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Les médecins libéraux alertent sur de potentiels retards de soins

LILLE, LYON, PARIS, 2 avril 2020 (APMnews) - De nombreux médecins libéraux, notamment à travers leurs organisations syndicales et professionnelles, alertent contre les risques de retards dans les prises en charge du fait de la forte baisse de fréquentation observée dans les cabinets compte tenu des mesures de confinement de la population pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.
Est notamment pointée la communication ambiguë des autorités sur le confinement, avec l'intervention le 23 mars du premier ministre expliquant que l'attestation de déplacement dérogatoire pour motif de santé serait réservée "aux soins répondant à une convocation du médecin", "aux soins urgents" programmés, ou pour une "urgence" à l'hôpital (cf dépêche du 23/03/2020 à 22:41).
Finalement, l'attestation éditée par le ministère de l'intérieur conformément au décret mentionne, parmi les motifs autorisés pour le déplacement, les "consultations et soins ne pouvant être assurés à distance et ne pouvant être différés" et les "consultations et soins des patients atteints d'une affection de longue durée" (cf dépêche du 24/03/2020 à 11:31).
Le 26 mars, le syndicat de médecins généralistes MG France a déploré que les acteurs des soins de ville soient "contournés, lorsque le premier ministre dissuade les patients d'aller les consulter, en expliquant doctement qu'aller voir son médecin est plus dangereux qu'aller acheter une baguette ou un paquet de cigarettes".
"En instillant le doute dans l’esprit des Français sur leur autorisation à aller voir leur médecin pour se soigner, la communication du premier ministre rend inopérante l’organisation des soins mise en place par les médecins généralistes dès le début de l’épidémie", regrette le syndicat.
"Les messages contradictoires des autorités sanitaires ont ainsi détourné des cabinets médicaux une majorité des patients. Ceci pourrait avoir des conséquences très graves en termes de santé publique dans les semaines qui viennent. Malades chroniques, précaires, personnes âgées à domicile ou en Ehpad: nombreuses sont les populations qui risquent de souffrir d’un défaut de soins, quand il ne s’agit pas de graves retards de diagnostics", alerte le syndicat.
Vendredi, le médecin généraliste et écrivain Christian Lehmann a alerté sur le réseau social Twitter sur les "injonctions contradictoires du gouvernement et l’erreur de langage d'Edouard Philippe parlant de 'convocation' pour voir son médecin", qui "entraînent une inquiétude de patients parfois âgés qui n’osent se déplacer alors même que leurs médecins ont pour l’immense majorité pris les mesures d’hygiène nécessaire".
"Dans toute épidémie, des gens meurent d’autre chose en retardant des soins. Donc expliquez clairement qu’en cas de problème médical IL NE FAUT PAS remettre à plus tard indéfiniment", a-t-il lancé à l'adresse des journalistes.
"Faites savoir qu’ils peuvent consulter, c’est très important", insistait le médecin, qui a par ailleurs mis sur pied en parallèle un centre médical de consultations régulées baptisé "Covidrome" à Poissy (Yvelines) pour prendre en charge les patients afin de désengorger les urgences.
Dans un communiqué diffusé mercredi, la branche spécialiste de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) exprime elle aussi son inquiétude face à "la baisse majeure du nombre de consultations en médecine spécialisée".
"Les Spécialistes CSMF craignent que ce refus de soins n’ait de lourdes conséquences sur l’état de santé de nos concitoyens", et rappellent que leurs cabinets "sont restés ouverts pour répondre à la demande de soins de tous les patients relevant de leur expertise", avec des mesures adaptées pour limiter les risques de contamination.
Le syndicat salue "l’initiative des spécialistes lorrains qui ont mis en place un numéro d’appel unique pour toute demande de consultation spécialisée", imitée dans plusieurs autres territoires.

L'exemple des Hauts-de-France

Dans les Hauts-de-France, le Dr Philippe Chazelle, président de l'union régionale des professionnels de santé - médecins libéraux (URPS-ML) joint mercredi par APMnews, s'inquiète de voir les pathologies nécessitant une prise en charge s'aggraver, faute de consultations de la part des patients en ayant besoin.
"Depuis le confinement, les médecins de ville s’inquiètent d’observer une chute importante de leurs consultations et craignent que leurs patients n’osent pas les appeler pour des motifs autres que des symptômes liés au coronavirus", alertent ainsi l'URPS-ML et France Assos Santé Hauts-de-France dans un communiqué commun.
Elles insistent pour que les reports de soins soient actés après accord du médecin traitant, et ne prennent pas la voie d'un renoncement aux soins. "Demander un avis médical, sans attendre la moindre aggravation, c’est limiter un retard diagnostique et une perte de chance et contribuer à rester en aussi bonne santé que possible."
Philippe Chazelle explique constater notamment une hausse des appendicites tournant en péritonites, des accidents vasculaires cérébraux ou des malaises cardiaques s'aggravant, faute d'être pris en charge rapidement, entraînant ainsi une perte de chances.
"La communication de confinement est excellente, mais il faudrait qu'il y ait une communication aussi pour dire aux gens de se soigner […] qu'ils appellent au moins leur médecin", insiste-t-il.
Dans le même temps, l'activité en cabinet est pour l'instant atone, même pour les consultations Covid-19 qui, si elles représentent la majorité du flux, sont encore assez réduites.
Philippe Chazelle s'attend toutefois à une forte hausse d'activité à venir une fois les services de réanimation des établissements de santé de la région fortement mis à contribution, comme c'est déjà le cas dans l'Oise (cf dépêche du 25/03/2020 à 11:56 et dépêche du 26/03/2020 à 12:35) et la Somme (cf dépêche du 31/03/2020 à 15:10).
Il s'inquiète également du manque de consommables, tant s'agissant des masques, pour lesquels les dons et les livraisons hebdomadaires de l'Etat ont un peu amélioré la situation, que pour les blouses, surblouses, visières ou encore oxymètres, en particulier dans l'Oise.
Philippe Chazelle explique qu'il est impossible de commander ce matériel, réservé en priorité aux hôpitaux, et généralement en rupture de stock, estime-t-il.

Vive crainte pour la survie économique de cabinets de libéraux

De son côté, dans une vidéo mise en ligne mercredi sur YouTube, le Dr Pierre-Jean Ternamian, président de l’URPS Médecins d'Auvergne-Rhône-Alpes, alerte sur la "peur du lendemain", notamment dans le domaine économique pour les cabinets de professionnels de santé libéraux.
"Quand tout va bien, on oublie qu'un cabinet est une entreprise économique", souligne-t-il. Mais actuellement, "ces cabinets sont vides et les charges tombent". Certains connaissent des "trous de trésorerie" et devront fermer", s'alarme-t-il.
"Prendre des mesures d'urgence pour ces cabinets de soignants libéraux est aussi important que pour l'hôpital", insiste-t-il.
Le 25 mars, le Syndicat des médecins libéraux (SML) avait réagi aux annonces du chef de l'Etat à Mulhouse en estimant que "l’annonce d’un plan massif d’investissement pour l’hôpital qui avait été délaissé" était "une nécessité".
"Pour autant, la médecine de ville ne doit pas être écartée des investissements massifs que le pays devra consentir, au sortir de la crise actuelle, sur son système de santé", alertait le SML.
bd-san-vg/nc/APMnews

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