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Après un infarctus, la vaccination contre la grippe diminue le risque cardiovasculaire (étude randomisée)

PARIS, 31 août 2021 (APMnews) - La vaccination contre la grippe chez des personnes ayant eu un infarctus du myocarde diminue leur risque d'événement cardiovasculaire, montre une étude randomisée de grande taille dont les résultats ont été présentés lundi au congrès virtuel de l'European Society of Cardiology (ESC).
On sait que "durant les épidémies de grippe, un plus grand nombre de personnes décèdent de causes cardiovasculaires", a rappelé Ole Fröbert de l'hôpital universitaire d'Orebro en Suède. Cela serait lié notamment à la fièvre et l'inflammation, un excès de demande métabolique par l'organisme et une vasoconstriction qui, combinés, favorisent l'infarctus du myocarde.
De plus, "de nombreuses études observationnelles suggèrent un effet protecteur de la vaccination contre la grippe contre les événements cardiovasculaires".
Mais on ne disposait jusqu'à présent que de petites études randomisées sur l'intérêt de la vaccination contre la grippe dans un but de prévention cardiovasculaire. Et bien que cette vaccination soit recommandée par les sociétés savantes de cardiologie, en pratique, en raison de l'insuffisance de preuves, elle est peu mise en oeuvre.
C'est pourquoi l'essai IAMI a été lancé, pour évaluer de façon randomisée et sur un nombre suffisant de patients dans différents pays, l'intérêt d'une vaccination contre la grippe en prévention chez des personnes ayant eu récemment un infarctus ou qui présentaient une maladie coronaire à haut risque.
L'essai a inclus 2.571 personnes (moins que les 4.400 prévus, en raison d'un recrutement trop lent et de l'arrivée de l'épidémie de Covid-19 en 2020 qui a conduit à arrêter l'étude), randomisées durant plusieurs saisons entre la vaccination contre la grippe ou pas de vaccination.
Dans cette population de patients à haut risque cardiovasculaire, la vaccination contre la grippe a eu un effet significatif. Le risque de décès toutes causes confondues, infarctus du myocarde ou thrombose de stent, un an après la vaccination a diminué de 28% chez les personnes vaccinées.
Quand la mortalité était analysée séparément, le risque était diminué de 41%. Quant à la mortalité cardiovasculaire, elle était réduite également de 41%.
En revanche, de façon plus inattendue, le risque d'infarctus n'était diminué que de 14% et cela n'était pas statistiquement significatif.
Un bénéfice de la vaccination était observé dans tous les sous-groupes analysés: quels que soient l'âge, le sexe, le tabagisme, la présence ou non d'un diabète, un antécédent d'infarctus.
L'étude courait sur 4 saisons de grippe. Le vaccin a eu un bénéfice sur le risque cardiovasculaire au cours de 2 saisons et Ole Fröbert a indiqué que c'étaient des saisons où le vaccin avait été efficace en prévention de la grippe, alors que pour les 2 saisons où il n'y a pas eu d'effet significatif sur le risque cardiovasculaire des patients inclus, le vaccin avait été peu efficace contre la grippe.
Le chercheur a fait une méta-analyse en ajoutant aux résultats d'IAMI ceux de 3 autres études randomisées sur le même sujet -dont 2 positives et une négative, mais qui étaient de taille nettement plus petites, note-t-on. Cela conforte le résultat de son étude, avec une réduction des décès cardiovasculaires de 49%.
En conclusion, le chercheur suédois a estimé qu'au vu de son étude et des petites études précédentes, les données positives obtenues "devraient être suffisantes pour établir la vaccination contre la grippe comme un nouveau traitement standard inclus dans la prise en charge hospitalière de patients ayant un infarctus".
Invitée à commenter ces résultats, Barbara Casadei du John Radcliffe Hospital à Oxford a souligné le fait que l'essai IAMI, comme les autre petites études, a montré une réduction de la mortalité cardiovasculaire mais pas de réduction significative des infarctus (ni d'ailleurs des accidents vasculaires cérébraux et revascularisations non planifiées). Le mécanisme précis du bénéfice observé reste donc à déterminer.
Mais "cela a finalement peu d'importance", a-t-elle estimé, puisque le bénéfice est là. Et elle a conclu en faveur d'une recommandation de vaccination contre la grippe de toutes les personnes à haut risque, incluant donc les personnes à haut risque cardiovasculaire. En France, la vaccination contre la grippe saisonnière est recommandée notamment chez les personnes présentant des maladies des coronaires, rappelle-t-on.
fb/vib/APMnews

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