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Impact de l'épidémie de Covid-19: 2 millions de séjours non réalisés en MCO de mi-mars à fin juin (FHF)

PARIS, 23 novembre 2020 (APMnews) - Entre mi-mars et fin juin, 2 millions de séjours n'ont pas été réalisés dans les établissements de médecine, chirurgie, obstétrique (MCO) en raison de l'épidémie de Covid-19, ont estimé jeudi Stéphane Finkel, statisticien au pôle finances de la Fédération hospitalière de France (FHF), et Fabienne Séguret du département de l'information médicale (DIM) au CHU de Montpellier.
Ils sont intervenus lors du Séminaire national des hospitaliers (SNHosp), organisé jusqu'à vendredi en visioconférence par la FHF et la Société francophone d'information médicale (Sofime), afin de donner une estimation de l'impact de l'épidémie de Covid-19 sur l'activité hors Covid en France.
Au cours de la 1re vague de l’épidémie, "le recours aux soins en général et à l’hospitalisation en particulier a été fortement perturbé", a observé Stéphane Finkel. "Les patients sont moins venus à l’hôpital, d’une part parce que l’offre a été entravée voire stoppée et, d’autre part, car certains ont préféré retarder leur venue, probablement effrayés par la situation", a-t-il poursuivi, s'inquiétant des effets délétères potentiels de ces variations "inédites", en termes de "décès ultérieurs".
L'étude a été réalisée à partir des données du programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI) et a porté sur 4 périodes de 8 semaines avant, pendant et après le 1er confinement ainsi que sur les 8 semaines de la période estivale, comparées aux mêmes périodes de 2019.
Elle montre une baisse d'activité de 39% en médecine en hospitalisation complète, 53% en médecine ambulatoire, 58% en chirurgie en hospitalisation complète et jusqu'à 80% en chirurgie ambulatoire.
Les deux intervenants ont également observé qu'il n'y avait pas eu de rattrapage dans les mois qui ont suivi, si ce n'est un "faible frémissement" en ambulatoire pendant l'été.
Leur analyse fait apparaître des variations géographiques liées à la progression du front épidémique ou aux organisations locales.
Dans l'ensemble, les établissements publics ont pris en charge la grande majorité des cas de Covid. L'activité du secteur privé a davantage souffert en hospitalisation complète pendant le confinement mais la reprise a été plus rapide sur leurs activités traditionnelles, comme la chirurgie ambulatoire.
"Devant cette crise très complexe d’importance inédite, on est quand même inquiets sur les retards de diagnostic et les retards de traitement, qui risquent d’impacter les indicateurs de morbidités et mortalité à terme", a alerté Fabienne Séguret, responsable de l'unité d'évaluation et d'analyse épidémiologique sur les bases nationales d'activité hospitalière au sein du DIM du CHU de Montpellier.

Pas de rattrapage pour la chirurgie en hospitalisation complète

Pour la chirurgie en hospitalisation complète, la baisse a atteint 58% en moyenne au niveau national pendant le confinement et 21% dans les 8 semaines qui ont suivi, a détaillé Stéphane Finkel. Au total, sur les 8 semaines du confinement et les 8 suivantes, ce sont près de 330.000 séjours de chirurgie en hospitalisation complète attendus qui n’ont pas été réalisés en France sur une activité qui a atteint 820.000 séjours en 2019 sur la même période.
"Le début de rattrapage espéré à partir de l’été n’a pas été observé puisqu’il semble que l’activité a été analogue [à celle] de l’été 2019", a constaté Stéphane Finkel. "On le sait maintenant, ces 330.000 séjours ne seront ni rattrapés en été ni sur la fin de l’année".
Un tableau présenté lors de la session du SNHosp montre que, pour les établissements publics, la baisse était de -53% pendant le confinement, -23% les semaines post-confinement et -7% pendant l'été. Ces chiffres s'élevaient respectivement à -56%, -23% et -2% pour les établissements de santé privés d'intérêt collectif (Espic) et à -64%, -19% et +1% pour les cliniques.
Un zoom sur les hospitalisations pour polytraumatismes permet de mettre en évidence une forte diminution pendant le confinement (environ 35% de cas hospitalisés en moins par rapport à 2019), qui peut être liée à la baisse du trafic automobile. Cela représente 850 séjours en moins sur les 3.400 attendus pendant les 16 semaines qui ont précédé l’été.

Près de 1.000 transplantations en moins

S'agissant des transplantations, l'activité a été "extrêmement touchée" malgré son "caractère crucial voire vital", avec 1.000 des 2.000 transplantations attendues qui n’ont pas eu lieu pendant la 1re vague, a rapporté Stéphane Finkel. "Et il semble que la suite de l’année soit également délétère pour les patients sur liste d’attente".
Pour les transplantations hors rein (coeur, foie, poumons, pancréas…), le bilan est "globalement très négatif", avec une activité qui a chuté de 29% pendant la période englobant le confinement et les 8 semaines suivantes.
"La région Paca [Provence-Alpes-Côte-d'Azur] n’a transplanté qu’à 26 reprises" (hors reins), "contre 50 en 2019 sur la même période". Néanmoins, le Centre-Val de Loire et les Pays de la Loire sont restés sur une activité stable, autour de 55 transplantations à elles-deux au cours des 16 semaines considérées.
Ainsi, 200 transplantations n’ont pas eu lieu sur les 700 attendues, a indiqué Stéphane Finkel, tout en relevant qu'il y avait déjà eu une diminution d'activité avant le confinement (-22%), sans pouvoir l'expliquer. "Chaque baisse est généralement traduite par des pertes sèches en vie", a-t-il noté.
Pour les transplantations rénales, la situation est différente du fait de la situation d'urgence relative des patients sur liste d’attente mais aussi car l'activité a été officiellement suspendue dès le 16 mars en France. Cette activité a repris à compter du 22 avril mais les effets ne sont apparus qu’à partir de fin mai.
Pendant la période du confinement et les 8 semaines suivantes, environ 2 tiers de l'activité "s’est envolée", ce qui correspond à "750 greffes perdues sur les 1.200 attendues", et "malheureusement, il ne semble pas y avoir eu de rattrapage dans les 2 mois d’été", a observé Stéphane Finkel. En Occitanie, "seuls 12 résidents ont bénéficié d’un rein contre 94 à la même période de 2019".
Tout en restant prudent sur l’exhaustivité des données, il a aussi noté "un creusement de l’écart", avec "une courbe de 2020 qui reste désespérément en dessous de celle de 2019, semaine après semaine".

Chirurgie ambulatoire: léger rattrapage pendant l'été mais qui reste anecdotique

Quant à la chirurgie ambulatoire (incluant l'activité peu invasive diagnostique -endoscopie, coronarographie, polysomnographie- et thérapeutique comme la pose de stents ou les extractions dentaires), elle a "énormément souffert lors de la 1re vague", avec "une chute" de 80% pendant les 8 semaines du confinement (-76% dans le public, -75% pour les Espic et -82% pour les cliniques) et de 22% pendant les 8 semaines suivantes (respectivement -30%, -26% et -17%).
Au total, cela représente 1,1 million de séjours en moins par rapport à 2019 (2,1 millions de séjours de ce type pendant les 16 semaines analysées) et avec un fort impact dans toutes les régions.
"Toutefois, on observe un léger rattrapage cet été [+9% dans les cliniques, +7% pour les Espic mais -4% dans le public] mais il reste anecdotique eu égard au volume, sans comparaison avec la perte", a noté Stéphane Finkel. "Comment ne pas imaginer que cette chute aura un impact majeur en termes de santé publique, d’autant plus que le déficit en soins va certainement encore s’accroître avec la 2e vague actuelle?", a-t-il alerté.
Un zoom sur la chirurgie de la cataracte montre un arrêt complet pendant le 1er confinement, avec près de 150.000 chirurgies non réalisées, auxquelles on peut ajouter encore 50.000 opérations non faites dans les semaines qui ont suivi, soit presque 200.000 actes en moins sur 3 mois et demi (par rapport aux 300.000 réalisés sur la même période en 2019). Les régions n’ont pas repris toutes à la même vitesse à la fin du confinement.
"Même si on constate que les chirurgiens, notamment privés, ont mis les bouchées doubles pendant l’été pour rattraper un peu le retard, cela ne représente que le comblement de 13.000 actes tout au plus", a-t-il pointé.
Enfin, sur les coloscopies diagnostiques, ce sont 140.000 actes en moins qui ont été recensés, par rapport aux 240.000 réalisés en 2019, "avec des conséquences probablement catastrophiques pour certaines prises en charge", a observé Stéphane Finkel.

8% d'AVC, 12% d'AIT et 9% d'infarctus du myocarde hospitalisés en moins

S'agissant de la médecine, Fabienne Séguret a estimé que, du 16 mars au 10 mai, l'activité en hospitalisation complète avait été réduite de près de 40% (-330.000 séjours) et celle réalisée en ambulatoire de 53% (-175.000), avec une baisse qui touche tous les types d’établissements. Du 1er janvier au 30 août, ces taux s'atténuent à respectivement -17% (-628.000 séjours) et -14% (-200.000 séjours).
Fabienne Séguret a détaillé la situation des séjours pour accident vasculaire cérébral (AVC, hors réhospitalisations précoces et transferts), pour lesquels environ 3.300 séjours (17%) en moins ont été réalisés par rapport à 2019 pendant le confinement. Ce chiffre atteint plus de 4.500 séjours, sur la période allant du 16 mars au 30 août (-8%).
La même évolution est relevée sur les séjours pour accident ischémique transitoire (AIT): 1.650 en moins sur le confinement (27% de baisse) et près de 1.800 en moins jusqu'à fin août (-12%).
S'agissant des infarctus du myocarde, la baisse a pu atteindre 40% en avril. Fabienne Séguret a estimé à près de 3.841 la perte cumulée entre le 16 mars et le 10 mai, "soit 25% des infarctus qui n’ont pas été enregistrés par rapport à 2019", et à 4.181 jusqu’au 30 août (-9,5%). L'analyse du taux de recours à l'hospitalisation pour infarctus du myocarde par âge et genre fait apparaître une baisse plus importante pour les personnes âgées de plus de 80 ans.
Cela peut s'interpréter par "un effet protecteur du confinement avec une diminution des facteurs de risque (effort, pollution, stress, etc)" ou par d’autres facteurs (diminution de l’accès aux soins par peur de l'épidémie et augmentation possible des décès préhospitaliers, à vérifier avec les données de CépiDC), a-t-elle souligné. L’analyse est un peu compliquée par la dilution des effets sur la France entière, même si les mesures préventives ont été appliquées dans toutes les régions y compris celles moins touchées par la pandémie, a-t-elle ajouté.
cb/sl/APMnews

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