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La prise de triptans pendant la grossesse associée au risque de perte de grossesse

PARIS, 16 juin 2021 (APMnews) - La dispensation de triptans pendant la grossesse est associée à un risque accru de perte de grossesse, selon une étude présentée mercredi au congrès virtuel de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT).
Après l'observation d'un cas marquant en 2019 au centre régional de pharmacovigilance de Toulouse (CRPV) de mort foetale à 15 semaines d'aménorrhée (SA), 2-3 jours après la prise de 3 doses de sumatriptan en 24h, et le constat dans la base nationale de pharmacovigilance de 4 cas de fausse couche dont 3 entre 15 et 19 SA, la question du rôle des triptans s'est posée, a évoqué Isabelle Lacroix du réseau REGARDS du service de pharmacologie du CHU de Toulouse.
Une étude comparative a donc été réalisée à partir de la base de données française EFEMERIS d'évaluation du risque médicamenteux pendant la grossesse, qui porte sur 135.576 femmes enceintes ayant accouché entre 2004 et 2017. Parmi elles, 802 femmes (0,6%) avaient reçu au moins une délivrance de triptan pendant la grossesse. Cela représentait 817 foetus/enfants exposés. Elles ont été comparées aux grossesses non exposées, n'ayant pas reçu de délivrance de triptan pendant la grossesse ni dans les 3 mois précédant la grossesse.
Le zolmitriptan était le plus prescrit, et il est à noter que le sumatriptan, pourtant le mieux évalué au cours de la grossesse, était très peu prescrit jusqu'en 2010, pour devenir le plus prescrit à partir de 2013, a souligné Isabelle Lacroix.
Il y avait davantage de prescriptions d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez les femmes exposées aux triptans pendant la grossesse (39,8% contre 9,9% chez les non-exposées), ainsi que d'anti-hypertenseurs (5,7% contre 1,4%) et de médicaments du diabète (2,5% contre 0,9%).
Le taux d'interruption de grossesse était significativement plus élevé chez les femmes exposées aux triptans pendant la grossesse (12,3% contre 5,8%), soit un risque relatif augmenté de 50%.
Il n'y avait pas de différence en termes de retard de croissance intra-utérin, de malformations congénitales ou de bébé petit pour l'âge gestationnel.
L'analyse en fonction de l'exposition aux AINS montre que la co-exposition triptan-AINS est associée à un risque encore plus élevé d'interruption de grossesse, multiplié par 4,6, contre un risque augmenté de 50% en cas d'exposition aux triptans sans exposition aux AINS. L'exposition aux AINS sans exposition aux triptans était associée à un risque multiplié par 3,7 d'interruption de grossesse, par rapport aux grossesses non exposées.
Un effet dose est en outre probable, le taux d'interruption de grossesse passant de 5% environ pour moins de 10 unités de triptans délivrées, à 13% entre 10 et 20 unités et 21% entre 20 et 30 unités.
Ces résultats sont à interpréter avec prudence toutefois étant donné qu'ils reposent sur des données de prescription et de délivrance et non de consommation et qu'on ne connaît pas la période précise de prise de ces médicaments, outre le fait que certains facteurs de risque de mort foetale n'étaient pas renseignés, a tempéré Isabelle Lacroix.
Il existe toutefois une plausibilité pharmacologique, les triptans ayant une action sur les récepteurs sérotoninergiques 5HT1B et 5HT1D. Cela entraîne une vasoconstriction des artères cérébrales. Mais la présence de récepteurs 5HT1D fonctionnels dans la veine ombilicale a été observée et une action vasoconstrictive sur la veine et l'artère ombilicales a été démontrée in vitro, a souligné la chercheuse. Une autre hypothèse de mécanisme d'action serait un effet direct sur les territoires vasculaires foetaux (carotidiens, canal artériel…).
En attendant des investigations plus poussées, ces données invitent à la prudence quant à l'utilisation des triptans chez les femmes enceintes, a-t-elle conclu.
cd/ab/APMnews

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