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GREFFE D'ILOTS PANCREATIQUES : LES BENEFICES DU PROTOCOLE D'EDMONTON CONFIRMES

WASHINGTON, 3 juin (APM-Reuters) - La greffe d'îlots pancréatiques constitue un traitement efficace du diabète de type I, confirme les premiers résultats de l'étude multicentrique internationale lancée avec le protocole développé par des Canadiens d'Edmonton présentés à Washington à l'American Transplant Congress.
En juin 2000, l'équipe du Dr James Shapiro de l'Université d'Alberta à Edmonton (Canada) montrait que l'allogreffe d'îlots pancréatiques (provenant de donneurs cadavériques) pouvait libérer des diabétiques de leurs multiples injections quotidiennes d'insuline de façon durable grâce à un protocole d'immunosuppresseurs particulier devenu depuis le protocole d'Edmonton.
Pour évaluer la reproductibilité des résultats, un essai multicentrique international a ensuite été lancé dans le cadre de l'Immune Tolerance Network et un consortium international de recherche a été mis en place pour accélérer le développement des thérapies d'immunotolérance en transplantation. Outre l'Université d'Alberta, 8 centres cliniques y participent dont 5 aux Etats-Unis, un en Allemagne, l'Université de Milan et l'Hôpital universitaire de Genève. Cet essai est le plus grand mené dans la greffe d'îlots pancréatiques.
Le traitement comprend notamment le nouvel immunosuppresseur sirolimus (Rapamune*, Wyeth), le tacrolimus (Prograf*, Fujisawa) et l'anticorps monoclonal daclizumab (Zenepax*, Roche). La préparation des îlots de Langerhans à greffer suit aussi une procédure très particulière.
Les premiers résultats présentés par le Dr Shapiro dimanche montrent que le protocole est transposable à d'autres sites cliniques.
Sur les 15 patients qui ont pu être greffés, 12 (80%) se passent d'insuline, depuis un an pour certains.
Au cours de l'étude, deux patients ont volontairement arrêté à cause des effets secondaires des traitements anti-rejet et 6 insuffisances du greffon sont rapportées après la greffe initiale. Lorsque ces patients sont aussi inclus dans l'analyse, le taux d'indépendance vis-à-vis de l'insuline est de 52% à ce stade de l'essai qui doit recruter 36 patients.
Les besoins en insuline des 16 autres patients inclus, qui en sont à des stades différents du traitement, ont diminué. Les îlots greffés sont donc bien fonctionnels. Les patients ont aussi moins d'hypoglycémies. D'autres greffes sont nécessaires chez certains.
"Cet essai confirme que la greffe d'îlots peut apporter un grand bénéfice aux patients souffrant d'un diabète de type I sévère et instable. Et surtout, nous montrons qu'avec prudence, la technique peut en effet être appliquée avec succès dans différents centres cliniques", commente le Dr Shapiro.
Concernant les 6 greffes non fonctionnelles, les auteurs n'ont pas d'explication claire. Dans certains cas, les médecins n'ont pas pu atteindre des niveaux d'immunosuppression suffisants pour empêcher le rejet, et dans d'autres cas, les îlots ont produit une quantité insuffisante d'insuline après la greffe.
UNE COURBE D'APPRENTISSAGE
Des différences sur le taux de succès entre les centres cliniques ont été observées, ce qui souligne les difficultés que pose la généralisation de la technique, notent les auteurs.
Les meilleurs résultats ont été obtenus dans les 3 centres les plus expérimentés qui ont rapporté ensemble un taux de plus de 90% de patients ne prenant plus d'insuline et avec le moins de greffes. Les investigateurs estiment que ce facteur "expérience" est particulièrement important dans la greffe d'îlots pancréatiques.
"L'une des clefs pour une greffe d'îlots réussie est de produire des îlots de très bonne qualité", commente le Dr Camillo Ricordi, un des co-investigateurs de cet essai et directeur scientifique du Diabetes Research Institute de l'Université de Miami.
"Les procédures de préparation d'îlots sont très complexes et nécessitent un investissement important en temps et en efforts pour le faire bien." La procédure d'isolement des îlots à partir du pancréas est la première étape critique du protocole, rappellent les chercheurs.
La greffe d'îlots pancréatiques reste actuellement limitée aux patients présentant un diabète très mal stabilisé, en raison des effets secondaires à long terme que peuvent induire les traitements immunosuppresseurs.
Pour apporter des réponses aux multiples questions qui se posent encore, le réseau ITN va lancer deux essais monocentriques supplémentaires dans les mois à venir qui testeront de nouvelles thérapies d'immunotolérance à court terme qui devraient représenter un moyen plus sûr et plus ciblé sur le plan immunologique pour prévenir le rejet de greffe.
Les greffes de l'étude multicentrique devraient être terminées d'ici la fin 2003. Les patients seront encore suivis pendant deux années complètes pour préciser la sécurité et l'efficacité de la technique.

[SLGF2004]

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