dépêche

 - 

Covid-19: baisse légère, mais inédite, du nombre de patients en réanimation

PARIS, 9 avril 2020 (APMnews) - Le nombre de personnes en réanimation pour une infection au Covid-19 a baissé pour la première fois en France jeudi, passant de 7.148 à 7.066, soit 82 personnes en moins, a rapporté lors de son point presse quotidien le directeur général de santé (DGS) Jérôme Salomon, qui a toutefois appelé à la prudence dans l'interprétation de ce chiffre.
Le DGS a annoncé que 369 personnes étaient entrées en réanimation lors de ces dernières 24 heures. "Le solde de différence entre les entrées et les sorties est pour la première fois faiblement négatif, de 82", a-t-il constaté.
Il s'agit selon lui d'une "très légère diminution des besoins de réanimation". "Ce besoin de trouver de nouvelles places, de nouvelles équipes et machines diminue pour la première fois. On peut donc espérer un plateau, mais c'est un plateau très haut et il faut rester prudent", a-t-il prévenu.
"Notre stratégie de défense face au virus […] par le confinement généralisé commence à porter ses fruits", a-t-il commenté, avant de rappeler qu'il est "vital de rester vigilant" et de continuer à respecter le confinement, la distanciation sociale et les gestes barrières.
La tension sur les services hospitaliers est de plus "très inégale", a-t-il souligné. "Demain, deux nouveaux TGV médicalisés transfèreront des patients de l'Île-de-France vers la Nouvelle Aquitaine", a-t-il fait savoir.
Un autre record a dans le même temps été battu: l'excès de mortalité par rapport à 2019. Il se "renforce fortement sur la semaine 14", débutée lundi, pour s'établir à 41% à l'échelon national, selon l'Insee. "C'est un niveau exceptionnel", a commenté le directeur général de santé.
A l'échelon régional, l'excès de mortalité est constaté dans huit régions: Grand-Est, Île-de-France, Bourgogne Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire et Normandie. A l'échelon départemental, 36 départements présentent un excès de mortalité en semaine 14, dont sept à niveau "exceptionnel". Il s'agit du Haut-Rhin, la Moselle, Paris, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et le Val d'Oise.

424 décès ces dernières 24 heures

En France, 12.210 décès liés au Covid-19 ont été observés depuis le début de l'épidémie, dont 8.044 à l'hôpital. "C'est 424 de plus en 24 heures", a indiqué Jérôme Salomon à propos des chiffres hospitaliers. 4.166 décès ont été remontés par les établissements sociaux et médico-sociaux.
La forte augmentation du nombre total de morts, qui s'élevait hier à 10.869, est liée à la croissance du nombre d'établissements remontant leurs données et à un bug informatique qui a empêché de comptabiliser, mercredi, les décès dans les établissements médico-sociaux, a précisé Jérôme Salomon. Au total, 31.415 cas possibles ou confirmés ont été comptabilisés dans 4.897 établissements médico-sociaux.
Depuis le début de l'épidémie en France, 86.334 cas de Covid-19 ont été confirmés par test PCR; c'est 4.286 de plus que mercredi soir. De plus, 62.641 personnes ont été hospitalisées, dont 30.767 le sont toujours, soit 2.990 de plus qu'il y a 24 heures.
En outre-mer, 141 hospitalisations dont 42 en service de réanimation, ont été constatées. 17 morts sont à déplorer, dont dix en Guadeloupe, cinq en Martinique et deux à Mayotte.
Parallèlement, 23.200 personnes sont sorties guéries de l'hôpital depuis le début de l'épidémie au niveau national, dont plus de 2.000 jeudi. Le nombre de passages aux urgences a légèrement baissé, a aussi fait savoir Jérôme Salomon: 2.613 ont été liés à des suspicion de Covid-19 mercredi, dont 37% ont mené à une hospitalisation et 2,5% à un envoi en service de réanimation. SOS médecins a réalisé 783 interventions mercredi pour ce motif, "c'est à peu près la même activité" que la veille, a commenté Jérôme Salomon.
Le directeur a reconnu qu'il y avait "un peu moins de consultations en médecine de ville", ainsi qu'"un peu moins passage aux urgences, de recours à SOS médecins et de tests pratiqués en ville parce que les gens en ont moins l'indication". "Ce sont des signes de ralentissement de la demande, mais sur des critères majeurs qui sont de soulager l'hôpital, nous sommes au plus haut", a-t-il nuancé.
"Nous ne saurons que nous aurons passé le moment le plus difficile que lorsque nous aurons une baisse régulière et confirmée des passages à l'hôpital", a-t-il souligné.

Une attention à porter aux patients sortis de réanimation

Jérôme Salomon a aussi alerté sur les nécessaires prises en charge des patients sortis de réanimation. "Les personnes en réanimation sont des personnes majoritairement atteintes de critère de comorbidité […]. Nous avons besoin de suivre ces patients, les suites peuvent être plus longues, plus complexes, nécessiter de la réadaptation cardiaque, respiratoire, voire motrice", a-t-il insisté.
Ces "soins lourds" nécessitent eux aussi une adaptation des services hospitaliers. "Cette prise en charge va être possible dans tous les centres hospitaliers, il y a une forte mobilisation des autres services", a-t-il affirmé.
Interrogé sur les études cliniques en cours (cf dépêche du 09/04/2020 à 21:55), Jérôme Salomon s'est félicité que la France soit "le pays européen le plus rapide à recruter des malades pour le programme de recherche Discovery", l'étude qui évalue l'efficacité de quatre pistes thérapeutiques dans le Covid-19 (cf dépêche du 08/04/2020 à 16:28).
"Toutes les données sont en cours de recueil et seront présentées à un comité de suivi qui dira s'il faut arrêter ou poursuivre chaque bras", a-t-il détaillé. Les résultats intermédiaires seront rendus publics lorsqu'une part significative des patients seront arrivés au bout des traitements. "Un résultat intermédiaire ne veut pas dire grand-chose et peut être très décevant", a toutefois prévenu Jérôme Salomon.
Par ailleurs, des études de "séro-prévalence" sont en cours, a fait savoir le directeur général de santé. "On prend des sérums de personnes malades, de soignants, volontaires… pour savoir quelle est la part de personnes qui ont des anticorps", a-t-il expliqué. Cela a été fait dans l'Oise, ainsi qu'auprès de "professionnels de santé volontaires" et de "certaines populations de donneurs de sang", considérés comme une population en excellente santé et donc peu exposée. Les chiffres constatés chez les personnes "très exposées" et celles "très peu exposées" peuvent permettre d'avoir "une idée de plus en plus précise de la circulation du virus", a détaillé le DGS.
Des tests sérologiques seront par ailleurs rapidement testés et homologués pour les mettre "à disposition de tous les laboratoires en France", a assuré Jérôme Salomon.
Dans le monde, ce sont plus d'1,5 million de personnes qui ont été infectées au Covid-19 dans 184 pays, dont 340.000 ont guéri. "Plus de 90.000 morts" sont à déplorer.
L'Europe reste l'épicentre de l'épidémie avec 725.000 cas et 60.000 morts, alors que les Etats-Unis comptent plus de 433.000 cas.
L'Espagne semble "atteindre un plateau" avec 163.000 cas, selon Jérôme Salomon. L'Italie connaît quant à elle une "très lente régression", avec 140.000 cas, et compte plus de 18.000 morts. Le Royaume Uni compte 61.000 cas et 8.000 morts, et l'Allemagne déplore "plus de 2.300 morts".
mjl/vl/APMnews polsan-une

[MJL4Q8J8JM]

A lire aussi