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Apnées centrales du sommeil: risque potentiel d'hyperventilation avec les machines de ventilation auto-asservie

PARIS, 23 novembre 2020 (APMnews) - Un risque d'hyperventilation semble exister avec l'ensemble des machines de ventilation auto-asservie utilisées pour traiter les patients atteints d'apnées du sommeil, qui devraient être télésuivis pour le vérifier, selon les résultats d'une étude présentée au congrès virtuel du sommeil, coorganisé la semaine dernière par la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS) et la Société de pneumologie de langue française (SPLF).
En France, le nombre de patients traités par ventilation auto-asservie est estimé entre 40.000 et 70.000. Il existe des indications à ce traitement (apnées centrales du sommeil, respiration de Cheyne-Stokes) mais pas de recommandations pour les réglages, a rappelé le Dr Dany Jaffuel du CHU de Montpellier lors d'une session orale.
En 2015, la Fédération française de pneumologie (FFP) avait appelé à ne plus prescrire ce traitement chez les insuffisants cardiaques en raison d'une surmortalité cardiovasculaire associée dans une étude dite SERVE-HF (cf dépêche du 18/05/2015 à 18:00). Il avait alors été évoqué des problèmes de réglages ou d'algorithmes de la ventilation auto-asservie, qui auraient induit une hyperventilation.
"Cette hyperventilation aurait généré soit des problèmes métaboliques et finalement, un trouble du rythme cardiaque soit des hyperpressions thoraciques qui auraient engendré une dysfonction ventriculaire gauche", a exposé le médecin. Mais quelle que soit l'hypothèse, deux questions persistent: cette surmortalité est-elle liée à l'algorithme de l'appareil de ResMed ou existerait-elle pour toutes les machines? Seuls les patients inclus dans SERVE-HF sont-ils concernés ou tous ceux qui sont traités par ventilation auto-asservie?
Pour y répondre, le Dr Jaffuel et ses collègues ont mené une étude indépendante, transversale, multicentrique, en "vie réelle", auprès de 177 patients traités par ventilation auto-asservie depuis plus d'un an (2,9 ans en médiane), soit par un appareil de ResMed (61,7%) soit par celui de Philips Respironics (38,3%). Aucune consigne de réglage n'avait été donnée aux huit experts investigateurs.
L'analyse des données a été réalisée en fonction du diagnostic initial de syndrome d'apnées du sommeil (central, obstructif, émergent sous traitement) et de groupes de patients selon différentes variables. Seule cette dernière a fait apparaître des différences dans les réglages, pressions et volumes pour un même type de machine.
Le Dr Jaffuel a tout d'abord fait observer que le volume est exprimé en médiane pour la machine de ResMed et en moyenne pour celle de Philips, ce qui ne permet pas de comparer les données, mais que pour une même machine, le volume généré diffère selon le profil de patient et les différences observées ne sont pas les mêmes entre les deux types de machine.
Par exemple, le volume généré le plus important avec l'appareil de Philips est observé chez les patients du groupe 5, qui ont des apnées obstructives du sommeil et une fraction d'éjection du ventricule gauche réduite, alors qu'avec celui de ResMed, c'est chez les patients du groupe 3, des hommes plus jeunes sans cardiomyopathie.
Les chercheurs ont ensuite examiné les données individuelles et l'analyse fait apparaître pour tous les groupes et toutes les machines, que "des patients semblent hyperventiler" et en particulier dans le groupe 5 dans lequel figurent des patients qui étaient potentiellement inclus dans ADVENT-HF, essai clinique évaluant l'appareil de Philips auprès de patients à la fois insuffisants cardiaques et apnéiques.
Cependant, les résultats présentés sont des moyennes des mesures effectuées sur six mois, sans recueil des événements cliniques survenant de manière synchrone.
Cette étude confirme qu'un risque d'hyperventilation semble exister chez les patients traités par ventilation auto-asservie, qu'il concerne toutes les machines, donc serait "un effet de classe", et tous les patients, a commenté le Dr Jaffuel.
Les résultats suggèrent aussi qu'il serait intéressant de recourir au télésuivi, sur des fenêtres plus resserrées de 7 jours, pour mesurer le volume-minute et la fréquence respiratoire et essayer de repérer des patients en hyperventilation, a-t-il conclu.
Ces résultats ont été publiés en ligne en septembre dans Respiratory Research, a indiqué le chercheur.
ld/sl/APMnews

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