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Le poids de la mélioïdose, infection tropicale méconnue, beaucoup plus élevé qu'on ne le pense selon une estimation

LONDRES, 11 janvier 2016 (APM) - La mélioïdose, une infection bactérienne rencontrée en premier lieu dans des pays chauds et dont la mortalité est élevée, serait beaucoup plus fréquente qu'on le pense et mériterait d'être surveillée de façon plus soutenue, selon des chercheurs de plusieurs pays qui ont modélisé l'épidémiologie de cette maladie dans Nature Microbiology.
La mélioïdose, causée par Burkohlderia pseudomallei, était initialement endémique en Asie du Sud-Est et en Australie. Présente dans le sol, elle infecte des travailleurs agricoles par voie cutanée, mais il peut aussi y avoir des infections aériennes dans certaines conditions climatiques et des infections par de l'eau contaminée.
La bactérie est intrinsèquement résistante à de nombreux antibiotiques et, en cas de traitement par un antibiotique inefficace, la mortalité peut monter jusqu'à 70%. On connait plusieurs groupes de patients à haut risque: les diabétiques, les personnes qui ont une maladie rénale, les alcooliques.
Direk Limmathurotsakul de l'université d'Oxford et ses collègues rappellent qu'en raison de l'importation d'animaux infectés, la mélioïdose a migré dans d'autres zones que sa zone d'origine. De nombreux pays tropicaux sont concernés, en particulier en Amérique du Sud. Mais elle reste relativement méconnue parce qu'en raison de l'absence de laboratoires de microbiologie suffisamment performants dans de nombreux pays, elle passe inaperçue.
Les chercheurs ont fait des modélisations de son impact réel, basées sur tous les cas rapportés dans le monde et sur les données de présence environnementale de B. pseudomallei.
Les chercheurs ont abouti à l'estimation que 165.000 cas de mélioïdose surviennent chaque année et conduisent à 89.000 décès.
Cette mortalité estimée "est comparable à la rougeole (95.600 décès par an dans le monde) et supérieure à la leptospirose (50.000 décès par an) et la dengue (9.100 à 12.500 décès par an), qui sont considérées comme des priorités par de nombreuses organisations internationales", commentent les auteurs.
Les zones concernées incluent notamment la région Antilles-Caraïbes, où des cas ont été rapportés. Des îles de l'océan indien sont aussi concernées.
L'Europe ne semble pas concernée actuellement. Toutefois, les auteurs évoquent une épidémie qui avait causé deux décès humains et des décès animaux en 1975. La bactérie avait ensuite persisté dans le sol durant plusieurs années, ce qui suggère que les pays supposés indemnes ne le resteront pas forcément.
Ils citent un autre exemple, plus récent, en Louisiane en 2014. Les Etats-Unis étaient supposés indemnes... mais pas le Mexique voisin.
Au vu de leurs estimations, cette maladie "demande une attention accrue de la part des autorités de santé publique et des décideurs politiques", estiment les auteurs.
(Nature Microbiology, publication en ligne)
/fb/gb/APM

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