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Coronavirus: quoi de neuf depuis la semaine dernière? (synthèse)

PARIS, 29 mai 2020 (APMnews) - Face à une actualité riche et inédite, APMnews propose à ses lecteurs un retour sur l’essentiel des informations liées à l’épidémie de Covid-19 depuis le mercredi 20 mai (cf dépêche du 20/05/2020 à 20:55), pour offrir une vue d'ensemble en quelques minutes.
Depuis le 1er mars, 28.714 décès liés au Covid-19 ont été dénombrés en France, dont 18.387 en établissements hospitaliers et 10.327 en établissements sociaux et médico-sociaux. 14.695 patients étaient encore hospitalisés vendredi soir, dont 1.361 en réanimation (-68 en 24 heures).
Selon des données publiées vendredi par l'Insee, la France a enregistré entre le 1er mars et le 30 avril un excédent de mortalité de 26% par rapport à le même période de 2019 et de 16% par rapport à 2018.
Le premier ministre, Edouard Philippe, a détaillé jeudi les grandes lignes de la deuxième phase du déconfinement, qui doit débuter mardi 2 juin. Pour le chef du gouvernement, "les résultats sont bons sur le plan sanitaire" et "tous les indicateurs sont au vert", sauf pour l’Ile-de-France, la Guyane et Mayotte, qui ont été classées en orange sur la carte de France, synonyme de mesures de déconfinement spécifiques.
Si le virus reste présent sur tout le territoire national, sa vitesse de propagation est "à ce stade" sous contrôle, a assuré le premier ministre, se réjouissant que les résultats soient légèrement meilleurs que ceux qui étaient espérés le 11 mai, date du début de la première phase du déconfinement.
Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a indiqué qu’au niveau national, le taux d’incidence du virus s'élève à 6,4 personnes infectées (selon un test par PCR) sur 100.000. Le taux R0, qui mesure le nombre de personnes qu’un porteur du virus peut contaminer, est actuellement de 0,8.
Au 27 mai, l’agence Santé publique France avait identifié 109 clusters "sans diffusion communautaire avérée", contre 46 une semaine plus tôt.
Le classement de l'Ile-de-France en orange est justifié par la persistance à des niveaux élevés des taux d'incidence du virus et d'occupation des lits de réanimation, notamment dans le Val-d’Oise. "Nous avons considéré que les mesures doivent être prises à l'échelle de la région Ile-de-France et non pas du département", compte tenu de la forte densité de population et du fort recours aux transports en commun, a expliqué Olivier Véran.
A Mayotte, le classement en vigilance renforcée est lié "à l'existence d'une épidémie toujours active et à la persistance de tensions sanitaires". En Guyane, il est notamment justifié "par le taux de reproduction du virus".
Pour la phase 2 du déconfinement, la réouverture des écoles et des collèges va être accélérée dans toutes les zones et celle des lycées sera engagée, avec toutefois des restrictions dans les départements en orange. Dans l'espace public, les rassemblements continueront d'être limités à 10 personnes.
Les cafés, bars et restaurants pourront rouvrir leurs portes à compter de mardi mais, dans les zones en orange, seules les terrasses seront accessibles. A partir de la même date et sur tout le territoire, les plages, lacs, plans d'eau, musées et monuments pourront de nouveau accueillir du public. Le port du masque y sera obligatoire.
Comme demandé par de nombreux maires, les parcs et jardins rouvriront dès ce week-end dans toutes les zones. Le port du masque pourra être imposé par les préfets sur demande des maires. Ces espaces étaient fermés dans les départements jusqu’ici classés en rouge, ce que déploraient de nombreux maires.
A compter du mardi 2 juin, le gouvernement va mettre fin à l’interdiction de déplacements de plus de 100 km en dehors du département de résidence. Ces déplacements seront circonscrits au territoire français au moins jusqu’au 15 juin. Pour la suite, des discussions auront lieu pour envisager des déplacements au sein de l’Union européenne (UE).
En zone verte, les piscines, gymnases, salles de sport, salles de spectacle et théâtres rouvriront mardi. En zone orange, il faudra attendre le lundi 22 juin, date du début de la phase 3 du déconfinement. Dans tous les départements, les cinémas resteront fermés jusqu’au 22 juin.
Dans les transports en commun, le port du masque restera obligatoire (à partir de 11 ans) "tant qu'on n'a pas un traitement ou un vaccin", a indiqué mercredi sur BFM TV la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne.

Lancement du "Ségur de la santé"

Le reste de l'actualité a été marqué par le lancement, lundi, d’un cycle de concertations voulu par le président de la République en vue d’une prochaine réforme du système de santé. Le coup d’envoi de ce "Ségur de la santé" a été donné par Edouard Philippe, qui a évoqué cinq grands enjeux: rémunération et carrière du personnel soignant, financement de l'hôpital, levée des freins aux évolutions, organisation du système de santé sur le territoire et recours au numérique.
"On ne doit pas changer de cap, mais la crise exige que l'on change de rythme", a estimé le premier ministre, qui s’est exprimé devant 300 acteurs du système de santé réunis en visioconférence. Sur la question des rémunérations, il a assuré que "la revalorisation sera significative". "La question du temps de travail n'est pas taboue", a-t-il ajouté.
Les discussions doivent aboutir à la mi-juillet en vue d’inscrire de premières mesures dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2021, qui sera présenté à l'automne. Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT, a été choisie pour épauler Olivier Véran dans l'organisation de ce "Ségur de la santé".
Les fédérations CGT, Force ouvrière (FO) et SUD santé-sociaux ont exprimé leur mécontentement quant aux modalités de lancement de ces discussions ou au choix de Nicole Notat. Plusieurs manifestations sont organisées par des soignants depuis lundi devant des hôpitaux parisiens pour réclamer des "mesures concrètes" pour le personnel hospitalier.
Annulé en raison du confinement, le second tour des élections municipales se tiendra dimanche 28 juin, a annoncé Edouard Philippe le 22 mai, tout en prévenant que cette date était "réversible" en fonction de la situation sanitaire. Chaque électeur devra porter un masque et devra pouvoir disposer de gel hydroalcoolique. Le second tour concerne 5.000 communes (dont Paris, Lyon, Marseille et Lille) sur un total de 35.000 environ.

Hôpital, masques: François Hollande reconnaît une part de responsabilité

Sur le dossier des masques, qui ont manqué pendant une grande partie de la crise, l’ancien président de la République François Hollande a indiqué lundi sur France inter: "Il y [en] avait un peu moins d'un milliard quand je suis arrivé et 740 millions quand je suis parti". Mais, "quand la crise sanitaire a démarré, il n'y en avait plus que 140 ou 150 millions. Ça veut dire que des masques ont été détruits à partir de 2017, et il n’a pas été reconstitué de stocks suffisants", a pointé l'ex-président.
"Peut-être [qu']il n’y a pas eu assez de renouvellement de masques puisqu’ils se périment, mais nous avons considéré que le niveau de 750 millions était suffisant", a-t-il rapporté. "Je crois que cela supposait -cela n’a peut-être pas été fait suffisamment depuis 2017- une vérification régulière du stock de masques", a-t-il aussi déclaré.
L’ancien chef de l’Etat a reconnu une "part de responsabilité dans la situation de l'hôpital". Sa ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, a quant à elle évoqué le même jour sur France Info des efforts insuffisants sur les rémunérations des personnels pendant le quinquennat précédent, en particulier pour les infirmiers et les aides-soignants.
Côté dépistage, le remboursement des tests sérologiques a été acté mercredi sur la base des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) et de la liste des tests validés par le centre national de référence (CNR) virus des infections respiratoires. Les tests virologiques par PCR sont remboursés à 100% depuis le 6 mai, rappelle-t-on.
L’application de traçage de l’épidémie StopCovid a pour sa part été validée mercredi par l’Assemblée nationale puis par le Sénat. Cet outil destiné à accompagner le traçage réalisé par les médecins et l’assurance maladie pourrait être mis à disposition au cours du week-end. Le premier ministre a "invité" jeudi les Français à utiliser l’application, en précisant qu'il s'agissait d'un "instrument complémentaire" et pas une "arme magique contre l'épidémie".

Un troisième budget rectificatif présenté le 10 juin

Côté finances, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, a annoncé jeudi sur France 2 que le gouvernement présentera un troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2020 mercredi 10 juin en conseil des ministres. Il s’agit d’intégrer les mesures de soutien à plusieurs secteurs dont le tourisme et l’automobile. Le gouvernement prévoit par ailleurs une enveloppe de 4,5 milliards d’euros pour venir en aide aux collectivités locales ayant enregistré des pertes en raison de la crise.
Publiée le 26 avril, la deuxième LFR prévoyait un recul de 8% du produit intérieur brut (PIB) en 2020, un déficit public à hauteur d’environ 9% du PIB et une dette à 115% du PIB en fin d'année. Ces chiffres devraient être révisés à la hausse dans le nouveau texte.
Invité dimanche de l’émission "Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI", le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, a noté que la dette dépassera "sans doute" le seuil de 115%. Interrogé sur les solutions envisagées par le gouvernement pour rembourser cette dette, le ministre a exclu toute hausse d'impôts ou réduction des dépenses et privilégie la "troisième voie" choisie par Emmanuel Macron depuis trois ans: "Il fait confiance aux acteurs économiques et la croissance crée la richesse qui permet de rembourser cette dette".
Au niveau européen, la Commission a proposé mercredi de mettre en place un plan de relance de 750 milliards d’euros (dont 500 milliards de subventions et 250 milliards de prêts remboursables) alimenté par des emprunts contractés par Bruxelles au nom de l’UE, une première.
Le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, avaient proposé le 18 mai un plan de 500 milliards d'euros financé là aussi par un mécanisme de mutualisation de la dette. Mais les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Suède avaient rejeté ce mécanisme et contre-proposé un plan d’aide pour les pays gravement touchés, sous la forme de prêts.
Le projet de la Commission va maintenant faire l’objet de négociations (qui s’annoncent difficiles) avec l’ensemble des Etats membres.
La Commission européenne a aussi annoncé jeudi une révision de sa proposition de budget européen pour 2021-2027 afin notamment de créer un programme santé (EU4Health) de 9,4 milliards d’euros, contre seulement 413 millions prévus initialement. Quelque 7,7 milliards seraient financés par le fonds de relance et le reste par le budget.

Coup de frein pour l'hydroxychloroquine

En matière de recherche, un candidat-vaccin développé par le Beijing Institute of Biotechnology et CanSino Biologics a obtenu des résultats de phase I positifs la semaine dernière. D’autres résultats positifs avaient été annoncés quelques jours auparavant pour un autre candidat-vaccin sur lequel travaille la biotech américaine Moderna.
Mardi, le groupe Merck & Co a annoncé un projet d'acquisition de l'entreprise autrichienne spécialisée dans les vaccins et maladies infectieuses Thémis, qui détient la licence exclusive sur la technologie vaccinale utilisée par l'Institut Pasteur pour développer un candidat vaccin contre le Sars-CoV-2.
Le développement de l’hydroxychloroquine, molécule qui a suscité de nombreux espoirs dans le Covid-19, a quant à lui connu un coup d’arrêt à la suite de la publication, le 22 mai dans le Lancet, d'une étude observationnelle montrant que la prise de chloroquine ou d'hydroxychloroquine, avec ou sans macrolide (azithromycine ou clarithromycine), a été associée à un surrisque significatif de décès à l'hôpital par rapport à une absence de traitement.
En réponse, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé lundi avoir mis en pause l'évaluation clinique de la molécule dans l’essai international SOLIDARITY. La décision a été répercutée le lendemain en France par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il a aussi été décidé de suspendre le bras hydroxychloroquine de l’essai européen DISCOVERY.
En outre, après avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP), le gouvernement français a abrogé mercredi le texte qui permettait de prescrire l'hydroxychloroquine et l'association anti-VIH lopinavir + ritonavir de façon dérogatoire à certains patients atteints du Covid-19.
L’utilisation de l’hydroxychloroquine a été promue par le Pr Didier Raoult, directeur de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, sur la base en particulier de quelques dizaines de cas cliniques, sans contrôle.
Dans une vidéo mise en ligne lundi par l’IHU, le Pr Raoult a jugé que l’étude publiée dans le Lancet était "foireuse". "Comment voulez-vous qu'une étude foireuse, faite avec les big data, change ce que nous avons vu?", a commenté l’infectiologue, qui continue de défendre l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Une centaine de scientifiques se sont interrogés jeudi dans une lettre ouverte sur les méthodes de l'étude et demandent à avoir copie des données utilisées.
Au niveau international, plus de 5,8 millions de cas d'infection ont été dénombrés par l'université américaine Johns Hopkins et plus de 361.000 décès, dont 101.706 aux Etats-Unis, 38.161 au Royaume-Uni et 33.229 en Italie.
gb/eh/APMnews

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