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Cancer du col de l'utérus avancé: le pembrolizumab allonge la survie globale en première ligne

LUGANO (Suisse), 20 septembre 2021 (APMnews) - L'anti-PD-1 pembrolizumab (Keytruda*, Merck & Co) associé à la chimiothérapie a amélioré les survies sans progression et globale de patientes atteintes d'un cancer du col de l'utérus métastatique ou ayant progressé sous chimiothérapie, selon les résultats d'un essai de phase III dont les résultats ont été présentés samedi lors de la session présidentielle du congrès annuel de l'European Society for Medical Oncology (ESMO).
Ces résultats ont également été publiés dans The New England Journal of Medicine (NEJM).
Le Pr Nicoletta Colombo de l'Institut d'oncologie à Milan a présenté les résultats de l'essai de phase III randomisé en double aveugle KEYNOTE-826 conduit auprès de patientes atteintes d'un cancer du col de l'utérus métastatique ou non résécable qui avait progressé pendant la chimiothérapie.
Les 617 patientes incluses ont été randomisées en première ligne entre pembrolizumab (200 mg) ou un placebo toutes les 3 semaines jusqu'à 35 cycles. Elles recevaient toutes une chimiothérapie à base de sels de platine et, l'addition de bévacizumab était possible, le choix étant laissé au médecin.
Les patientes étaient stratifiées en fonction de leur statut métastatique au diagnostic, du recours au bévacizumab et du score combiné positif (CPS) PD-L1 qui reflète le niveau d'expression tumorale du PD-L1.
L'analyse en intention de traiter a mis en évidence un allongement de la survie sans progression avec l'immunothérapie. La médiane de survie sans progression était de 10,4 mois avec le pembrolizumab, contre 8,4 mois dans le groupe placebo, soit une réduction du risque de progression ou décès de 35%.
Une amélioration statistiquement significative de la survie globale a également été constatée. Dans le groupe pembrolizumab, la médiane de survie globale était de 24,4 mois, contre 16,5 mois dans le groupe placebo. Le taux de survie à 24 mois était de 50,4% dans le groupe pembrolizumab versus 40,4% dans le groupe contrôle. Le risque relatif de décès était réduit de 33% avec le pembrolizumab.
Ces bénéfices statistiquement significatifs en matière de survie globale et sans progression ont également été observés dans les sous-groupes CPS 1 ou plus et CPS 10 ou plus. Dans les groupes CPS 1 ou plus et CPS 10 ou plus, les médianes de survie globale des patientes traitées par pembrolizumab n'étaient pas atteintes.
La réduction du risque de décès n'était pas statistiquement significative chez les patientes avec une tumeur dont le score CPS était inférieur à 1.
Dans cet essai, 63% des patientes ont reçu du bévacizumab et le bénéfice statistiquement significatif du pembrolizumab était observé chez les patientes exposées au bévacizumab. Dans le sous-groupe de patientes non exposées, ce bénéfice n'était pas statistiquement significatif.
De même, dans le sous-groupe de patientes dont le cancer était métastatique au diagnostic, le bénéfice n'était pas statistiquement significatif.
La durée médiane du traitement était de 10 mois dans le groupe pembrolizumab et de 7,7 mois dans le groupe contrôle.
Les événements indésirables de grade 3 à 5 ont été rapportés chez 82% des patientes du groupe pembrolizumab versus 75% dans le groupe placebo. Les plus fréquents étaient des anémies, des neutropénies, des baisses des neutrophiles et des hypertensions.
Les événements indésirables conduisant au décès ont été observés à la même fréquence dans les deux groupes (4,6% versus 4,5%).
Les événements indésirables survenant plus fréquemment chez les patientes exposées au pembrolizumab étaient l'hypothyroïdisme (18,2%, contre 9,1%) et la diminution du nombre de globules blancs (12,1%, contre 7,1%)
De précédentes études avaient documenté que l'addition du bévacizumab à la chimiothérapie permettait de prolonger la survie de 3,7 mois. Cet essai montre le bénéfice d'ajouter le pembrolizumab avec ou sans bévacizumab et quel que soit l'expression de PD-L1, a affirmé l'investigatrice.
Le cancer du col de l'utérus persistant, récidivant ou métastatique est associé à un mauvais pronostic, avec une survie globale qui n'excède pas les 12 mois. C'est la première fois que l'addition d'une immunothérapie en première ligne permet d'améliorer la survie globale de cette population, a commenté le Dr Antonio González Martín de l'université de Navarre à Madrid, dans un communiqué diffusé par l'ESMO.
Pour le Pr Isabelle Ray-Coquard, du Centre Léon-Bérard à Lyon, ces données vont changer la pratique médicale. Selon elle, la question est désormais de savoir si l'immunothérapie peut être utilisée à des stades plus précoces du cancer du col, lorsque la maladie est localisée.
Invité à commenter ces résultats lors de la session présidentielle, le Dr Mansoor Raza Mirza de l'hôpital universitaire de Copenhague, a estimé qu'il restait des questions à résoudre.
Il a regretté qu'il n'y ait pas eu de stratification en fonction de l'histologie, alors que des études ultérieures avaient suggéré une moindre efficacité de l'immunothérapie dans les cancers non épidermoïdes. Or, dans cet essai, il y avait davantage d'adénocarcinomes dans le groupe placebo. Cela pourrait avoir induit un "biais positif en faveur du pembrolizumab", a-t-il estimé.
Selon lui, le bénéfice du pembrolizumab reste à démontrer chez les femmes dont le cancer est d'emblée métastatique, celles dont le cancer est PD-L1 négatif, dans les adénocarcinomes et lorsqu'il n'est pas associé au bévacizumab.
Il considère que pembrolizumab associé à la chimiothérapie pourrait être considéré comme le nouveau standard de traitement des femmes atteintes d'un cancer du col de l'utérus persistant, récidivant ou métastatique (peut-être d'emblée) avec le bévacizumab, dans la population PD-L1+.
vib/nc/APMnews

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