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Covid-19 sévère: le plasma de convalescents sans effet quand le taux d'anticorps neutralisants est déjà élevé

SAN FRANCISCO, 15 mars 2021 (APMnews) - L'administration de plasma de convalescents chez des patients souffrant d'une forme sévère de Covid-19 n'a pas eu d'effet sur la mortalité, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que ces patients présentaient déjà des taux élevés en anticorps neutralisants anti-Sars-CoV lors de leur admission à l'hôpital, selon des données de phase II/III présentées à la Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) 2021.
De nombreuses études ont été lancées sur le traitement par plasma de convalescents depuis le début de l'épidémie de Covid-19, avec des résultats contrastés (cf dépêche du 13/01/2021 à 23:00).
Carlijn Jordans de l'Erasmus University Medical Center à Rotterdam (Pays-Bas) a présenté les résultats de l'essai randomisé CONCOVID, dont l'objectif était d'évaluer l'efficacité et la sécurité du plasma de convalescents chez des adultes hospitalisés pour une forme symptomatique de Covid-19 (documentée par PCR). Les patients sous ventilation mécanique depuis plus de 96 heures ou déficients en IgA étaient exclus.
Les donneurs de plasma, recrutés par le biais des réseaux sociaux, devaient être asymptomatiques depuis au moins 14 jours. Ils ont été sélectionnés sur la base de leurs titres en anticorps neutralisants anti-Sars-CoV-2, déterminés par séroneutralisation par réduction des plages de lyse (PRNT50). Un résultat d'au moins 1:80, correspondant à des titres "élevés", était requis.
L'essai a été mené en ouvert dans 14 hôpitaux néerlandais et les premières inclusions ont eu lieu en avril 2020. Les patients ont été randomisés à parts égales entre une administration de 300 mL de plasma de convalescents en complément des soins standard, ou les soins standard seuls.
Un peu plus de 400 patients devaient être inclus mais l'essai a finalement été interrompu pour futilité, sur recommandation du comité indépendant de surveillance et de suivi de l'essai (DSMB), après l'inclusion de 86 patients.
Ces patients (63 ans en médiane) présentaient à l'inclusion des symptômes de Covid-19 depuis 10 jours en médiane et étaient hospitalisés depuis 2 jours.
Le critère principal d'évaluation, défini par la mortalité à 60 jours, n'a pas été atteint: il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les deux groupes après ajustement sur les covariables.
Une absence d'effet du traitement sur le score de sévérité de la maladie à J15 et sur le délai avant sortie de l'hôpital a été constatée. Il n'y avait pas non plus d'effet sur la clairance virale au niveau des voies respiratoires, sur le développement d'anticorps anti-Sars-CoV-2 et sur les taux sériques de cytokines pro-inflammatoires.
Les chercheurs pointent que la plupart des patients (44 sur 56, soit 79%) possédaient en réalité déjà des anticorps neutralisants lors de leur admission à l'hôpital. Ces titres étaient "comparables" à ceux mesurés chez les donneurs de plasma.
L'absence d'effet clinique constaté dans cette étude "s'explique très probablement par les titres en anticorps neutralisants déjà très hauts mesurés le jour de l'inclusion" chez les patients, a pointé Carlijn Jordans.
Elle a estimé que le plasma de convalescents devait être étudié le plus précocement possible au cours de la maladie, ou du moins avant que ne se mette en place une réponse humorale autologue.
Selon elle, des différences dans le timing d'administration du plasma ou dans les niveaux préexistants d'immunité anti-Sars-CoV-2 chez les patients pourraient expliquer l'efficacité variable du plasma de convalescents observée dans les précédents essais.
Les chercheurs ont débuté aux Pays-Bas la phase III COV-EARLY, qui évalue l'efficacité, la faisabilité et la sécurité de l'administration, dans une fenêtre de 7 jours suivant l'apparition des symptômes, de plasma de convalescents chez des patients Covid-19 non hospitalisés à risque élevé d'évolution vers une forme sévère.
sb/ab/APMnews

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