ehpad "en difficulté de faire appel à des personnels pour compenser le fait que certains de leurs salariés sont en arrêt maladie ou ne peuvent plus faire face à la tâche".
Le directeur général de l'ARS a également assuré qu'il y aurait des masques chirurgicaux pour tous les personnels des Ehpad du Grand Est "bien au-delà des normes nationales" à partir de lundi.
gl/eh/APMnews

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