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Covid-19: Emmanuel Macron appelle les Etats-Unis à lever les interdictions à l'export sur les vaccins

PORTO, 10 mai 2021 (APMnews) - Le président de la République, Emmanuel Macron, a appelé samedi les Etats-Unis à lever les interdictions à l'export sur les vaccins contre le Covid-19 et leurs ingrédients, jugeant une telle mesure prioritaire par rapport à une levée des brevets, dans une déclaration à l'issue du sommet social européen à Porto.
Mercredi, le président américain Joe Biden s'est prononcé en faveur d'une renonciation aux brevets, et Emmanuel Macron a affirmé le lendemain qu'il y était "tout à fait favorable", opérant un revirement de la position française, rappelle-t-on (cf dépêche du 06/05/2021 à 12:31).
Samedi, le président français a répété les arguments longtemps défendus par le gouvernement, notamment que la levée des restrictions aux exportations, les transferts de technologie pour permettre la fabrication des vaccins partout dans le monde et les dons de doses garantiraient plus rapidement un accès plus vaste aux produits que la levée des brevets.
Alors que la proposition de Joe Biden a été largement saluée comme un geste de solidarité internationale, Emmanuel Macron a affirmé que, contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, l'Union européenne (UE) avait exporté la moitié des doses de vaccins produites sur son territoire.
"Nous n'avons pas procédé comme les Américains, qui ont gardé pour eux-mêmes tout ce qu'ils ont produit", a dit le chef de l'Etat. "Nous avons été plus généreux que tous les autres réunis. Si je compare l'UE, les Britanniques, les Américains, nous sommes de loin ceux qui avons le plus exporté de doses produites sur notre continent."
"La proposition [sur les brevets] est tout à fait pertinente pour les temps à venir mais elle ne répond pas aux problèmes que nous avons aujourd'hui", a-t-il insisté.
"Nous devons travailler à ce que ce vaccin soit un bien public mondial [...] et donc j'appelle très clairement les Etats-Unis d'Amérique à mettre fin aux interdictions à l'export non seulement de vaccins mais de composants de ces vaccins qui empêchent la production", a déclaré Emmanuel Macron, citant l'exemple du laboratoire allemand CureVac, dont le dirigeant a déclaré à la presse ne pas pouvoir produire en raison de composants bloqués aux Etats-Unis (cf dépêche du 04/05/2021 à 18:08).
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a abondé dans le même sens, déclarant lors d'une conférence de presse après la première journée du sommet de Porto que l'UE devrait être ouverte à une discussion sur les brevets, mais que le partage de la technologie n'était pas un remède rapide à la pandémie.
"À court et moyen terme, la renonciation à la propriété intellectuelle ne résoudra pas les problèmes, elle n'apportera pas une seule dose de vaccin", a-t-elle déclaré.
Elle a appelé les grands producteurs de vaccins contre le Covid-19 à exporter ce qu'ils fabriquent, plutôt que de parler de renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins.
Elle a précisé qu'environ 50% des doses produites en Europe sont exportées vers près de 90 pays, dont ceux qui participent au programme Covax d'achat de vaccins à destination des pays en voie de développement.

Les pays européens divisés sur la levée des brevets

Seule une production plus importante, la suppression des barrières à l'exportation et le partage des vaccins déjà commandés pourraient aider immédiatement à lutter contre la pandémie, a ajouté la présidente de la Commission.
Lors du sommet de Porto, les dirigeants des Vingt-Sept devaient discuter de cette mesure mais ils étaient divisés sur son utilité. L'Italie la soutient mais l'Allemagne, où se trouve BioNTech qui détient un brevet sur le vaccin à ARNm développé conjointement avec Pfizer, s'est prononcée contre (cf dépêche du 07/05/2021 à 12:35).
"Personne ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous. Si la vaccination n'a lieu que dans les pays développés, notre victoire sur le Covid-19 ne sera que de courte durée. Nous voyons à quelle vitesse le virus mute, créant de nouvelles variantes qui entraînent de nouveaux défis", ont déclaré les dirigeants de la Belgique, de la Suède, de la France, du Danemark et de l'Espagne dans une lettre commune adressée à la Commission.
"Les vaccins sont devenus une politique de sécurité et l'UE ne peut pas se permettre d'être à la traîne; à cette fin, une capacité de production européenne accrue sera une priorité essentielle", ont-ils ajouté.
Certains responsables de l'UE estiment qu'il faudrait deux ans pour que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se mette d'accord sur ces dérogations, ce qui les rendrait probablement sans intérêt pour la pandémie actuelle.
rtrs/lle/rm/APMnews

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