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La HAS recommande le recours à des équipes mobiles pour vacciner les adolescents contre le Covid-19

SAINT-DENIS (Seine-Saint-Denis), 3 juin 2021 (APMnews) - Dans un avis favorable à la vaccination anti-Covid des 12-15 ans avec Comirnaty* (Pfizer/BioNTech) mis en ligne jeudi, dont la teneur a été dévoilée mercredi par le président de la République, la Haute autorité de santé (HAS) recommande le recours à des équipes mobiles extérieures intervenant en milieu scolaire afin de garantir le succès de la campagne vaccinale dans cette population.
Comirnaty* dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle européenne depuis décembre 2020 chez les personnes de plus de 16 ans, et depuis vendredi également chez les adolescents âgés de 12 à 15 ans (cf dépêche du 28/05/2021 à 18:41).
Mercredi, le président de la République, Emmanuel Macron, et le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, ont fait savoir que la vaccination sera étendue à cette tranche d'âge dès le 15 juin (cf dépêche du 02/06/2021 à 21:16). Cela représente environ 3,2 millions de personnes, a indiqué la HAS.
Pour établir son avis, l'agence sanitaire s'est basée sur les études ayant soutenu l'AMM conditionnelle de Comirnaty*, les données d'immunogénicité équivalente chez les adolescents, les résultats sur l'efficacité vaccinale sur formes symptomatiques, les données de pharmacovigilance françaises, les données de tolérance obtenues chez 2.260 adolescents suivis sur une période médiane de deux mois, et les signaux en cours d'évaluation au niveau européen sur des cas myocardite survenus chez des adolescents et de jeunes adultes ayant reçu une dose.
Elle conclut à une efficacité vaccinale contre les cas symptomatiques chez les 12-15 ans avec Comirnaty* et se dit favorable à son utilisation dans cette population.
"Nous avons pris en compte les impacts d'ordre sanitaire et social, directs ou indirects sur les adolescents et le pays tout entier", a précisé Dominique le Guludec, présidente du collège de la HAS, lors d'une conférence de presse jeudi.
Selon l'agence sanitaire, si les adolescents ont représenté seulement 1% des hospitalisations pour forme grave du Covid-19 pendant l'épidémie, cette ouverture de la vaccination aurait un bénéfice individuel direct "évident sur le plan psychologique et social, en évitant les fermetures de classes et d'établissements, et leurs effets sur la santé mentale et les ruptures d'apprentissage des adolescents". Il existe également un bénéfice indirect par la protection de leurs proches immunodéprimés ou vulnérables. Il y a enfin un bénéfice collectif à diminuer la circulation du virus et, à terme, éviter d'avoir à remettre en place des mesures de contrôle contraignantes.
"Le rôle que jouent les adolescents dans la transmissions existe. Il est plus faible que chez les adultes mais pas nul du tout", a expliqué Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations (CTV) de l'agence, citant des études "pas univoques". "La vaccination des adolescents va venir compléter celle des adultes pour diminuer la circulation du virus. Une certaine proportion des adolescents doit être vaccinée, sinon il y a un risque de rebond d'épidémie à l'automne avec des conséquences en termes d'hospitalisation", a-t-elle ajouté, sur la base d'une modélisation réalisée par l'Institut Pasteur.
La HAS préconise de vacciner en priorité les personnes présentant une comorbidité ou proches de personnes immunodéprimées ou vulnérable puis, "dès lors que la campagne vaccinale de la population sera suffisamment avancée", à toute la tranche d'âge. Interrogée sur la proportion nécessaire d'adultes vaccinés pour entamer cette généralisation, Dominique Le Guludec a expliqué qu'il "n'y a pas de chiffre magique, du moment que la campagne est bien lancée comme c'est le cas".
Elisabeth Bouvet a jugé que le nombre de doses disponibles en France était suffisant pour absorber cette nouvelle population.
Selon l'agence, la vaccination des adolescents peut être réalisée en cabinet médical, pharmacie, centre de vaccination ou en milieu scolaire. Les pédiatres, médecins généralistes, la médecine scolaire et universitaire, ainsi que le service sanitaire des étudiants en santé "ont un rôle clé à jouer". Des équipes mobiles extérieures intervenant en milieu scolaire, serait également un levier important, juge-t-elle.
Olivier Véran a évoqué mercredi des injections pour les adolescents uniquement dans des centres de vaccination, rappelle-t-on.
Les dirigeantes de la HAS se sont par ailleurs montrées rassurantes sur le risque de myocardite identifié comme un possible effet secondaire de Comirnaty* chez les jeunes adultes aux Etats-Unis et en Israël. "L'ordre de grandeur varie entre 0,8 et 2 par million en fonction de la classe d'âge. Si cet effet secondaire est imputable aux vaccins, il est extrêmement rare et plus rare que les formes sévères", a observé Dominique le Guludec.

Trod sérologique recommandé pour éviter une deuxième dose

L'agence sanitaire a par ailleurs rendu un avis recommandant l'utilisation de tests de sérologie rapide en parallèle de l'injection de la première dose d'un vaccin anti-Covid pour toutes les personnes sans antécédent connu d'infection au Sars-CoV-2 afin d'identifier les personnes ayant déjà été infectées sans le savoir et ne nécessitant donc pas de deuxième dose.
"On estime que 23% de la population a été infectée alors que 8% seulement ont été dépistés par test PCR ou antigénique", a expliqué la HAS. "Il serait donc utile d’identifier tous ceux qui ont été infectés sans le savoir: cela permettrait de simplifier le schéma vaccinal des personnes concernées, et de mieux protéger la population dans son ensemble en vaccinant plus rapidement plusieurs millions de personnes supplémentaires dans les créneaux et avec les doses ainsi libérées", a-t-elle détaillé.
Elle recommande d'utiliser un test d'orientation rapide diagnostique (Trod), fonctionnant à partir d'un prélèvement capillaire, juste avant l'injection, afin que le résultat puisse être rendu pendant le quart d'heure d'attente suivant l'administration du vaccin. "Nous le préconisons avec deux conditions: cela ne doit pas être une obligation et il faut s'assurer que ça ne pose pas de difficulté en vie réelle, que ça ne ralentisse pas la campagne vaccinale", a précisé Dominique Le Guludec.

Pas utile de changer l'intervalle entre deux doses de Vaxzevria*

Un troisième avis rendu jeudi s'intéresse à l'intervalle entre deux injections du vaccin d'AstraZeneca, Vaxzevria*. Le directeur général de la santé (DGS) a sollicité l'avis de la HAS pour savoir s'il y avait lieu de modifier et, en particulier, raccourcir le délai d'espacement entre les deux doses, notamment pour lutter contre la diffusion et l'apparition de mutation du virus comme le variant indien, qui se diffuse au Royaume-Uni.
"La situation épidémiologique en France n’est actuellement pas comparable à celle du Royaume-Uni, le variant britannique restant prédominant sur le territoire national, sans élément en faveur d’une diffusion communautaire significative du variant indien", a répondu la HAS, qui estime que les données britanniques ne sont pas de nature à remettre en cause ses recommandations d'un intervalle de 9 à 12 semaines.
mjl/eh/APMnews

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