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Covid-19: la HAS préconise de vacciner en priorité les résidents et professionnels à risque des Ehpad

SAINT-DENIS (Seine-Saint-Denis), 30 novembre 2020 (APMnews) - La Haute autorité de santé (HAS) a publié lundi une stratégie en 5 étapes de priorisation des vaccinations anti-Sars-CoV-2 en France, préconisant pour la phase initiale de réserver la vaccination aux résidents d'Ehpad et de service de long séjour ainsi qu'aux professionnels y travaillant, s'ils présentent un risque accru de forme grave de Covid-19.
L'agence sanitaire a été saisie le 20 octobre par le directeur général de la santé (DGS) afin de définir la priorisation des populations à vacciner en fonction de plusieurs éléments: le calendrier prévisionnel d’approvisionnement en vaccins, les quantités qui pourraient être disponibles, l’état des connaissances à date concernant les données cliniques disponibles et les effectifs de chaque catégorie.
Dans un avis diffusé fin juillet, la HAS avait formulé des recommandations préliminaires en vue d'anticiper l'élaboration de la stratégie vaccinale contre le Sars-CoV-2, dans un contexte où plusieurs vaccins étaient évalués dans le cadre d'essais cliniques. Elle avait alors retenu quatre scénarios possibles, selon le niveau de circulation du virus à l'arrivée des vaccins (cf dépêche du 28/07/2020 à 10:22).
Les recommandations préliminaires sur la stratégie de priorisation des populations à vacciner qu'elle publie lundi constituent une actualisation de ce précédent travail. Il s'agit d'un programme en 5 phases.
"Ces recommandations supposent que la balance bénéfice/risque des vaccins soit favorable dans les populations considérées", pointe la Haute autorité en préambule.
Pour la "phase initiale critique d’approvisionnement", elle recommande de vacciner en priorité:
  • les résidents d’établissements accueillant des personnes âgées et les résidents en service de long séjour (Ehpad, USLD...), soit environ 750.000 résidents
  • les professionnels exerçant dans les établissements accueillant des personnes âgées (en premier lieu en Ehpad, USLD...) présentant eux-mêmes un risque accru de forme grave ou de décès (plus de 65 ans et/ou présence de comorbidités), soit 90.000 personnes
Cette phase serait à déployer "dès la mise à disposition des premières doses de vaccin", ce qui est envisagé pour fin décembre-début janvier (cf dépêche du 24/11/2020 à 22:33 et dépêche du 26/11/2020 à 15:36).
Ces deux populations sont considérées comme "toutes premières prioritaires" à la fois en raison de leur vulnérabilité (âge et/ou comorbidités) et de leur exposition accrue au Sars-CoV-2, les Ehpad ayant comptabilisé un tiers des plus de 52.000 décès de patients Covid-19 recensés à ce jour.
Ensuite, dès lors qu’un "nombre plus important de doses" sera disponible au cours de la deuxième phase d’approvisionnement, la vaccination devra cibler en priorité:
  • les personnes de 75 ans et plus, en commençant par les personnes les plus âgées et/ou celles avec comorbidités (6,4 millions de personnes)
  • puis les personnes de 65-74 ans, soit 7,3 millions de personnes (en priorisant, en cas d'insuffisance de doses, les 3 millions de personnes avec comorbidités)
  • puis les professionnels des secteurs de la santé et du médico-social âgés de 50 ans et plus et/ou avec comorbidités, quel que soit le mode d’exercice (1,2 million environ)

Les femmes enceintes et les mineurs pas priorisés pour la vaccination

Les populations prioritaires lors de la troisième phase, définie par une "montée en charge de l’approvisionnement en vaccins", seront d'une part les personnes à risque -du fait de leur âge (50-65 ans) ou de leur(s) comorbidité(s)- qui n'auraient pas été vaccinées antérieurement (17 millions de personnes), et d'autre part les professionnels des secteurs de la santé et du médico-social également non vaccinés antérieurement.
Les opérateurs et professionnels des secteurs "essentiels" au fonctionnement du pays en période épidémique (sécurité, éducation, alimentaire, banque, transports) pourraient également, pour cette 3e phase, être "considérés par le gouvernement", écrit la HAS, tout en précisant que la désignation de ces professions ne relève pas d’un avis "fondé sur des données scientifiques", ces dernières étant limitées.
La quatrième phase se déroulera dans un contexte où "l’approvisionnement en vaccins aura déjà permis de cibler les populations présentant les facteurs de risque de gravité les plus importants". Il pourra donc être envisagé "d’élargir les populations à vacciner à celles présentant un risque accru d’infection et qui n’auraient pas été vaccinées antérieurement du fait de leur âge ou de leurs comorbidités".
La priorité devra alors être mise sur les professionnels dont les conditions ou l’environnement de travail favorisent l’infection (contacts réguliers avec du public, milieux clos, promiscuité, conditions de température et d’humidité), ainsi que sur les personnes susceptibles de présenter un pronostic moins favorable "en raison de leur vulnérabilité, de leur niveau socio-économique, de leur précarité ou de leur mode d’hébergement favorisant la promiscuité" (sans domicile fixe, détenus, résidents d’établissements psychiatriques ou de foyers...).
Pour la cinquième phase, "les autres tranches de la population susceptibles d’être infectées (individus de plus de 18 ans et sans comorbidité) pourraient commencer à être vaccinées", écrit la HAS, tout en soulignant qu’il est "prématuré d’estimer le taux de couverture vaccinale qui pourrait être attendu dans chacune des populations considérées".
Elle recommande aussi de suivre "l’acceptabilité de la vaccination dans ces populations, qui peut varier dans le temps".
Par ailleurs, "en raison de la faible inclusion (voire de l’exclusion) des femmes enceintes et des moins de 18 ans dans les essais cliniques en cours, la vaccination de ces populations n’est pas priorisée, à ce stade", note la HAS.

Objectifs initiaux: réduire la morbi-mortalité et maintenir les activités essentielles

Pour élaborer ce programme en 5 phases, la Haute autorité a pris en compte les nouvelles données disponibles depuis juillet sur l'efficacité des candidats vaccins déjà disponibles, l’allocation "limitée et progressive" des doses de vaccin en France et en Europe, et l'évolution du contexte épidémique (forte circulation virale sur l’ensemble du territoire en octobre et novembre, soit le premier scenario de l'avis de juillet).
Elle note que les données d'efficacité vaccinale disponibles à ce jour ne concernent que les infections symptomatiques et ne permettent donc pas d'évaluer l'intérêt des vaccins vis-à-vis de la transmission virale et que, en outre, l'allocation limitée des doses ne permettra pas d'obtenir d'emblée une couverture vaccinale susceptible d'induire une immunité collective.
De fait, les objectifs "initiaux" du programme de vaccination contre le Sars-CoV-2 seront de "réduire la morbi-mortalité attribuable à la maladie (hospitalisations, admissions en soins intensifs et décès)" et de "maintenir les activités essentielles du pays et particulièrement le maintien du système de santé en période d’épidémie".
La HAS recommande, "au cours de ces phases critiques d’allocation optimisée des doses, qu’un suivi de la distribution des doses soit opéré afin de remobiliser autant que de besoin des doses vers des publics prioritaires".
Elle rappelle qu'elle "ne préconise pas, à ce stade, de rendre obligatoire la vaccination contre la Covid-19, que ce soit pour la population générale ou pour les professionnels de santé", et insiste sur "la nécessité d’une information claire et accessible des publics à toutes les phases de mise à disposition des vaccins".
Par ailleurs, les données disponibles à ce stade "ne permettent pas d’orienter une vaccination des individus selon leur statut infectieux vis-à-vis du Sars-CoV-2 ni selon l’immunité conférée par une infection antérieure au Sars-CoV-2", note la HAS.
Elle recommande enfin la mise en place d’un suivi de la vaccination afin de "permettre la collecte de données et une actualisation des présentes recommandations", et précise qu'elle tiendra compte de l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), "attendu avant la fin de l’année", pour faire évoluer ses recommandations vaccinales.
sb/hc/APMnews

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