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Retrait de l'article du Lancet montrant une surmortalité associée à la prise d'hydroxychloroquine

LONDRES, 5 juin 2020 (APMnews) - Trois des quatre auteurs de l'étude publiée par The Lancet suggérant une surmortalité des patients atteints de Covid-19 traités par hydroxychloroquine avec ou sans macrolide ont retiré leur article en raison de doutes sur la fiabilité des données sources traitées par l'entreprise américaine Surgisphere, a fait savoir la prestigieuse revue britannique jeudi soir.
L'étude publiée le 22 mai était théoriquement basée sur les données d'hospitalisation de plus de 96.000 patients pris en charge dans 671 hôpitaux répartis sur six continents (cf dépêche du 22/05/2020 à 17:28). Elle concluait à un sur-risque de mortalité chez les patients exposés à l'hydroxychloroquine avec ou sans macrolide.
Face à l'ampleur de cette étude, qui n'était pas la première à mettre en évidence un sur-risque de mortalité, de nombreuses autorités sanitaires à travers le monde, notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont pris des mesures pour restreindre le recours à ce médicament, y compris dans les essais cliniques, rappelle-t-on (cf dépêche du 27/05/2020 à 16:05, dépêche du 27/05/2020 à 11:48, dépêche du 26/05/2020 à 10:00).
Dans un erratum mis en ligne samedi 30 mai, The Lancet avait signalé quelques erreurs (notamment le fait que les données d'un hôpital asiatique avaient été analysées comme étant d'Australie) mais estimait que les conclusions de l'étude n'étaient pas remises en cause.
Dans une lettre ouverte aux auteurs de l'étude et à l'éditeur du Lancet, 120 chercheurs et cliniciens avaient formulé des doutes sur les données sources et l'analyse conduite, rappelle-t-on (cf dépêche du 02/06/2020 à 13:21).
Jeudi soir, The Lancet a publié la rétractation de cette étude par trois de ses auteurs: Mandeep Mehra, cardiologue à la Harvard Medical School à Boston, Frank Ruschitzka, cardiologue au CHU de Zurich et Amit Patel, chirurgien cardiaque de l'université d'Utah à Salt Lake City.
Dans leur rétractation, ils expliquent avoir voulu vérifier les données et les analyses conduites par la société Surgisphere et son fondateur Sapan Desai, coauteur de l'étude initiale.
Ils ont lancé un audit indépendant avec le consentement de Sapan Desai, afin de vérifier la fiabilité des données sources et répliquer les analyses effectuées.
Mais, Surgisphere a refusé de transmettre les données complètes aux reviewers indépendants missionnés qui n'ont, de fait, pas été en mesure de réaliser leur mission.
Les trois auteurs estiment ne pas pouvoir "garantir la véracité des données sources" utilisées dans leur étude, raison pour laquelle ils ont demandé son retrait.
Dans un communiqué de presse accompagnant ce retrait, The Lancet affirme prendre les questions d'intégrité scientifique extrêmement au sérieux. "Il y a de nombreuses questions sur Surgisphere et les données utilisées dans cette étude", estime la revue médicale.
Elle considère "urgent" de conduire des audits des collaborations de recherche de Surgisphere.
Dans la foulée, The New England Journal of Medicine (NEJM) a également diffusé un communiqué de presse pour annoncer la rétractation d'un article dont l'analyse se basait également sur des données fournies par Surgisphere. L'article démentait le potentiel délétère des inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA-II) dans le Covid-19.
Cette fois, l'ensemble des auteurs, parmi lesquels Mandeep Mehra et Amit Patel, ont demandé le retrait de l'article, y compris le fondateur de la société américaine Sapan Desai. Les auteurs expliquent ne pas être en mesure de "valider les données sources" utilisées dans leur article.
The Guardian a révélé mercredi que parmi les cinq employés identifiés sur la page LinkedIn de la société Surgisphere fin mai, figuraient un auteur de science-fiction et un mannequin de charme. Mercredi, la page LinkedIn de l'entreprise ne mentionnait plus que trois employés.
Par ailleurs, le quotidien britannique précisait que son fondateur, le chirurgien Sapan Desai, fait l'objet de trois procédures pour faute médicale aux Etats-Unis.
vib/ab/APMnews

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