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Covid en Ile-de-France: les transferts de patients ralentis par de nombreux refus des familles

(par Caroline BESNIER et Maryannick LE BRIS)
PARIS, 16 mars 2021 (APMnews) - Les transferts de patients en réanimation sont plus difficiles à organiser qu'en première vague, car ils butent plus souvent sur le refus des familles, ont expliqué à APMnews des acteurs hospitaliers de la région, tandis que la direction générale de la santé (DGS) a précisé que les évacuations par train sanitaire sont désormais prévues "la semaine prochaine".
La déléguée régionale de la Fédération hospitalière de France (FHF), Alice Jaffré, a indiqué mardi à APMnews qu'il y avait finalement moins de transferts qu'initialement prévus depuis l'Ile-de-France en raison du refus des familles.
Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a déclaré dimanche qu'après 6 transferts ce week-end depuis des hôpitaux franciliens vers les Pays de la Loire et la Nouvelle-Aquitaine, les évacuations allaient s'intensifier avec 6 évacuations par moyen aéroporté par jour, puis une opération "plus massive", au moyen d'un TGV médicalisé. Celui-ci était annoncé pour jeudi et "une centaine" de transferts étaient envisagés cette semaine (cf dépêche du 15/03/2021 à 11:10).
La direction générale de la santé (DGS) a précisé mardi à APMnews que lundi, "4 Evasan ont été réalisées depuis l'Ile-de-France, deux vers les Pays de la Loire via HéliSmur et 2 vers l’Occitanie via avion sanitaire Twin Jet médicalisé Samu".
"Il est prévu pour cette semaine l’organisation d’Evasan [évacuations sanitaires] 'perlées' par voie aérienne de patients de réanimation Covid d’Ile-de-France, vers les régions de l’Ouest, moins en tension."
Des évacuations "d’un plus grand nombre de patients, par train sanitaire, seront organisées la semaine prochaine, si la situation des tensions dans les services de réanimation le nécessite", selon la DGS.
Le déclenchement du palier 3 par l'agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France, la semaine dernière, "permet dans les établissements d'avoir un à deux lits de libres, ce qui est une marge de manoeuvre extrêmement étroite", a expliqué mardi à APMnews le Dr Michèle Granier, présidente de la conférence des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de CH d'Ile-de-France, présidente de la CME du Centre hospitalier Sud Francilien (Corbeil-Essonnes).
Le palier 3 correspond à un objectif de déprogrammation de 40%, visant une capacité de 1.577 lits de soins critiques pour absorber l'afflux de patients Covid, rappelle-t-on. Lundi, 1.166 patients Covid étaient en réanimation dans la région.
Sur la trentaine de lits de soins critiques ouverts au Centre hospitalier Sud Francilien, quasiment tous étaient occupés mardi, les deux tiers par des patients Covid, l'autre tiers par des patients non Covid.
Les transferts ont été décidés pour délester les hôpitaux avant qu'ils ne soient complètement débordés. Mais "ils s'avèrent plus complexes que l'année dernière", a confirmé Michèle Granier.
En mars 2020, ils sont intervenus "dans le contexte où nous étions déjà confinés, quand nous étions arrivés à une totale saturation", sans autre solution que celle des transferts, a-t-elle relevé. "L'année dernière, les visites étaient interdites", ce qui n'est pas le cas actuellement, même si elles sont permises à condition de respecter un protocole. En première vague, "que le patient était à Bordeaux ou à Paris, c'était la même chose, de toute façon il n'y avait pas de visite".
"Quand nous demandons à la famille l'autorisation de transférer" leur proche, "cela signifie pour elle soit de ne pas rendre visite au patient, soit de se déplacer et de rester sur place", par exemple à l'hôtel. Cette option leur est proposée "non pas pour une meilleure prise en charge, mais pour la collectivité, pour libérer des lits".

"On n'arrivera pas à libérer des lits" (Frédéric Adnet)

Le résultat est "que c'est plus complexe pour avoir l'autorisation des familles".
Si des patients de Seine-et-Marne et d'hôpitaux de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) ont été transférés ce week-end, "initialement, il était prévu de soulager en priorité le Val-de-Marne, totalement saturé", a souligné Michèle Granier.
Pour l'instant, "un à deux patients par établissement sont éligibles" au transfert, selon Michèle Granier. Au CHSF, "nous avions deux patients qui devaient partir demain, un couple d'une soixantaine d'années, mais leur fille a refusé".
Un protocole à l'entrée des patients en réanimation serait en préparation pour mieux informer les familles sur un éventuel transfert dans une autre région, mais n'exclurait pas pour autant la recherche de l'accord des proches, a-t-on appris de source hospitalière.
Contacté mardi, le Dr Frédéric Adnet, chef de service du Samu de Seine-Saint-Denis et des urgences de l'hôpital Avicenne (Bobigny), a indiqué qu'après un transfert effectué ce week-end, cet hôpital n'avait mardi "aucun transfert programmé, puisque pour le seul programmé, la famille a refusé".
"On se heurte à un refus massif des familles", a-t-il attesté. "Il y a un vrai changement quand on leur dit que leur proche va partir à l'autre bout de la France", alors qu'en première vague, il était moins évident du fait de l'interdiction des visites et du confinement.
Les critères de stabilité hémodynamique et respiratoire des patients sont les mêmes qu'au printemps, a-t-il indiqué.
"Hier il y avait trois patients" qui auraient pu partir, or "les familles ont refusé".
Si les transferts ne sont pas effectués en nombre suffisant, ce sera "dramatique, car on n'arrivera pas à libérer des lits", a-t-il poursuivi, soulignant que l'hôpital d'Avicenne est arrivé à "100%" de saturation en soins critiques.
"Initialement on avait 16 lits de réanimation, actuellement on a ouvert 29 lits de soins critiques pour accueillir les patients Covid+ et Covid-", a-t-il précisé.
A l'hôpital Avicenne, "on en est à 25% de déprogrammation", a ajouté Frédéric Adnet. Si "la déprogrammation était facile lors de la première vague", il y a désormais "une pression des Covid-" qu'il faut continuer à prendre en charge, a-t-il expliqué, soulignant que la situation était hétérogène selon les territoires.
Les acteurs hospitaliers font par ailleurs état d'un rajeunissement des patients en réanimation. La moyenne d'âge des patients est passée de 65 ans à "plutôt entre 61 et 62 ans", donc il y a eu "un rajeunissement, sans que l'on sache si cela est dû à la virulence du variant anglais ou au fait que les populations les plus âgées font d'une part, plus attention et d'autre part, sont plus vaccinées", selon Frédéric Adnet.
Plus qu'en première vague, "nous sommes davantage confrontés à l'hospitalisation de familles", a souligné Michèle Granier, ajoutant que le fils d'un couple en réanimation est aussi hospitalisé, en unité d'hospitalisation conventionnelle Covid.
Dans une nouvelle unité ouverte mardi au CHSF, qui compte actuellement 6 patients, "il y a un patient de 27 ans, un autre de 74 ans, deux patients de 40 ans, les deux autres ont aux alentours de 50 ans", a-t-elle illustré.
"On remarque aussi que l'on a très peu d'hospitalisation à partir des Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes]", sans doute sous l'effet de la vaccination.
S'agissant de la capacité à ouvrir des lits supplémentaires, les établissements sont, davantage qu'au printemps, confrontés à des difficultés sur le plan des ressources humaines, sachant qu'ils ne bénéficient cette fois pas de renforts d'autres régions, a ajouté Michèle Granier. Dans des établissements franciliens, "certains lits ne sont pas ouverts faute de personnels".
mlb-cb/ab/APMnews

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