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Coronavirus : quoi de neuf depuis vendredi? (synthèse)

PARIS, 28 avril 2020 (APMnews) - Face à une actualité riche et inédite, APMnews propose à ses lecteurs, deux fois par semaine, le mardi et le vendredi soir (cf dépêche du 24/04/2020 à 22:01), un retour sur l’essentiel des informations liées à l’épidémie de Covid-19 des jours précédents, pour offrir une vue d'ensemble en quelques minutes.
Le premier ministre, Edouard Philippe, a dévoilé mardi après-midi à l’Assemblée nationale la stratégie de déconfinement, qui devrait intervenir à compter du lundi 11 mai. Elle a été adoptée par les députés à 368 voix pour, 100 contre et 103 abstentions.
Pour établir ce plan, Matignon s’est notamment basé sur les feuilles de route rendues par les différents ministères ainsi que sur le dernier avis du conseil scientifique placé auprès de l'exécutif.
Lors de son intervention, Edouard Philippe a estimé que le confinement, en vigueur depuis le 17 mars, avait été une "étape nécessaire" et "efficace" pour contenir l'épidémie et éviter la saturation des hôpitaux. Mais s'il devait "durer trop longtemps", il pourrait "entraîner des effets délétères" et confronter le pays au "risque de l'écroulement", a-t-il avancé.
La stratégie de déconfinement repose sur trois principes: "vivre avec le virus" (dans la mesure où aucun vaccin ni traitement n'est disponible et où l'immunité collective n'est pas envisageable), "agir progressivement" (pour éviter une seconde vague épidémique) et "adapter localement" (en raison de la circulation hétérogène du virus dans les territoires).
Selon Edouard Philippe, la direction générale de la santé (DGS) et l'agence Santé publique France ont établi trois critères pour identifier les départements où le déconfinement devra être plus strict qu'ailleurs: un taux élevé de nouveaux cas sur 7 jours, des capacités hospitalières régionales en réanimation encore tendues et un système local de tests et de détection des chaînes de contamination insuffisant.
Les départements seront classés en fonction de ces critères le 7 mai. D'ici là et à compter de jeudi, le DGS, Jérôme Salomon, présentera tous les soirs lors de son point presse les résultats département par département.
Devant les députés, le premier ministre a indiqué que le déconfinement au niveau du pays était conditionné à plusieurs indicateurs, dont un maximum de 3.000 contaminations par jour. "Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai ou nous le ferons plus strictement", a-t-il prévenu, appelant les Français "à la plus grande discipline" malgré le recul de l'épidémie et l'amélioration de la situation à l'hôpital.
Une fois le déconfinement engagé, le gouvernement réévaluera les mesures en vigueur toutes les trois semaines (avec un premier rendez-vous fixé au mardi 2 juin).

Assez de masques à compter du 11 mai

A compter du 11 mai, les gestes barrières et le principe de distanciation physique devront continuer à être respectés. Le port du masque sera rendu obligatoire "dans certaines situations", notamment dans les transports publics et les collèges. Il pourra aussi être porté dans les commerces, a indiqué le premier ministre, qui a reconnu que le discours gouvernemental sur le sujet avait évolué au fil du temps, en fonction des recommandations et avis scientifiques, a-t-il affirmé.
"Il y aura assez de masques dans le pays pour face aux besoins à compter du 11 mai", a-t-il assuré, sans préciser de quel type de masques il parlait. "Progressivement, nous parviendrons à une situation classique, où les Français pourront sans risque de pénurie se procurer des masques grand public dans tous les commerces", a-t-il ajouté.
Edouard Philippe a demandé aux entreprises d'équiper leurs salariés en masques et a incité les particuliers à se fabriquer les leurs. L'Etat financera à 50% les achats de masques réalisés par les collectivités territoriales, dans la limite d'un prix de référence non précisé.
Conformément à un arrêté publié dimanche, les masques grand public pourront être commercialisés dans les pharmacies de ville.

Objectif de 700.000 tests par semaine

Le premier ministre a affirmé que le pays serait en capacité de réaliser au moins 700.000 tests virologiques par semaine à compter du 11 mai, contre plus de 270.000 actuellement. Toutes les personnes symptomatiques seront dépistées ainsi que leurs contacts, qu'ils soient symptomatiques ou non.
La prise en charge des tests par l'assurance maladie sera relevée à 100%. "Tout doit être fait pour rendre la réalisation des tests facile et rapide", a-t-il déclaré.
Une fois testés, les porteurs du virus seront isolés pendant 14 jours, soit à leur domicile (ce qui impliquera l'isolement du reste de leur foyer), soit dans un lieu mis à leur disposition, comme un hôtel réquisitionné. Selon Edouard Philippe, des contrôles pourront être mis en oeuvre, mais "notre objectif est de nous reposer largement sur le civisme de chacun".
"Il reviendra aux préfets et aux collectivités territoriales de définir ensemble, avec les acteurs associatifs, les professionnels de santé, les acteurs de la prise en charge à domicile, le plan d’accompagnement des personnes placées dans cette forme d’isolement", a-t-il annoncé.
Les professionnels de santé libéraux (notamment les médecins généralistes et les infirmiers) seront "en première ligne" pour la recherche des cas contacts dans "la cellule familiale". Au-delà, l'assurance maladie apportera son appui.
En parallèle, des "brigades" seront constituées dans les départements pour inviter les cas contacts à se faire tester et vérifier que les tests ont bien eu lieu. Ces cellules seront composées de médecins et pourront inclure des personnels employés par des structures sociales ou associatives, en fonction des besoins.
Outre ces enquêtes de terrain, le traçage des contacts pourrait se faire via l'application numérique StopCovid, dont les implications éthiques font débat au sein de la majorité et de l'opposition. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) ont diffusé en fin de semaine dernière des avis dans lesquels ils se montrent favorables à l'appli, tout en émettant des réserves et en demandant des garanties au gouvernement.
Alors que le débat et le vote à l'Assemblée nationale ne devait à l'origine porter que sur StopCovid, Edouard Philippe a préféré reporter les discussions. "Pour l’heure, compte tenu des incertitudes sur l'application StopCovid, le débat est un peu prématuré", a-t-il avancé ce mardi. "Mais je confirme mon engagement: lorsque l’application fonctionnera et avant sa mise en oeuvre, nous organiserons un débat spécifique, suivi d’un vote spécifique", a-t-il poursuivi.

Réouverture des écoles, des crèches et des commerces fermés

La reprise des activités scolaires sera dans un premier temps limitée aux écoles primaires le 11 mai, puis aux collèges à compter du 18 mai, uniquement pour les élèves de 6e et de 5e des départements les moins touchés, et avec 15 élèves par classes au maximum. Il sera décidé fin mai si les lycées pourront rouvrir, à commencer par les lycées professionnels, début juin.
Les crèches pourront de nouveau accueillir des enfants à partir du 11 mai, mais seulement par groupes de 10. Les commerces fermés pourront aussi rouvrir, à l'exception des cafés, bars et restaurants, pour lesquels une décision sera prise fin mai.
Les transports inter-régionaux ou inter-départementaux au-delà de 100 km seront limités à des motifs impérieux, familial ou professionnel. Les opérateurs de transport ont trois semaines pour s'organiser pour faire respecter les gestes barrières (un siège sur deux condamné, marquage au sol, limiter les flux en cas d'affluence, etc.).
En termes de "vie sociale", il faudra éviter les rassemblements sur la voie publique et en privé à plus de 10 personnes. Edouard Philippe a demandé aux plus de 65 ans et aux plus fragiles de continuer à limiter leurs contacts et sorties.
L'attestation de déplacement ne sera plus nécessaire à partir du 11 mai, sauf déplacements à plus de 100 km, et l'activité sportive individuelle en plein air pourra reprendre au-delà de 1 km. Parcs et jardins pourront rouvrir dans les départements où la circulation du virus est faible mais les plages resteront inaccessibles au moins jusqu'au 1er juin.
Les médiathèques, bibliothèques et les "petits musées" pourront rouvrir mais pas les grands musées, cinémas, théâtres, salles de concert et salles des fêtes et polyvalentes. Les manifestations sportives, culturelles ou économiques de plus de 5.000 participants ne pourront se tenir avant septembre.
Edouard Philippe a annoncé que l'état d'urgence sanitaire, prévu pour deux mois par la loi du même nom promulguée le 23 mars, serait prolongé, "peut-être jusqu'au 23 juillet". Pour permettre cette prolongation, un projet de loi sera présenté en conseil des ministres samedi puis sera transmis à l'Assemblée nationale et au Sénat la semaine suivante. Il contiendra d'autres évolutions législatives, notamment pour permettre à des non-médecins d'accéder à des données médicales dans le cadre des "brigades" mises en place pour tracer les contacts des porteurs du virus.

Poursuite de la baisse des hospitalisations

En dehors de l’intervention d’Edouard Philippe, la DGS a indiqué mardi en fin de journée que 27.484 patients étaient hospitalisés pour Covid-19 (soit -571 par rapport à lundi) et 4.387 étaient en réanimation (soit -221).
Au total, 23.660 décès ont été rapportés depuis le 1er mars, dont 14.810 en milieu hospitalier et 8.850 dans les établissements sociaux et médico-sociaux, dont ceux accueillant les personnes âgées dépendantes (Ehpad). Selon une étude du Réseau européen de ventilation artificielle (Reva) évoquée par Le Monde lundi, la mortalité en réanimation serait plus élevée que les 10% évoqués par les autorités sanitaires et serait plutôt de 30% à 40%.
A l'international, les Etats-Unis dénombraient plus d'un million de cas et près de 56.500 décès mardi, contre 1,2 million de cas et 123.225 décès en Europe (dont 27.359 en Italie, 23.822 en Espagne, 21.092 au Royaume-Uni et 6.161 en Allemagne), selon l'université américaine Johns Hopkins (Baltimore).
Un médicament, le traitement de rhumatologie RoActemra*/Actemra* (tocilizumab, Roche), a obtenu de premiers résultats favorables chez des patients Covid-19 présentant une pneumonie moyenne ou sévère, a annoncé lundi l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), qui promeut cette étude française. D’autres travaux sont nécessaires pour confirmer l’intérêt du médicament.
Toujours en matière d'étude, l'Inserm et la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) ont annoncé le lancement à compter de mercredi de travaux dont l’objectif est de quantifier la proportion de personnes ayant développé des anticorps et de documenter les effets de l'épidémie sur les conditions de vie.
gb/eh/APMnews

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