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Les mesures financières annoncées pour le personnel hospitalier jugées insuffisantes

PARIS, 16 avril 2020 (APMnews) - Les annonces sur l'octroi de primes et d'une majoration plus importante des heures supplémentaires pour reconnaître la mobilisation du personnel hospitalier durant la crise sanitaire sont jugées insatisfaisantes par plusieurs collectifs et syndicats, qui se sont exprimés par voie de communiqués ou auprès d'APMnews.
Le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé mercredi qu'une prime de 1.500 € serait versée au personnel des hôpitaux situés dans les départements les plus touchés par l'épidémie, ainsi qu'au personnel des services ayant accueilli des cas de Covid-19 dans l'ensemble des hôpitaux du territoire national (cf dépêche du 15/04/2020 à 16:04).
Tous les autres personnels des hôpitaux toucheront une prime de 500 €. Les heures supplémentaires effectuées à l'hôpital pendant la crise sanitaire seront "valorisées beaucoup plus fortement que les heures supplémentaires habituelles, à hauteur de 50% en plus".
"Nous demandons une revalorisation des grilles salariales de la carrière hospitalière", a rappelé avec insistance auprès d'APMnews Jacques Trévidic, président d'Actions praticiens hôpital (APH). "Ce n'est pas une prime de feu qui changera la donne", a-t-il affirmé en considérant que l'annonce de cette prime n'était "absolument pas suffisante".
Il a estimé que l'annonce des primes pour les personnels hospitaliers "pose aussi un problème d'équité" avec les autres catégories soignantes qui ne travaillent pas à l'hôpital, comme les médecins généralistes ou les pharmaciens d'officine, qui rencontrent des difficultés économiques importantes du fait d'une chute de leur activité.
"Il est difficile de ne pas saluer cette aumône", ont par ailleurs réagi jeudi dans un communiqué jeudi les collectifs Inter-hôpitaux et Inter-Urgences.
Mais ils regrettent "la différence de traitement" qui résulte de ces annonces. "Quelle définition géographique alors que l'épidémie est loin d'être finie, à partir de combien de patients contaminés estime-t-on l'exposition professionnelle?", interrogent-ils.
"La majorité du personnel hospitalier sera moins bien rémunérée que les autres corps de la fonction publique" malgré "la réorganisation majeure de leur hôpital, la tension permanente, le risque de contamination (qui ne s'arrête pas au seul personnel soignant), parfois l'ostracisation".
"Si ces primes tendent à reconnaître le travail des fameuses 'premières lignes', alors la question du rééquilibrage des salaires dans la moyenne internationale doit être traitée", réaffirment les collectifs.
Ils rappellent les revendications portées depuis le début de la mobilisation dans les hôpitaux il y a plus d'un an, c'est-à-dire l'augmentation du nombre de lits, "un recrutement massif de personnel pour les mettre autour de ces lits" et une "revalorisation des salaires de 300 € nets [par mois, ndlr] pour rendre effectif ce recrutement".
"Rien de tout cela n'est évoqué aujourd'hui alors que ce qui faisait défaut hier est plus que jamais d'actualité", considèrent les collectifs.
Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, a promis le 25 mars un "plan massif d'investissement" pour l'hôpital, ainsi qu'une "revalorisation de l'ensemble des carrières", une fois achevée la crise sanitaire, rappelle-t-on (cf dépêche du 25/03/2020 à 21:36).
Dans un communiqué diffusé mercredi, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC) a également exprimé sa déception.
Il a relevé que la prime d'attractivité territoriale qui découle du plan "Investir pour l'hôpital" de novembre 2019 ne touchait déjà que très partiellement le personnel. Le décret "a réservé cette prime à quatre départements sur 100, et elle n’a concerné que 11% des infirmières de l’AP-HP, celles du premier échelon", a précisé Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI, cité dans le communiqué.
Par ailleurs, "de nombreuses infirmières sont déplacées de leurs services pour renforcer ponctuellement les effectifs des services Covid: qu’en sera-t-il pour elles? Au final, c’est trier entre les soignants, le principe même de dire que les uns seraient plus méritants choque tout le monde".
Le SNPI rappelle qu'il réclame "une revalorisation du salaire infirmier de 300 € par mois". Dans la plupart des pays de l’OCDE, "le salaire des infirmiers est au-dessus du salaire moyen de l’ensemble des travailleurs de son pays. 24e sur 29, la France est la seule exception du G20", souligne-t-il.
La majorité des heures supplémentaires n'étant "ni payées ni récupérées, les effets [de la majoration annoncée] vont être limités", considère également le SNPI. "C’est plus un effet de communication qu’une majoration salariale".
Pour le personnel des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et des services à domicile du secteur médico-social, le premier ministre a annoncé une prime dont les modalités de financement doivent être discutées avec les conseils départementaux. "Ces services en grande souffrance doivent bénéficier sans attendre des mêmes mesures que les hôpitaux", plaide le SNPI (cf dépêche du 16/04/2020 à 21:13).

Les internes concernés, avec une revalorisation des indemnités de garde

L'Intersyndicale nationale des internes (Isni) a salué "le geste" de l'exécutif. Le ministère des solidarités et de la santé a confirmé mercredi à l'organisation que les internes seront concernés par la prime de 1.500 € et celle de 500 €.
S'agissant des services ayant accueilli des patients Covid, "nous attendons des précisions sur les critères car des unités non étiquetées comme telles ont accueilli beaucoup de patients" contaminés, a expliqué à APMnews Léonard Conti, secrétaire général de l'Isni. "Nous attendons aussi la confirmation que les stages en cabinet, en ambulatoire, sont également inclus" dans cette mesure.
"Etant donné que les internes ne sont pas concernés par les heures supplémentaires, puisqu'ils n'ont pas de décompte de leur temps de travail, la solution qui a été proposée est de revaloriser les indemnités de garde pendant la période", en remplacement de la majoration annoncée, a-t-il ajouté. Les modalités de cette mesure doivent également être précisées.
"Nous souhaitons désormais évoquer l’après-crise et notamment ouvrir la voie à une véritable revalorisation statutaire des internes de médecine et de chirurgie", a demandé l'Isni dans son communiqué.

FO craint une "usine à gaz"

"Seuls quelques fonctionnaires seront 'récompensés' et non tous [...] sur la base du 'surcroît de travail'!", a réagi la fédération des personnels des services publics et des services de santé Force ouvrière (FO) dans un communiqué. "Une fois de plus le gouvernement joue la division et privilégie les finances à l’humain", a-t-elle dénoncé en rappelant qu'elle revendiquait le paiement de cette prime à l’ensemble des personnels sur la base des bulletins de paye édités fin mars.
S'il faut "attendre le détail des textes instituant le dispositif de prime exceptionnelle, afin d’en connaître exactement le périmètre dans les 30 départements, et 108 établissements" concernés, la fédération estime que "les éléments délivrés ce jour par le ministre annoncent déjà une 'usine à gaz', notamment sur la détermination des heures supplémentaires majorées à 50%".
"Toutes ces mesures à géométrie et géographie variable ajouteront de la confusion et de la colère auprès des hospitaliers", ajoute-t-elle en annonçant qu'elle réclamera "un engagement écrit sur un nouvel agenda social" ainsi que le "retrait immédiat de la loi de la transformation de la fonction publique, de la loi Ma santé 2022 et du projet de réforme des retraites".
De son côté, le syndicat national des médecins hospitaliers FO a précisé dans un communiqué séparé que la fédération FO des services publics et de santé avait "déposé plainte contre X", à l'instar du collectif Inter-Urgences, portant sur les faits d'abstention volontaire de prendre les mesures visant à combattre un sinistre, homicides et violences involontaires, ainsi que mise en danger délibérée de la vie d’autrui (cf dépêche du 27/03/2020 à 17:02).

Droit d'alerte de SUD

Dans un communiqué jeudi, la fédération Sud santé sociaux a fait savoir qu'elle avait déposé un "droit d'alerte, envoyé ce jour à la DGOS [direction générale de l'offre de soins], à la DGSC [direction générale de la cohésion sociale], au CHSCT [comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail] du conseil supérieur de le fonction publique hospitalière, au ministre des solidarités et de la santé, à la ministre du travail, au premier ministre, et au président de la république".
Elle dénonce notamment le manque d'équipements de protection individuelle pour les salariés, ainsi que "le manque de tests et l’absence de perspective d’en avoir en nombre suffisant pour un dépistage massif envers les professionnels et la population" .
La fédération réclame une série de mesures pour garantir la sécurité des agents. "Partout où [l']obligation de protection ne serait pas mise en oeuvre, et là où les équipes subiraient un risque grave et imminent de contamination pouvant aller jusqu'à perdre la vie, [...] notre intention est de les aider à exercer leur droit de retrait légitime", prévient-elle.
mlb-san/eh/APMnews

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