dépêche

 - 

Prime dans le secteur médico-social: la mesure suscite des déceptions

PARIS, 11 mai 2020 (APMnews) - L'annonce d'une prime pour les professionnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et une partie de ceux travaillant auprès des personnes handicapées a suscité des critiques sur son caractère partiel, notamment de la part de la cellule d'urgence du conseil de la CNSA et des acteurs du domicile.
Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a annoncé jeudi qu'une prime serait versée à "tous les personnels de tous les Ehpad de France, quel que soit leur statut", pour reconnaître leur engagement face à la crise sanitaire du Covid-19 (cf dépêche du 07/05/2020 à 19:29).
Défiscalisée, cette prime sera d'un montant de 1.500 euros "dans les 33 départements où l'épidémie aura été la plus forte et de 1.000 euros ailleurs". Le ministre a précisé qu'il "en sera[it] de même dans les établissements accueillant des personnes en situation de handicap lorsque l'assurance maladie contribue à leur financement".
Dans un communiqué diffusé vendredi, le ministère et le secrétariat d'Etat chargé des personnes handicapées précisent en effet que la prime concernera les professionnels des Ehpad et ceux "des établissements et services accompagnant les personnes adultes et enfants en situation de handicap qui sont financés ou cofinancés par l’assurance maladie".
"Au total, c’est un effort exceptionnel de près de 700 millions d’euros qui sera consenti par l’assurance maladie", est-il spécifié.
"S’agissant des autres professionnels des structures médico-sociales financées intégralement par les collectivités territoriales, les échanges se poursuivent avec ces dernières pour la reconnaissance de leur engagement auprès de nos concitoyens".
"De la même façon, les échanges se poursuivent avec les collectivités territoriales concernant les professionnels de l’aide sociale à l’enfance (dont les assistants familiaux) fortement mobilisés durant la crise".
Dans un communiqué de vendredi, la cellule d'urgence du conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), formée par son comité stratégique durant l’état d’urgence sanitaire, en appelle à "un arbitrage rapide et sans délai pour une juste attribution à l’ensemble des personnels".
"Les salariés travaillant dans l’ensemble des autres structures et les personnels accompagnant les personnes âgées ou en situation de handicap à domicile doivent attendre des arbitrages ultérieurs", pointe-t-elle, déplorant "le caractère inéquitable et problématique de cette annonce".
Cette dernière "crée de fait une distorsion de reconnaissance et de traitement entre des salariés qui s’engagent, chaque jour depuis le début de la pandémie, avec la même abnégation et le même souci de prendre soin des plus fragiles d’entre nos concitoyens". Et en l'état, "elle oublie les personnels des services d’aide à domicile (Saad) et de nombreux établissements".
La cellule d'urgence de la CNSA dénonce des "mécanismes d’arbitrage fondés sur des cloisonnements et des rapports de force dont les personnels ne doivent en aucune façon subir les conséquences". La mesure sous-entend "une hiérarchisation de l’importance des contributions que la réalité de la crise a profondément démentie", regrette-t-elle.
"L’attribution sans délai dans des conditions de justice et d’équité de cette prime fortement symbolique doit être un gage pour l’avenir des politiques de l’autonomie", demande la cellule d'urgence de la CNSA.

"Plus qu'un camouflet, une gifle", selon l'UNA

L'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) s'est félicitée jeudi de l'annonce de la prime, tout en précisant être "attentive à ce [qu'elle] couvre bien l'ensemble des établissements (Ehpad, résidences autonomie, résidences services...)". Elle a aussi regretté qu'elle ne concerne pas le secteur du domicile.
Dans un communiqué de jeudi, le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa) salue les annonces du gouvernement, dont également l'aide de 475 millions d’euros pour les Ehpad, attendues "depuis de nombreux jours par l’ensemble des professionnels du secteur".
L'organisation souligne cependant espérer "vivement que le secteur de l’aide à domicile pourra également bénéficier d’une prime pour l’ensemble des personnels mobilisés au cours de cette crise ainsi que d’une aide financière afin de soutenir leur activité".
Dans un communiqué de jeudi, l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (UNA) a exprimé sa grande déception, déplorant que les aides à domicile soient "une nouvelle fois oubliées et abandonnées par les pouvoirs publics".
Elle "se réjouit pour les personnels des Ehpad, d’une partie des établissements médico-sociaux accueillant des personnes handicapées et des Ssiad [services de soins infirmiers à domicile]", mais se dit "choquée par l’exclusion des professionnels de l’aide à domicile de cette mesure".
L'organisation rappelle qu'Edouard Philippe avait déclaré le 15 avril que la prime concernerait les professionnels "qui remplissent une mission décisive au sein des Ehpad et des services à domicile du secteur médico-social" (cf dépêche du 15/04/2020 à 16:04).
"Malgré l’engagement d’Olivier Véran, selon lequel 'dans le reste du secteur médico-social, une prime sera annoncée et détaillée prochainement', personne n’est dupe. Une nouvelle fois, le secteur de l’aide à domicile est victime d’un arbitrage indigne", fustige Guillaume Quercy, président de l'UNA, cité dans le communiqué.
"La responsabilité en incombe autant au gouvernement qu’aux conseils départementaux. En se renvoyant la 'patate chaude' du financement de la prime, ils continuent de sacrifier des métiers d’utilité publique et tout un secteur économique", considère-t-il.
"C’est la raison pour laquelle, ces dernières semaines, tous les acteurs militaient pour que la prime soit financée et distribuée directement par l’Etat, via les ARS [agences régionales de santé]", fait-il valoir (cf dépêche du 23/04/2020 à 11:07).
L'UNA dénonce "plus qu’un camouflet, une gifle". "Les responsables politiques méprisent et maltraitent les femmes et les hommes qui accompagnent les personnes âgées et les personnes en situation de handicap à leur domicile, et ont continué à les accompagner depuis le début de l’épidémie avec professionnalisme, engagement et courage, malgré la pénurie de masques et des autres équipements de protection", dénonce-t-elle.
Elle demande "au gouvernement de réparer ce préjudice sans délai en annonçant l’extension et le versement de la prime aux professionnels de l’aide à domicile dès le mois de mai".
Les acteurs du domicile "attendaient aujourd’hui du premier ministre la confirmation de son engagement pris le 15 avril dernier", à savoir "l’extension légitime de la prime accordée aux personnels des hôpitaux publics à tous les personnels des Ehpad et du domicile", a également réagi jeudi dans un communiqué Thierry d’Aboville, secrétaire général de l'Union nationale de l'aide à domicile en milieu rural (ADMR).
Mais, "une nouvelle fois, l’aide à domicile est la grande oubliée des décisions gouvernementales. Cet oubli de nos personnels, engagés en première ligne depuis le début de la crise, est incompréhensible", s'est-il indigné.
mlb/nc/APMnews

[MLB6QA4OH2]

A lire aussi