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Dermatite atopique: 11,5% d'arrêts du dupilumab à trois ans pour effets indésirables

PARIS, 2 décembre 2021 (APMnews) - Après trois ans de traitement par dupilumab (Dupixent*, Sanofi), le taux d'arrêt pour effets indésirables est de 11,5% parmi les patients recevant cet anticorps monoclonal pour une dermatite atopique modérée à sévère, selon des données d'une étude nationale présentées mercredi au congrès de la Société française de dermatologie à Paris.
Cette cohorte a également fourni des données sur les effets secondaires ophtalmologiques de ce médicament.
Anticorps monoclonal anti-IL-4/IL-13Ralpha, le dupilumab est la première biothérapie homologuée dans le traitement de la dermatite atopique modérée à sévère en septembre 2017. Son rapport bénéfice-risque en vie réelle est encore peu documenté, a indiqué Marie-Emeline Marniquet du CHU de Nantes en session orale des Journées dermatologiques de Paris (JDP).
Avec trois ans de recul, il est possible de mieux apprécier ce rapport bénéfice-risque et pour cela, les membres du groupe de recherche sur l'eczéma atopique de la SFD ont étudié les motifs d'arrêt, reflet à la fois de la tolérance et de l'efficacité du traitement.
Pour cela, ils ont mené l'étude nationale rétrospective MADUPI auprès de 968 adultes inclus dans 16 centres, ayant reçu un traitement par dupilumab entre mars 2017 et septembre 2020. Parmi eux, le dupilumab a été interrompu durant au moins un mois chez 150 patients (15,5%) après une durée médiane de traitement de 5 mois (entre 3 et 10 mois).
Ces patients avaient 42,1 ans en moyenne, 59% étaient des hommes. Ils présentaient comme principales comorbidités un asthme (64%), une rhinite allergique (57,3%), une conjonctivite allergique (36,7%) et des allergies alimentaires (14,7%). La plupart avaient déjà eu des traitements systémiques, principalement la ciclosporine.
Les principaux motifs d'arrêt étaient un ou plusieurs effets indésirables (40,7%), une inefficacité (14,7%), une inefficacité couplée à des effets secondaires (15,3%), un projet de grossesse (8%) ou une rémission complète (4%) après une durée médiane de 16 mois. Les autres motifs (17%) rassemblaient une non-observance, une perte de vue, un Covid-19, une dépression, un asthme etc.
Les effets secondaires à l'origine de l'arrêt étaient ophtalmologiques (24%), principalement des conjonctivites (72% de ces effets indésirables), suivies de kératites et de blépharites, un visage rouge (8%), des exacerbations de l'eczéma (6,7%). "Ce visage rouge peut être très différent: soit permanent après l'introduction du dupilumab soit transitoire, rythmé par les injections", a fait observer le Dr Marniquet.
Parmi les autres effets indésirables moins fréquents figuraient notamment une éosinophilie, une pelade, un psoriasis induit, des céphalées et une réaction au point d'injection.
Après arrêt du dupilumab, 40% de l'ensemble des patients concernés ont repris un autre traitement systémique (méthotrexate, inhibiteur de JAK, ciclosporine principalement), 30% un traitement local et 20,7 % de nouveau le dupilumab après un arrêt moyen de 20 semaines, soit à cause d'un événement intercurrent comme une grossesse ou une chirurgie, soit pour effet secondaire, mais dans ce cas, "avec un espacement des doses de manière empirique".
Le Dr Marniquet a par ailleurs signalé que des travaux ont montré que les éosinophilies sous dupilumab sont transitoires et asymptomatiques. "Il n'est plus recommandé de les surveiller, donc il n'y aura probablement plus d'arrêt de traitement pour ce motif."
Concernant la pelade et le psoriasis induit, "des réactions paradoxales", elle a expliqué que le blocage de la voie immunitaire dite Th2 par le dupilumab pourrait entraîner une déviation immunitaire vers la voie Th1 pour la pelade ou vers la voie Th17 pour le psoriasis.
Enfin, trois cas de Covid-19 sont survenus dans la cohorte mais aucun n'a été grave; deux patients ont pu reprendre le traitement par dupilumab.
Concernant l'efficacité du traitement au moment de l'arrêt, les données étaient incomplètes, ne permettant pas de conclure. Mais l'arrêt pour rémission est pour le moment rare, à 4%.

Un profil de patients à risque

Dans une autre communication, le groupe d'étude a présenté les résultats d'une étude nationale observationnelle multicentrique prospective sur les effets indésirables ophtalmologiques en particulier (DUPI ŒIL).
Ce type d'effets indésirables avaient déjà été décrits, mais dans la littérature, les résultats rapportés provenaient de faibles échantillons de patients et les essais n'incluaient pas une évaluation ophtalmologique systématique, a indiqué le Dr Ingrid Costedoat du CHU Bordeaux en session orale.
Pour cette étude, ils ont inclus 181 patients de plus de 15 ans (36 ans en médiane) dans 12 centres, entre avril 2019 et novembre 2020, recevant un traitement par dupilumab en raison d'une réponse insuffisante ou d'une contre-indication à la ciclosporine.
A l'inclusion, 40,9% des patients ont déclaré des antécédents de troubles ophtalmologiques atopiques, principalement des conjonctivites. Ils étaient, sur l'ensemble de la cohorte, 14,9% à présenter une blépharoconjonctivite à l'examen clinique.
A quatre mois de suivi, ils étaient 25,4% au total à avoir une blépharoconjonctivite. Parmi les 27 patients qui avaient ce trouble à l'inclusion, 2 se sont aggravés, 12 se sont stabilisés et 13 ont guéri. Mais parmi les 154 patients sans blépharoconjonctivite à l'inclusion, 32 en ont développé une.
L'incidence des blépharoconjonctivites imputables au dupilumab était ainsi de 18,7%, ce qui est plus faible que dans une précédente étude qui n'a probablement pas pris en compte les cas antérieurs au traitement, a considéré le Dr Costeodat.
Sur les 34 cas considérés en lien avec le dupilumab, la majorité était de sévérité modérée (79,4%, vs 14,7% de cas sévères) et de type papillaire (61,8%; type folliculaire, 11,8% et mixte 17,7%).
Concernant les autres troubles ophtalmologiques relevés, les données ne montrent pas de surrisque de kératite, de syndrome sec ou de fibrose conjonctivale avec le dupilumab.
En analyse multivariée, les antécédents de comorbidités ophtalmologiques ne sont pas ressortis comme étant des facteurs de risque de blépharoconjonctivite induite par le dupilumab. En revanche, la présence à l'inclusion d'une dermatite touchant la tête et le cou est associé de manière significative à la blépharoconjonctivite, avec un risque relatif approché (OR) de 7,3, ainsi qu'une érythrodermie (OR de 5,6) et un syndrome sec (OR de 3,9).
Malgré un suivi limité à 4 mois, il s'agit de la plus grande cohorte prospective de patients traités par dupilumab bénéficiant d'une évaluation ophtalmologique systématique à l'inclusion et lors du suivi. Elle permet de définir les blépharoconjonctivite de novo principalement comme étant les effets indésirables induits par le dupilumab et d'établir un profil de patients à risque, a conclu le Dr Costeodat.
ld/ld/APMnews

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